Albin Wagener
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Billet de blog 7 mars 2022

Les raisons d'un vote Mélenchon

Ce trop long texte constitue un témoignage qui tient compte, à l’heure où il est écrit, de l’évolution de la campagne présidentielle au début du mois de mars 2022. Et il tente de faire le point, modestement et sans donner de leçon, sur l’intérêt d’un vote à gauche. Plus précisément : de retracer le détail de la trajectoire qui a fait basculer mon vote pour Jean-Luc Mélenchon.

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Le candidat à l'élection présidentielle Jean-Luc Mélenchon, le 1er mars 2022 à l'Assemblée nationale. (BERTRAND GUAY / AFP)

Je dois le dire d’emblée : si ce billet est modeste, c’est parce que d’où je parle, je n’ai pas d’intérêt particulier à partager publiquement les questions que je vais tenter d’évoquer ici. Je ne suis pas militant de La France Insoumise ou d’aucun autre mouvement politique. Je n’ai pas d’intérêt personnel dans cette affaire, mis à part l’intérêt citoyen élémentaire qui est le mien – qui est le nôtre. Je ne milite dans aucune association, et je tiens, d’une certaine manière, à cette liberté, même si on ne sait jamais de quoi l’avenir peut être fait, et la manière dont les engagements peuvent éclore.

Prise de recul

Ces derniers temps, beaucoup de choses sont écrites, dites, entendues et lues sur un vote à gauche, sur les guerres fratricides dont se repaissent les éditorialistes, sur les arguments politiques et économiques, et bien d’autres choses encore. Il est vrai que tout cela est désormais largement parasité, et à juste titre bien évidemment, par l’atroce guerre en Ukraine et par l’irruption du fantôme d’un conflit armé qui pourrait embraser l’Europe. Dans ce contexte, difficile de penser à nos petites histoires électoralistes, pourrait-on penser. Et pourtant justement ; dans ce contexte, le fait de ne pas se faire voler une élection démocratique devient un enjeu d’autant plus impérieux, et d’autant plus emportant. Sinon, cela voudrait dire que Poutine aurait, d’une certaine manière, aussi réussi à nous voler un moment démocratique important – en plus de toutes les autres horreurs, qui ne sont bien évidemment pas à mettre sur le même plan.

Dans cette tempête de violence, après une épidémie de Covid que l’on aurait tort de reléguer au passé, et dans le sillage d’un avenir obscurci par les effets inquiétants du changement climatique, le simple fait de se poser pour réfléchir à un vote démocratique représente une gageure. Et pourtant, c’est précisément parce que le contexte est aussi angoissant que l’élection présidentielle devient capitale ; en effet, ces cinq prochaines années marqueront durablement, à tout le moins face au changement climatique, les cinquante prochaines. Nous sommes donc très loin d’un instant anecdotique, qui paraîtrait anodin face aux troubles de l’actualité.

Face à un tel moment, peut-être est-il utile de revenir à un outil assez simple : un tableau où l’on listerait d’un côté les « pour », et de l’autre les « contre », ce qui peut permettre de prendre le recul nécessaire face à un choix aussi important. Personnellement, ce qui me motive particulièrement, pour aller dans ce sens, est un espoir en quatre temps (un peu comme les quatre points cardinaux d’une boussole, et sans hiérarchie particulière) : 1) changer de système politique ; 2) réduire les inégalités sociales en s’attaquant aux abus du capitalisme ; 3) mettre en place une politique réellement ambitieuse face à l’urgence climatique ; 4) mettre un terme aux trop nombreuses discriminations qui rendent à certain.e.s la vie impossible, voire mortelle. Et le ralliement de plus en plus de personnalités, notamment des femmes comme Laurence De Cock ou Caroline De Haas, me laisse penser qu'il se passe quelque chose qui mérite d'être soutenu.

De l'utilité des programmes

Disons-le d’emblée ; je fais partie de cette catégorie de population qui a hésité avant de lire les programmes. Je me suis inscrit et ai voté à la primaire des Verts. Je me suis inscrit et n’ai finalement pas voté à la Primaire populaire. Etant enseignant-chercheur, je fais partie de l’un de ces stéréotypes de gauche, dont l’on dit parfois (et souvent à juste titre, hélas) qu’ils s’intéressent surtout à la gauche par pure posture sociale, tout en restant finalement relativement épargnés (relativement par rapport à d’autres catégories de population) par la politique du quinquennat Macron, ou par toute politique libérale en général – je ne dis pas que ma catégorie socio-professionnelle n’est pas atteinte directement ou indirectement par certaines réformes, je dis juste, et nous en conviendrons, qu’il y a une grosse différence avec d’autres catégories de la population, sociologiquement et économiquement parlant. Tout cela est vrai ; je ne vais pas m’inventer une espèce de trajectoire sociale que je n’ai pas.

Et puis j’ai observé, j’ai écouté. J’ai lu aussi, beaucoup. J’ai lu les programmes, surtout, parce que le fait qu’on ne fasse rien face au changement climatique m’insupporte, parce que le système économique actuel en est responsable, parce que l’explosion des inégalités y est directement liée et que je pense, sincèrement, que ce pays a besoin d’une profonde refonte de son système politique. Et j’ai fini par faire mon choix. Pas par fanatisme, pas par réaction épidermique, pas par cécité partielle non plus. Je l’ai évoqué publiquement déjà, j’ai décidé de voter pour Jean-Luc Mélenchon au premier tour. Je l’ai dit aussi, je ne suis pas là pour convaincre qui que ce soit. Je l’ai précisé enfin : non, je ne suis pas d’accord avec tout. Tout cela doit être souligné et exprimé, afin de contextualiser ma prise de position.

Je ne voue pas un culte à Jean-Luc Mélenchon et non, je ne suis pas d’accord avec toutes ses prises de position. Je peux citer un exemple ; sur les questions européennes par exemple, je me sentirais a priori plus proche des Verts – et il y a encore d’autres sujets sur lesquels je suis plus critique, notamment certains commentaires parfois ambigus. Et pourtant, j’ai bien fait le choix de voter pour le candidat précité. Avant d’expliquer les raisons d’un vote Mélenchon, il est peut-être intéressant de poser quelques lignes sur les raisons qui m’ont éloigné de trois autres candidat.e.s et de leurs programmes respectifs – outre la proximité de certains avec la manifestation de certains syndicats de policiers, nonobstant le fait qu’il soit nécessaire de proposer de véritables mesures sur ce point.

Quid des autres candidat.e.s ? 

Je n’ai pas choisi Yannick Jadot. D’abord parce que je n’avais déjà pas voté pour lui lors de la primaire des Verts (ni au premier, ni au second tour), parce que je le trouvais déjà trop libéral. D’ailleurs, la récente étude sur les narratifs climat sous le quinquennat d’Emmanuel Macron, que j’ai eu la chance de conduire et de publier le 4 mars dernier, le montrent assez bien : l’écologie des Verts est réformiste, dans le sens où elle ne souhaite pas changer le système, mais l’adapter à des mesures écologiques (là où l’écologie plus radicale menée par LFI et soutenue par d’autres mouvements militants appelle à changer de système, pas simplement à proposer des accommodements). Je ne voterai pas pour Yannick Jadot, parce que je considère qu’il n’a pas su fédérer les sensibilités de la primaire autour de lui. On prête souvent à Jean-Luc Mélenchon des postures autocratiques, mais je me méfie bien plus d’un personnage qui vire deux membres de sa garde rapprochée en une courte campagne (Matthieu Orphelin puis Sandrine Rousseau), tout en raidissant sa posture et en optant pour une cravate – ce qui me fait l’effet d’un Emmanuel Macron qui fait du jardinage. Quant au programme, je ne le trouve pas à la hauteur sur plusieurs sujets.

Je n’ai pas choisi non plus Anne Hidalgo. Tout simplement parce qu’elle est la candidate du Parti Socialiste, parti qui nous a légué comme dernier héritage politique le quinquennat de François Hollande, qui n’aura été qu’une préparation du quinquennat d’Emmanuel Macron – il convient de le rappeler autant que nécessaire, et de le souligner autant que possible, car c’est là la réalité politique. De ce point de vue, le PS n’a pour moi plus aucune crédibilité en matière de questions sociales ; tout au plus accompagne-t-il l’évolution des mœurs, car il l’a très bien fait avec le mariage pour tous. Mais économiquement, il y a longtemps que le PS sert la gauche des postures et des dîners en ville, à savoir celle qui préfère l’affichage des valeurs (ou virtue signalling, en bon français) plutôt qu’une réelle politique de transformation sociale à destination de celles et ceux qui en ont le plus besoin. Pour moi, ce n’est donc pas un sujet, d’autant que le programme d’Anne Hidalgo est particulièrement représentatif de cela ; riche en déclarations d’intention, il reste extrêmement timide sur la traduction en mesures concrètes.

Je n’ai pas choisi Fabien Roussel, et puisque l’on parle des programmes, il faut quand même dire que le programme du Parti Communiste français partage beaucoup de son ADN avec celui de la France Insoumise. Mais là, c’est clairement la campagne caricaturale du candidat Roussel qui a agi comme un véritable repoussoir (si l’on met de côté le soupçon d’emploi fictif) ; en effet, si Yannick Jadot est en fait Emmanuel Macron qui fait du jardinage, Fabien Roussel ressemble à Donald Trump qui se serait perdu à la fête de l’Huma. En adoptant délibérément un positionnement qui insulte la classe ouvrière en en dépeignant un stéréotype beaufisant et assez proche du white trash, Fabien Roussel a inventé une gauche Buffalo Grill qui coche toutes les cases de l’indigence la plus totale face aux classes laborieuses. Le tout avec l’assentiment particulièrement bienveillante de toute une partie d’éditorialistes et de personnages politiques réactionnaires, pour qui ce discours valide tous leurs stéréotypes de classe.

Au milieu de tout cela, j’ai choisi Mélenchon. Il s’agit ici d’un calcul rationnel ; d’abord parce que j’ai pu constater que le programme de l’Avenir en commun était quand même particulièrement complet, solide et détaillé, proposant nombre de mesures concrètes et cohérentes sur absolument tous les sujets de société, sans rien laisser au hasard. Que l’on soit d’accord ou pas avec tout, il faut reconnaître qu’il s’agit d’un projet de société complet, qui invite au positionnement et au débat démocratique. De surcroît, Jean-Luc Mélenchon a eu l’heur de construire son programme collectivement (ce qui, sauf erreur de ma part, constitue littéralement une exception dans cette campagne) ; en se basant sur l’expertise d’associations et d’acteurs sociaux et économiques (qui soutiennent son programme par ailleurs), en s’entourant de personnes reconnues dans leur champ et en proposant des discussions collectives sur chaque partie de son programme, il a même fait évoluer son positionnement sur plusieurs sujets – notamment sur l’Europe, sujet auquel je suis particulièrement sensible par exemple, ce qui me fait penser qu’il est capable d’écoute, de discussion et d’évolution. En d’autres termes, là où Jadot fait du nettoyage dans ses rangs, Mélenchon les fait grossir pour construire un programme collectif, au risque de faire évoluer sa propre vision politique. C’est du moins comme ça que j’interprète la chose.

Allégorie du remède nécessaire

Et puis il y a, en outre, la question de la sixième République et de l’assemblée constituante, qui réduirait donc le mandat de Jean-Luc Mélenchon à deux ans. Bien évidemment, cette réforme profonde est pour moi particulièrement déterminante ; en outre permet-elle, peut-être, de rassurer celles et ceux qui goûteraient peu la personnalité du candidat de la France Insoumise. En effet, dans ce cas précis, le programme politique devient alors bien plus important que la personne, qui accepterait alors de s’effacer face à un processus démocratique qui la dépasse, qui permet d’ouvrir une nouvelle page de l’Histoire de ce pays – une page dont la France a, à mon humble avis, cruellement besoin. En outre, il serait étrange de critiquer le césarisme d’un candidat, alors même que l’on base son vote (ou son absence de vote) sur un argument lié exclusivement à la personne. Parce que pour abolir cette Vè République hyper-personnalisée, il faut peut-être aussi passer par une personnalité forte, qui reste liée à un programme collectif et qui compte sur une assemblée constituante (donc un collectif, au-delà de sa personne) pour changer de régime.

Maintenant, il ne faut pas être naïf ; j’entends beaucoup de réticences, d’arguments et de contre-arguments. Il faut reconnaître que de ce point de vue, la guerre en Ukraine a été particulièrement féconde ; et personnellement, ce n’est pas sur le terrain international que ma proximité avec Jean-Luc Mélenchon est la plus grande, c’est effectivement le moins que l’on puisse dire. En revanche, je sais aussi qu’au-delà de l’international, il s’agit de répondre, tout de suite et maintenant, à des inégalités sociales criantes, des situations de détresse insoutenable, une précarité galopante qui touche très concrètement à la faim ou au mal-logement, pour ne prendre que ces sujets. Et de ce point de vue, personnellement (et sans aucunement minorer la gravité de la situation en Ukraine, que les choses soient claires), je trouve qu’il y a urgence absolue – tout comme je trouve qu’il y a urgence à agir face au réchauffement climatique, tout comme il y a bien sûr urgence à agir pour trouver une issue à la guerre en Ukraine et cesser le massacre d’innocent.e.s perpétré par l’armée russe et ses sbires. En d’autres termes, il s’agit bien ici de choisir en fonction des véritables points cardinaux d’une politique de gauche, au sens très concret du terme. Parce que si ce n’est pas le candidat le mieux placé à gauche qui porte cela et qu’il échoue à atteindre le second tour, en face, nous aurons effectivement des candidat.e.s qui aggraveront cette situation sociale – qu’il s’agisse d’Emmanuel Macron (qui a quand même largement montré sa capacité à démolir méthodiquement les services publics et à accroître les inégalités socio-économiques), de Marine Le Pen ou d’Eric Zemmour.

Si je l’écris, ce n’est pas pour culpabiliser celles et ceux qui se refuseraient à voter pour l’Avenir en commun parce que le candidat leur déplaît ou que certains points du programme ne leur conviennent pas. Je comprends leurs réticences, j’en épouse même parfois certains contours. En revanche, sans volonté de culpabiliser, il y a aussi une réalité purement arithmétique ; sans candidat de gauche au second tour, pas de chance d’avoir un programme de gauche. Cela veut donc dire qu’en face, c’est l’extrême-centre qui rempile pour cinq ans en poursuivant ses destructions sociales, ou l’extrême-droite qui inaugure cinq ans d’horreurs. Alors oui, je ne me sentirais probablement pas directement affecté par un nouveau quinquennat d’Emmanuel Macron : je suis un homme blanc hétérosexuel, j’ai un toit sur la tête, je ne connais pas la faim, je ne suis plus étudiant depuis belle lurette et la précarité économique est, heureusement pour moi, un souvenir relativement éloigné. Mais dans ce cas de figure, il ne s’agit pas vraiment de moi : il s’agit de celles et ceux qui souffrent dans leur quotidien et dans leur chair, d’un projet de société, d’une manière de faire de la politique, de corriger ce qui doit l’être et de soutenir le progrès démocratique dont ce pays a besoin. Il ne s’agit pas de faire un peu de charité pour se donner bonne conscience, mais d’engager des réformes structurelles.

Alors oui, c’est vrai, on aurait pu peut-être préférer que ce programme fusse porté par quelqu’un d’autre ; celles et ceux qui me connaissent savent que j’ai été critique par le passé, que mon vote ne constitue pas pour autant un serment d’allégeance béat et que le principe démocratique m’invite à rester vigilant et critique quand il le faut – et il faut que cette critique soit entendue lorsque cela est pertinent, c’est vraiment important pour la santé démocratique et la force politique du projet à porter. Alors oui, pour celles et ceux qui sont de gauche, ce n’est peut-être pas le candidat parfait ; en tout cas, c’est le candidat que nous avons. En d’autres termes, vous pensez peut-être que ce n’est pas le candidat que vous méritez, et vous en avez parfaitement le droit ; en revanche, je pense que le programme porté, celui de l’Avenir en commun, est bien un programme de gauche que la France mérite. J’ose même une comparaison hasardeuse, que l’on m’excusera je l’espère ; le but d’un médicament n’est pas de faire plaisir au goût, mais d’être efficace contre la maladie que l’on combat. Il peut en-être ainsi pour Jean-Luc Mélenchon : au-delà de la personne, le remède proposé est puissant et sera efficace, j’en suis convaincu. Il me semble qu’il s’agit là d’une comparaison qui peut peut-être faire mouche pour certaines et certains d’entre nous.

Envie d'un autre monde

Dans tous les cas, comme mon choix est mûrement réfléchi, je ne le modifierai pas d’ici au premier tour – sauf si un véritable scandale venait à ébranler les fondements même du compromis que je peux bâtir, en tant qu’électeur, entre mon désir d’absolu et la réalité qui m’est donnée. Je ne le modifierai pas pour plusieurs raisons. D’abord, le fait qu’il existe une dynamique sondagière intéressante cimente mon choix, et me donne un peu d’espoir quant à la possibilité d’avoir un renouveau à gauche dans ce pays. Ensuite, la manière dont Anne Hidalgo et Yannick Jadot instrumentalisent la guerre ukrainienne pour tenter de convertir certains pans de l’électorat donne franchement la nausée ; au lieu de convaincre de leur programme, leur stratégie constitue bel et bien une tentative pour « faire perdre » le candidat qui est devant eux, notamment dans une optique de recomposition à la faveur des législatives. Que l’on soit d’accord ou pas avec Jean-Luc Mélenchon et son programme, il s’agit à mon avis d’une opération cynique qui constitue une erreur stratégique fondamentale.

Enfin, il y a les prises de position autour de la guerre en Ukraine – qui, il est vrai, ne sont pas sans m’embarrasser. Et je serais d’autant plus embarrassé s’il n’y avait pas par exemple, dans d’autres camps, des Présidents de la République qui avaient offert des armes à l’Egypte, à la Lybie ou à l’Arabie Saoudite (pour ne citer que ces régimes), qui pour massacrer leur propre population, qui pour massacrer celles d’autres pays. Il ne s’agit bien évidemment pas ici de faire du whataboutism particulièrement immonde, mais bien de montrer qu’en règle générale, personne dans ce pays n’a de leçon à donner sur la collusion de la France avec certaines horreurs du monde. C’est triste, c’est déplorable et j’espère que cela changera – et encore une fois, les évolutions du candidat de la France Insoumise sur certains sujets (sur l’Europe notamment), sa capacité à s’entourer de collectifs qui le font réfléchir, et sa volonté de proposer une réforme démocratique qui donnerait plus de pouvoir aux citoyen.ne.s me laisse penser, avec optimisme mais non sans l’attention réaliste qui convient dans ce genre de cas, qu’il y aura une évolution heureuse entre le positionnement d’un candidat et la politique d’un président.

Je n’ai pas envie de devoir, à nouveau, choisir entre un néolibéralisme assassin et une extrême-droite immonde. Je n’ai pas envie de me dire que d’autres personnes vont souffrir encore plus, que les files vont s’allonger devant les banques alimentaires, que l’école va être démembrée, que l’université va être démolie, que l’hôpital public va terminer sa lente agonie et que les étudiant.e.s continueront d’être sacrifié.e.s. Je n’ai pas non plus envie qu’on continue de lacérer des tentes à Calais ou ailleurs, que l’on mutile des manifestant.e.s, qu’on méprise celles et ceux qui, laborieusement, contribuent à faire fonctionner ce pays. Je n’ai pas envie que les riches voient leur fortune s’accroître quand on saigne les services publics et que l’on éjecte les plus précaires des systèmes d’aide et d’accompagnement, les abandonnant ainsi à une issue tragique. Je n’ai pas envie de tout cela, et je sais parfaitement que si je vote pour Jean-Luc Mélenchon au premier tour, tout ce que je viens de décrire aura moins de chances d’arriver que si je ne le fais pas.

J’ai envie d’un autre monde, j’ai envie de responsables politiques qui soient capables de prendre la mesure face à l’explosion des discriminations, et surtout face aux effets dévastateurs de l’urgence climatique. Face à tout cela, il y a un vote qui représente un espoir, quoi que l’on pense du candidat. Il y a un programme qui permet d’apporter une réponse complète et ambitieuse, même si je ne suis pas d’accord avec tout ce qui y est écrit – mais y a-t-il, objectivement, un programme avec lequel on peut être d’accord à absolument 100%, quel que soit notre bord politique ? En fait, il y va de l’intérêt général, de l’avenir de ce pays et de ce que nous pouvons faire pour faire bouger les lignes, changer de régime politique, et reprendre notre avenir en main – pas pour le laisser aux mains d’une élite néolibérale qui n’obéit qu’aux oligarques (puisque c’est ainsi qu’il ne faut surtout pas appeler les milliardaires en France), ou bien d’un.e dirigeant.e d’extrême-droite qui, réellement et concrètement, aurait de véritables liens avec les oligarques du régime poutinien ou avec Poutine lui-même.

Pour être tout à fait transparent, je pensais m’abstenir pour cette nouvelle élection présidentielle. Mais l’instant est trop pesant, l’heure est trop grave, et c’est l’avenir de nos sociétés et de la planète dont il est désormais question. Et au risque de paraître trop larmoyant ou grotesque : j’ai des enfants, et j’ai envie de faire en sorte qu’elles puissent vivre dans un monde meilleur. D’essayer de le faire, à ma manière, comme je le peux. Et dans une démocratie, fort heureusement, cela passe aussi par un vote. L’actualité dramatique doit nous rappeler à quel point ce luxe est un pouvoir précieux – et à quel point c’est, précisément, par la réforme démocratique que nous pourrons collectivement transformer ce qui doit l’être pour avoir la chance de voir émerger un horizon radieux, au lieu de continuer d’entasser les mêmes décombres.

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