Violences policières, violences populaires, qui trahit la démocratie ? (1/2)

Lors de mouvements sociaux, la question des violences policières et populaires revient régulièrement sur le devant de la scène médiatique. L'une suscite silence, voire approbation, l'autre indignation et condamnation, souvent associées à une menace pour la démocratie. Mais au-delà du bruit médiatique, la question des violences se pose : lesquelles sont réellement dangereuses pour la société ?

Cet article était initialement prévu pour tenir en un texte d’un seul tenant, mais au fur et à mesure de la réflexion, une division en 2 étapes successives s’est rendue nécessaire.  

Riot police graffiti. Riot soon...  ...you know why © Benno Hansen Riot police graffiti. Riot soon... ...you know why © Benno Hansen

La litanie n’est pas nouvelle, mais la cadence avec laquelle elle resurgit sur les plateaux télé semble s’accélérer : la condamnation des violences [1], ou a minima, l’appel au calme des énervés de tous bord demeure la règle médiatique par excellence [2]. Au plus fort des rassemblements de gilets jaunes, la demande était même devenue systématique dès l’instant où un invité défendant les positions des manifestants posait un orteil sur un plateau télévisuel ou radiophonique [3].

La particularité de cette demande de condamnation, c’est que si l’invité ne s’exécute pas immédiatement, ou s’il opère une condamnation jugée trop molle ou soumise à conditions, une suspicion de caution de cette violence s’installe, entraînée par les insistances de l’animateur à obtenir une condamnation nette, claire et sans circonvolution, bref, une condamnation dans des termes convenant à la demande. Quant à exprimer une certaine compréhension de la violence, cela revient tout simplement à se heurter à un mur d’incompréhension vertigineux, voire d’animosité de la part du monde politico-médiatique [4].

On peut s’interroger sur une telle volonté de la part des animateurs médiatiques, éditorialistes et journalistes politiques d’obtenir de la part de leurs invités cette condamnation immédiate des violences populaires, devenue un  prérequis indispensable d’une discussion convenable entre personnes de bonne compagnie. Cette obsession peut effectivement paraître étrange, tant le consensus est de prime abord total sur la transgression intolérable que représente la violence dans nos sociétés : en démocratie, personne ne considère qu’il soit normal d’être violent. Pourquoi donc cette nécessité absolue de demander de condamner sans détour, sans réflexion, sans mesure, sans explication préalable le recours de citoyens à une violence, qui reste d’ailleurs le plus souvent cantonnée à des objets ou des bâtiments, et dont les dégâts humains restent généralement limités ?

A contrario, les violences exercées par les forces de l’ordre ne sont, elles, que très peu, voire pas du tout sanctionnées par les systèmes politique, judiciaire et médiatique, et ne font pas l’objet d’une injonction à la condamnation sur les plateaux. Elles causent pourtant de très nombreux dommages corporels, parfois handicapant, pouvant aller jusqu’à la mort [5]. Certaines d’entre elles ont d’ailleurs été filmées et ne laissent absolument aucun doute sur l’excessivité de la force employée et le non-respect des règles en vigueur [6].

Plus étrange encore, dans certains cas, alors même que la faute est caractérisée, on assiste parfois à une tentative de remise en contexte : « oui, les policiers ont bien matraqué cette personne à terre, mais il faut regarder la scène dans son contexte, et l’on comprend que la personne avait lancé un pavé sur la police la minute d’avant ».

Le problème, c’est que quand bien même cette précision se révèlerait exacte, ce qui n’est pas toujours le cas, cela ne justifierait en rien l’action de matraquage de la police. Celle-ci n’a en effet le droit d’exercer la violence que dans des cas très particuliers, régis par des règles d’instantanéité et de proportionnalité, et certainement pas dans celui d’une forme de revanchisme, ou pire, d’une forme d’exercice punitif, qui relève, en démocratie, du domaine de la justice et non de celui de la police.

On peut donc s’interroger : pourquoi ce traitement différencié de la violence [7] suivant que la personne qui l’exerce soit citoyen ou policier ? Et surtout, ces violences indiquent-elle un problème dans notre démocratie ? 

A cette première question, on peut tout simplement répondre qu’il est bien normal qu’un policier et un citoyen lambda aient un traitement différencié :

Le premier a pour responsabilité la protection des individus de la société et l’application de la loi, et dispose légalement du droit de recourir à la violence pour le faire.

Le second, en revanche, en s’attaquant à un policier, un autre individu ou un bâtiment, contrevient automatiquement à la loi puisqu’il n’a le droit de faire usage de violence qu’en cas de légitime défense, ce qui n’est que très rarement le cas.

Si un policier déborde hors du cadre institutionnalisé de la violence de temps en temps, c’est bien sûr regrettable, mais c’est pour une bonne cause : rétablir la paix et s’assurer du retour au respect de la loi.

Et en première intention, c’est une réponse qui se tient. Une évidence qui, contrairement à ce qu’on pourrait croire en regardant les débats télévisés, est bien présente à l’esprit de l’immense majorité, pour ne pas dire toute la population française : seuls les policiers – et les gendarmes, nous n’opérerons pas la distinction dans ce papier même si celle-ci existe en réalité - ont le droit d’utiliser la force, et donc la violence. Pourquoi ? Parce que nous sommes en démocratie, et que la police étant au service de la loi, et la loi étant votée par les représentants légitimes du peuple, la police est de fait, au service du peuple. 

Ce raisonnement naturel s’impose très rapidement, et très logiquement, à nos esprits. Car après tout, il repose sur deux constats qui font consensus : 1) il est injuste d’avoir recourt à la violence lorsqu’on dispose d’autres moyens d’actions, et 2) nous sommes en démocratie, et les policiers sont là pour nous protéger, pas pour nous contraindre.

Ce double constat pose alors un problème, certes léger, mais bien réel : lorsqu’un individu se livre à des violences lors de manifestations, ou pire, s’attaque à un policier, il sait alors parfaitement qu’il contrevient aux règles communes de la société. Il sait également qu’il s’attaque à une personne dont le travail est, à la base, de défendre la population, dont il fait partie. De ce fait, la question que les journalistes devraient se poser est donc : pourquoi diable le fait-il malgré tout ?

Sachant que dans le cas des Gilets jaunes, il s’agit souvent d’individus n’ayant jamais eu maille à partir avec les forces de l’ordre ou la justice auparavant, l’action violente se révèle d’autant plus curieuse : pourquoi un individu sans histoire se retrouve-t-il, presque du jour au lendemain, à recourir à la violence physique, un acte parfaitement intolérable en démocratie ?

Liberté ?

Malheureusement, poser la question du pourquoi de la violence, quelle que soit son origine, demeure un acte extrêmement transgressif en France, même si ce blocage commence à se fissurer dans certains médias [8]. Il y a quelques années, dans un autre contexte de violence, terroriste cette fois, l’ancien Premier ministre Manuel Valls avait d’ailleurs eu ces mots à l’Assemblée nationale : « Expliquer, c’est déjà un peu excuser ». La petite phrase ayant fait bondir les chercheurs en sciences sociales spécialistes du terrorisme [9], Manuel Valls avait maladroitement tenté de rectifier le tir, en explicitant sa pensée :

«Les terroristes sont responsables de leurs actes, ils n'ont pas de circonstances atténuantes, ce sont des individus libres, qui avaient le choix. Sinon ça veut dire que tout jeune qui est en difficulté, qui se cherche, pourrait basculer dans le terrorisme, ce serait totalement inacceptable comme explication» [10].

Cette seconde phrase avait pour objectif de calmer le tollé provoqué par sa première déclaration, et a contenté les rédactions et les animateurs de plateau. Mais loin de diminuer son premier propos, cette précision illustre en réalité parfaitement la pensée non explicite, et pourtant dominante, de l’intelligentsia occidentale, qui est donc partagée par les éditorialistes et autres personnalités médiatiques : une explication sociologique de la violence est inacceptable.

Comme l’exprimerait à juste titre François Bégaudeau, on assiste là à la réduction volontaire du champ de la pensée qui, en entravant le raisonnement logique, crée  de la pensée médiocre, de la bêtise [11]. Car cette phrase est le reflet d’un mécanisme sophistique que l’on pourrait qualifier de reductio ad libertas, qui a pour effet de résoudre tout conflit politique ou sociétal en invoquant l’exercice de la  liberté individuelle de chacun, et de son corollaire, la responsabilité individuelle.

Vous êtes un délinquant et vous êtes pris à voler dans un surpermarché ? Vous aviez le choix d’être un honnête citoyen, il est normal que vous en payiez le prix. Vous faites de l’optimisation fiscale et économisez ainsi des millions d’euros qui devaient revenir à l‘Etat ? Si c’est légal, ma foi, c’est votre choix, vous êtes libre. Vous organisez de somptueuses réceptions pour vos amis aux frais de la République ? Puisque ces dîners sont autorisés par la loi, vous êtes donc libre de sortir le champagne et les homards, et il serait idiot de vous en priver.

En bref, en France, chacun est libre, totalement et complètement. Les individus restent donc en toutes circonstances maîtres et comptables de leurs actions, et il n’y a pas à chercher d’explications sociales ou circonstancielles à la violence qui pourraient déresponsabiliser les individus. 

Nous ne reviendrons pas ici sur les limites du sophisme récurrent du libre arbitre [12], car le sujet avait été traité dans un autre article « Poser nue est-il un acte féministe ? ». Nous allons donc admettre que la liberté réelle d’agir existe au moins partiellement, et considérer que c’est de cette liberté-là dont les défenseurs se prévalent.

Il est nécessaire de comprendre que ce réflexe du recours à la liberté individuelle est un mécanisme aujourd’hui largement utilisé comme argument, et pensé comme une réalité intangible par une grande partie de la classe sociale supérieure, dont les animateurs, éditorialistes et journalistes politiques font partie. Or, même en admettant  que le libre arbitre existe bien, l’argument de la liberté individuelle repose tout de même sur une prémisse essentielle, qui est la suivante : 

En démocratie, tous les individus disposent de la même liberté individuelle de manière équitable, définie par la loi.

Seule la fonction occupée donne le droit à des libertés particulières, qui sont elles aussi définies par la loi.

Cette réflexion sur la liberté individuelle est fondamentale pour comprendre pourquoi les violences exercées par les policiers ne sont pas jugées au même niveau que celles exercées par les citoyens. Car si l’on part du postulat que la liberté individuelle équitable est un concept réel indiscutable, le raisonnement ne peut être construit logiquement que comme suit :

D’un côté, les policiers n’agissent pas comme des individus exerçant une liberté individuelle : ils occupent une fonction, et font donc leur travail. Ce travail, comme tous les autres, implique de soustraire sa propre liberté individuelle à celle d’un système hiérarchique qui prendra les décisions à la place de l’individu, lui donnera des libertés particulières d’agir dans le cadre de sa fonction, puis lui ordonnera d’exécuter ces décisions, et enfin prendra la responsabilité des conséquences. Le policier n’est donc pas en mesure d’exercer son libre arbitre dans le cas d’une confrontation physique ; il doit se plier à un grand nombre d’ordres et de règles préétablies inhérentes à sa fonction, et s’expose à une sanction s’il y contrevient. Et contrairement à un autre travail quelconque, le métier de policier  a une particularité peu enviable : l’agent met son intégrité physique individuelle en péril par sa confrontation permanente avec divers contrevenants à la loi, donc potentiellement violents, afin que les autres citoyens, eux, n’aient pas à le faire. Il s’agit donc d’une forme de sacrifice de l’individu pour la société, sacrifice qui se doit d’être respecté, voire héroïsé dans certains cas [13].

De l’autre côté, les citoyens non policiers (ou les policiers qui ne sont pas en service) peuvent exercer leur liberté individuelle dans le cadre de la loi, qui, rappelons-le, est la même pour tous. Lorsqu’ils contreviennent sciemment à la loi, ils le choisissent donc librement, puisqu’ils pourraient très bien choisir de suivre les règles de la société et de demeurer aussi « libres » que les autres. Lorsqu’ils violent la loi, ces citoyens s’octroient ainsi par la force, la ruse ou le mensonge et grâce au laxisme de la société, des libertés supplémentaires aux autres citoyens. Si on laisse faire ces individus, c’est la fin de l’égalité des libertés individuelles, et donc la fin de la société démocratique elle-même.

Dans une société démocratique garantissant la liberté individuelle de chacun, il apparaît donc logique de défendre par réflexe les gardiens de la loi et de condamner les personnes qui s’attaquent à eux, puisque les premiers prennent des risques physiques pour défendre la communauté, quand les seconds utilisent la liberté que la société leur concède pour user de violence sur ses représentants. Et comme les policiers ont pour ordre de n’utiliser la violence qu’en cas de nécessité, on peut en conclure qu’une violence policière ne peut être logiquement qu’une réponse à une première violence d’un citoyen, forcément illégitime, exercée à son encontre.

La boucle de raisonnement est bouclée, et les tenants de la liberté individuelle indiscutable peuvent alors sereinement se complaire dans un argumentaire bien ficelé qui aboutit généralement à deux possibilités si vous contestez la légitimité de la violence des policiers ou si vous tentez de comprendre les violences populaires :

  • soit vous considérez que la violence contre les défenseurs de la démocratie et de la liberté est justifiable, et vous êtes un dangereux terroriste ou un dictateur en puissance,
  • soit vous pensez que les personnes violentes ne sont pas responsables de leurs actes, et vous êtes un dangereux laxiste qui peut faire sombrer la société dans le chaos.

Ce constat peut paraître anecdotique, mais il permet de lire avec un autre regard, et donc de comprendre  les sorties de certains représentants de la majorité LREM qui nous semblent en apparence invraisemblables ou ridicules, assimilant les violences populaires au terrorisme[14], ou à une attaque contre la République [15].

Bien évidemment, il ne s’agit là que d’un faux dilemme [16], car il repose sur le postulat que 1) les êtres humains sont parfaitement libres de leurs actions, 2) que nous vivons dans une société qui permet un exercice équilibré et juste de cette liberté et 3) que les policiers ne dépassent jamais du cadre ni de leurs ordres ni de la loi, ou si c’est le cas, de manière très ponctuelle et individuelle ne nécessitant pas de modifier ni le système ni le raisonnement.

Mais en enfermant les tenants d’une position réflexive sur la violence dans ce choix, le mécanisme dialectique permet d’éviter de se poser la question qui était à la base la plus évidente, à savoir : Si la police défend la société, et si la société garantit la liberté des individus, alors pourquoi des individus utiliseraient-ils leur liberté pour attaquer la société, ou un policier, qui en est le garant ? 

La seule réponse possible [17] pour se sortir de cette question en suivant le raisonnement établi est donc, de facto, de réduire cet attaquant à une brute stupide exprimant sa violence comme une fin en soi. En sommes, de bestialiser l’humain pour réduire l’expression de sa violence à un acte animal de destruction pure, ne servant ni but, ni objectif précis, comme le suppose par exemple le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner le 31 juillet 2019, suite aux attaques contre les permanences des députés LREM : « On voit bien qu’au fond ces gens-là veulent juste détruire » [18].

Ce qui pose là encore une fois un petit problème de logique, car même dans le monde animal, la violence n’est jamais une fin en soi. 

Au final, cette théorie de la liberté individuelle indiscutable présente une accumulation de petits problèmes logiques mettant en doute sa véracité. Existe-t-il donc une explication qui permette d’expliquer cette violence différenciée entre la police et les citoyens et l’interprétation qui en est faite par les personnalités politiques et médiatiques, sans créer de paradoxe logique ou de pensée tronquée ?

Pour répondre à cette question, il nous faut donc commettre l’impensable : tenter d’expliquer ce qui génère de la violence. Et pour cela, nous devons tout d’abord définir ce qu’est la violence, et pourquoi elle nous est intolérable. 

Naturel ?

Pour résumer, on peut considérer que la violence correspond un acte ayant pour objectif de contraindre physiquement un autre individu à accomplir une action contre son gré. Comme nous l’avons dit, la violence est un moyen, non une fin en soi. Mais pour être plus précis et pour citer Sartre, on peut dire qu’elle est le choix fait par un individu pour atteindre une fin par n’importe quel moyen [19].

Il est important de noter qu’il n’est pas nécessaire que la victime de violence soit en mesure de livrer ce qu’on attend d’elle. Lors de violences considérées comme gratuites, la victime peut par exemple servir d’exutoire à une colère dont elle n’est ni responsable, ni comptable, et à laquelle elle ne peut apporter aucune réponse, même contrainte. Lors de violences matérielles, il est évident qu’un bâtiment, un objet ou un véhicule n’est pas en mesure de satisfaire une quelconque requête. Mais du point de vue du contraignant, cette violence peut servir à atteindre un état d’apaisement, à sanctionner un comportement interprété comme punissable, à détruire un symbole pour soutenir une cause, ou encore à faire peser une menace visant obtenir  gain de cause par un mécanisme secondaire.

Quoi qu’il en soit, la violence sert toujours un but pour celui qui l’exerce. C’est un moyen physique d’atteindre un objectif, que tous les êtres vivants utilisent de manière naturelle, l’homme ne faisant pas exception. Et ce qui rend ce moyen particulièrement intolérable à nos yeux d’humain, c’est justement qu’outre les conséquences parfois désastreuses pour les victimes de violence, celle-ci  permet à un individu d’atteindre une fin par la force, le mensonge, la ruse, la menace, la trahison, bref : de manière injuste.

Cette sensation d’injustice est renforcée chez les humains du fait notre capacité unique à comprendre que la violence, le mensonge, la trahison sont à la portée de tous, et qu’un individu s’y livrant profite généralement de la faiblesse des victimes et des circonstances du moment, mais qu’il n’y a absolument aucun mérite à recourir à ces méthodes. Avec la violence, seul le but compte, et peu importe l’ignominie des moyens employés, à l’instar des interactions entre les prédateurs et les proies ou de dominance dans la nature.

La violence est ainsi une expression du droit naturel, qui est, selon le philosophe Thomas Hobbes (1588-1679), « la liberté que chacun a d'user de sa propre puissance, comme il le veut lui-même pour la préservation de sa propre nature, autrement dit de sa propre vie » [20]. Cette liberté totale d’action, ou « liberté naturelle », permet ainsi la violence sans limitation, puisque seule la fin compte. C’est, en d’autres termes, la loi du plus fort qui règne, le plus fort étant celui qui survit, quelle que soit la méthode utilisée pour y parvenir, rejoignant ainsi la définition de la violence de Sartre.

Le problème de ce droit naturel est qu’il est physiquement limité à chaque individu. La liberté naturelle étant la combinaison directe de nos capacités naturelles propres et de notre opportunisme, elle est très injustement répartie dans la population humaine. A l’état naturel, un individu physiquement faible n’aura ainsi que très peu de liberté, et un individu physiquement puissant en aura bien plus. Un individu avec peu d’empathie pourra tuer un gêneur en l’étranglant dans son sommeil, alors qu’un individu empathique ne s’y résoudra pas. La liberté naturelle est donc injuste : dans l’affrontement du fort contre le faible, c’est la loi qui protège et la liberté qui oppresse.

 

On peut cependant faire un constat physique très simple : tout puissant, agressif ou rusé qu’un individu soit, il reste toujours moins puissant qu’un collectif d’individus agissant dans le même intérêt. Les stratégies individuelles sont en effet bien moins efficaces et bien plus coûteuses en énergie que les stratégies collectives pour exercer un contrôle sur l’environnement. A l’état naturel, cueillir une pomme à 3 mètres de hauteur est bien plus facile, bien moins risqué et bien moins coûteux en énergie en étant 4 ou 5 individus s’entraidant, qu’en tentant désespérément de sauter assez haut, de grimper péniblement au tronc, ou encore de construire tout seul une échelle de ses propres mains[21].

De ce fait, une grande partie des êtres vivants ont adopté un fonctionnement en colonies, voire en groupes sociaux, dans lesquels chaque individu met tout ou une partie de son temps et de son énergie au service de la communauté, afin de faciliter les échanges et les éventuelles confrontations avec l’environnement. Et dans le cas de l’homme, qui ne dispose pas de grandes capacités de violence physique à l’état naturel, mais de grandes capacités cognitives, il est évident que les chances de survies sont immensément plus importantes pour tous les individus s’ils parviennent à s’entendre pour assurer la survie du groupe.

 

Sans retracer l’ensemble des mécanismes animant les groupes et les réseaux sociaux dans le règne animal[22], on comprend bien vite que la cohésion d’un groupe social humain ne peut se faire qu’au respect de certaines règles.

Et la première et principale règle est de ne pas faire à autrui ce que l’on ne tolérerait pas raisonnablement qu’autrui nous fasse. La violence faisant partie de ces comportements dont ne peut accepter raisonnablement qu’ils s’appliquent sur soi, pour des raisons de souffrances physiques et de risque de mort tout d’abord, mais également pour le sentiment d’injustice que celle-ci génère, elle est évidemment inclue dans cette règle première.

Cette règle première, qu’Hobbes appelle « loi naturelle », existe afin d’éviter « une guerre de chacun contre tous » qui nuirait à la pérennité du groupe, et plus concrètement pour empêcher qu’un colosse idiot ne fracasse le crâne d’un Einstein freluquet dont les capacités cognitives auraient pu, à court, moyen ou long terme, assurer la survie du groupe. Mais surtout, elle a une conséquence philosophique directe :

 

Ma liberté est limitée par celle, identique, que j’accorde aux autres.

 

En effet, si je m’accorde le droit de faire une chose, je dois accorder ce même droit aux autres individus du groupe. Je perds alors ma liberté naturelle, injuste et unique car exclusivement liée à mes capacités naturelles, pour gagner une liberté individuelle, juste et commune à tous, qui permet la construction de stratégies de groupe efficaces.

Les êtres humains ont ainsi construit un ensemble de règles et de lois découlant de cette première règle,  devant être suivies par tous les membres du groupe concerné. Pour garantir le respect de ces lois, ils  se sont dotés de mécanismes coercitifs pour s’assurer que chaque individu renonce effectivement à sa liberté naturelle pour se plier à cet ensemble de règles dans l’intérêt général, l’objectif étant que l’intérêt général amène à l’intérêt de chacun[23], par la préservation collective des individus et le gain de nouvelles libertés individuelles équitables qui n’auraient pas été accessibles autrement.

 

 © Alexandre Deloménie © Alexandre Deloménie

Stratégie individuelle

 

 © Alexandre Deloménie © Alexandre Deloménie
 Stratégie collective

 

 

Somme toute, avec le système collectif, "je" me mets au service d’un collectif qui va assumer des tâches à ma place, et notamment celle de me protéger physiquement contre la violence naturelle, de l’environnement dans une certaine mesure, mais surtout de celle des autres individus qui compose le collectif.

Et c’est là que le système social se retrouve confronté à une réalité physique inaltérable : le réflexe naturel à la préservation de soi-même[24].

 

Car si l’être humain forme naturellement des groupes sociaux, il n’en demeure pas moins un individu unique, seul conscient de la réalité de son existence et de sa liberté d’action. Il sait qu’il renonce à sa capacité physique à exercer des contraintes à son seul profit pour participer à un système sensé le protéger mieux qu’il ne le ferait lui-même, et lui garantir une liberté individuelle égale à celle des autres. L’individu profitera alors certes de bien plus de sécurité et de liberté qu’à l’état naturel, mais de manière indirecte, donc moins connectée à son ressenti personnel. Surtout, l’individu sait que ce mécanisme collectif est fragile, car il ne peut fonctionner qu’à une seule condition : que tout le monde accepte de s’y plier. Dans le cas contraire, l’individu puissant physiquement n’aurait rien à gagner à participer au système collectif, puisqu’il y perdrait sa liberté naturelle inégale mais confortable, pour une liberté individuelle toujours inégale, mais de surcroît, réduite.

De ce fait, le renoncement la liberté naturelle doit nécessairement s’accompagner d’une forme d’assurance que le groupe social remplira bien son rôle d’une meilleure protection des individus et de la garantie des libertés individuelles. En d’autres termes, dans une société paisible, il faut que l’éventuel bénéfice pour tout individu d’exercer sa liberté naturelle apparaisse comme moins attrayant que celui qu’il gagne en y renonçant. C’est la base du contrat social[25].

 

 © Alexandre Deloménie © Alexandre Deloménie

 

 Le grand principe du contrat social : échanger sa liberté naturelle contre une liberté individuelle encadrée et une protection sociale

 

Cet effort consenti par l’individu à se plier aux lois communes pour échanger sa liberté naturelle contre une liberté individuelle limitée peut sembler très lointain de notre question actuelle. Et pourtant, il s’agit là du cœur de la problématique. Car le contrat social est une construction mentale : tout individu dispose de la capacité physique de revenir vers son état de liberté naturelle, autrement dit, de rompre le contrat social, et d’user de son droit naturel le plus total, à savoir le recourt à la violence physique.

 

Reprenons notre exemple de pomme. Si 3 individus décident de s’entraider pour cueillir une pomme sur une branche trop haute pour être atteinte par un individu seul, ils doivent convenir de plusieurs termes dans le contrat, qui auront pour but de garantir qu’aucun des individus ne pourra exploiter le travail des autres pour conserver la pomme pour lui-même. Ils suspendent donc leur liberté naturelle, en renonçant à se contraindre les uns les autres par la force une fois que la pomme sera en leur possession, et décident en amont de la division de la pomme en 3 parts selon une répartition qui conviendra à tous.

Mais une fois le contrat établi, l’action réalisée et la pomme cueillie, qu’est-ce qui garantit au plus faible des trois individus que les deux autres ne le trahiront pas pour garder la pomme pour eux seuls ? Ou que le plus rapide des trois ne profitera pas d’un instant d’inattention pour chaparder la pomme et s’enfuir en courant ? Ou encore que le plus fourbe ne sectionne discrètement les tendons d’Achille de ses anciens camarades à avec une lame habilement dissimulée, et leur vole la pomme ? A l’état naturel, la réponse est : rien.

En société, l’acte transgressif  de recourir à sa liberté naturelle peut être entravé par un 4ème individu qui, contre un morceau de la pomme, mettra sa force physique supérieure au service du collectif et s’assurera qu’aucun des autres membres n’exerce la violence pour s’accaparer la pomme de manière injuste, et le cas échéant, de punir le traître.

Mais alors, qu’est-ce qui garantit que ce 4ème individu ne profitera pas à son tour de sa position de force pour s’accaparer la pomme ? En nommant un 5ème individu, plus fort que le 4ème, pour le surveiller à son tour ? En raisonnant ainsi, l’escalade est inévitable : plus la force nécessaire pour s’assurer du respect des lois par les individus est grande, plus le risque que ce pouvoir ne devienne lui-même un oppresseur supérieur augmente. Mais surtout, ce raisonnement aboutit à un souci logistique : on ne peut pas surveiller tous les membres d’un collectif de manière permanente, à chaque instant de sa vie. Il surgira toujours un moment où la surveillance atteindra sa limite, où le risque d’être puni s’effacera ponctuellement, où la tentation de commettre un méfait et de s’en sortir se présentera.

 

En réalité, en société, l’acte transgressif n’est entravé que par une chose : la résolution de l’individu à tenir son engagement de renoncement à sa liberté naturelle et d’application des règles du groupe social. Autrement dit, par le consentement libre des individus au contrat social.

 

Liberté ?

Le contrat social implique ainsi un consentement des individus, une société ne pouvant pas contrôler les moindres faits et gestes de tous les membres qui la composent. Et ce consentement tient principalement à la confiance que les individus portent dans la capacité du système à faire son travail, c’est-à-dire :

1) assurer sa protection,

2) garantir sa liberté individuelle égale à celle des autres,

3) punir les contrevenants aux règles communes,

4) s’assurer que les règles représentent le meilleur ratio bénéfice/liberté possible pour les individus

Grâce à cette confiance, les individus vont pouvoir renoncer à l’exercice de leur liberté naturelle, et même parfois accepter que le système les desserve de manière ponctuelle et/ou limitée, si celui-ci continue, selon eux, de satisfaire à ces termes de manière générale.

 

 

Le bénéfice du contrat social perçu par un individu : un subtil ratio liberté/protection © Alexandre Deloménie Le bénéfice du contrat social perçu par un individu : un subtil ratio liberté/protection © Alexandre Deloménie

 Le bénéfice perçu du contrat social par un individu : un subtil ratio liberté/protection

 

Ainsi construit, le contrat social, librement consenti, s’en remet à l’individu lui-même qui,  par sa capacité unique et indivisible à penser, demeure le seul à percevoir la réalité de cet équilibre pour lui, et donc seul juge de l’efficacité de la société. C'est donc, par définition, l'individu qui est le juge de l'équilibre du contrat, et le système collectif qui en est le garant.

De ce fait, l'individu demeure capable de décider, en cas de désaccord trop profond avec les règles collectives en vigueur ou avec la manière dont le système collectif est administré, de suspendre sa confiance dans le système et de rompre le contrat social, pour regagner une liberté naturelle qui lui permettra d’exercer à nouveau son droit naturel à la violence, en désobéissant, en volant, en frappant, voire en tuant un autre individu. 

 

Cet usage de la liberté naturelle peut alors servir trois objectifs bien distincts :

- exercer une violence ponctuelle et temporaire pour résoudre à son unique profit une situation donnée, sans vraiment remettre le système en question, comme c’est le cas avec les délinquants,

- remplacer le système de consentement par un système de contrainte et de violence naturelle dont l’individu rebelle sera le bénéficiaire grâce à sa puissance supérieure, comme c’est le cas avec la mafia, ou lors d’un coup d’Etat militaire,

- modifier de manière durable le contrat social pour que celui-ci englobe des situations dont la gestion actuelle ne convient pas à l’individu, comme c’est le cas avec les révolutionnaires.

 

S’il est évident que le groupe social ne peut pas laisser les individus en capacité de rompre le contrat social pour résoudre un problème individuel ou installer un régime de violence, il apparaît cependant nécessaire de considérer en permanence l’importance du phénomène révolutionnaire, qui peut refléter l’incapacité du système à répondre à sa fonction sociale.

 Le groupe retrouve bien là sa fonction première de garant du contrat social : protéger les individus des deux premières contestations, qui sont des effets de la liberté naturelle, et prendre constamment en compte la troisième pour garantir le consentement de tous les individus au contrat social, y compris ceux qui désirent le faire évoluer dans des sens contraires. Car il faut garder à l’esprit que ces phénomènes de rébellion sont basés sur la perception des individus, non sur une hypothétique évaluation objective d’un ratio bénéfice/liberté optimal. Pour un même contrat social, les individus vont en effet avoir des perceptions différentes de ce ratio, non seulement entre eux, mais également en fonction des circonstances.

 

 

 © Alexandre Deloménie © Alexandre Deloménie

 

 © Alexandre Deloménie © Alexandre Deloménie

Dans les illustrations ci-dessus, les individus A et B sont insatisfaits du même contrat social, mais ils souhaitent des modifications radicalement opposées : A pense qu’il faut augmenter la liberté individuelle pour améliorer le contrat social, quand B pense qu’il faut au contraire la limiter.

 

Le problème principal est qu’il n’existe pas de contour net et précis de ce que les individus sont prêts à concéder de leur idéal de contrat social sans se rebeller physiquement contre le groupe.  Le travail du groupe consiste donc à assurer le meilleur contrat social « moyen » de l’ensemble des individus qu’il concerne. Il existe plusieurs mécanismes pour cela, comme l’acceptation par la majorité, la garantie du débat public et de la liberté d’expression, le poids du consensus scientifique dans les décisions, etc.

 Mais quels que soient les mécanismes utilisés, ils doivent tous répondre à l’exigence de respecter les désirs de la population qu’ils concernent : seuls les individus sont juges de la validité du contrat social, du fait de leur perception unique et personnelle des effets du contrat social sur eux. Nul ne peut se prévaloir de la garantie de l’effet bénéfique d’un système imposé par la force aux individus.

 Ce sont donc les individus qui définissent, généralement inconsciemment, des zones de « tolérance » au contrat social, des zones de « contestation » du contrat social, et des zones de « rébellion » contre le contrat social.

 © Alexandre Deloménie © Alexandre Deloménie

 

C’est donc au système de garantir le contrat social qui rassemblera le plus d’individus dans la zone de « tolérance », et le moins possible dans la zone de « rébellion ». Pour cela, il doit donc constamment être attentif aux revendications des individus qui se trouvent dans la zone de « contestation », et surtout, à leur nombre et à leur poids relatif dans la société.

Selon le contrat social, ce sont donc les individus, chacun d'entre eux, qui déterminent collectivement l’application des règles communes garantissant les libertés individuelles, à travers un système politique dédié, qui a la charge de transcrire ces règles en lois et de les faire respecter : c’est le principe de la démocratie.

La démocratie n’est donc pas le meilleur système pour garantir la réalité factuelle des libertés individuelles : c’est le seul.

 

Légitimité ?

Revenons donc à la question de la violence, et de sa place dans le système démocratique. Pour assurer l’ensemble des tâches collectives qui lui sont confiées, il est évident que le système démocratique a besoin, entre autre, d’utiliser la violence physique.

En effet, il faut bien user parfois de la contrainte physique pour assurer le rôle de protection face à l’environnement (pompiers, médecins), aux individus extérieurs au groupe (militaires) ou aux individus du groupe ne respectant pas le contrat social (police, gardiens de prison).

Puisqu’aucun individu n’a le droit de recourir lui-même à la violence de manière légitime du fait de la règle première, le système démocratique, qui représente l’ensemble des individus, dispose invariablement de la seule violence légitime possible et détient donc le monopole de la violence légitime. Dès lors, le système démocratique, constitué en Etat démocratique, se retrouve avec la principale charge que les individus lui délèguent, à savoir exercer, quand nécessaire, la violence physique légitime[26].

On lit ou entend souvent que l’exercice de cette violence légitime doit, dans un Etat démocratique, être « juste », « mesuré » ou « moral ». Mais il s’agit là d’abus de langage. En réalité, la règle à respecter pour exercer cette violence légitime est unique mais complexe : cette violence doit pouvoir être justifiée dans les termes du contrat social.

 

En effet, lorsqu’un individu exerce une violence via sa liberté naturelle, il sait pourquoi il le fait et dans quel but, et n’a de comptes à rendre à personne. La violence naturelle est donc justifiée avant même qu’elle ne s’exerce : c’est une justification a priori.

En revanche, si ce même individu, devenu policier, exerce une violence physique au nom de l’Etat démocratique, il doit pouvoir justifier de cet acte, car il n’exerce pas là un droit naturel mais un droit social, un droit délégué par la communauté. Cette communauté a donc besoin de savoir si cette violence avait lieu d’être : c’est une justification a posteriori.

 

C’est cette différence de justification qui délivre le droit légitime à exercer la violence physique. Un droit qui n’a d’ailleurs rien d’anodin, puisqu’il permet d’attenter à l’intégrité physique d’un autre individu, avec les risques naturels que cela comprend pour ce dernier, à savoir souffrance, blessure, mutilation, et bien sûr, mort. Il faut donc pouvoir garantir que le policier exerçant une violence légitime ne soit pas en train d’exercer une violence naturelle sous couvert de son droit social. Et pour cela, il faut pouvoir justifier a posteriori, de manière non équivoque et en toute circonstance, chaque usage qui est fait de cette violence.

 

En acceptant les termes du contrat social, l’individu procède donc à un échange potentiellement bénéfique, certes, mais risqué : il délègue un élément d’une importance capitale pour lui, sa capacité à juger s’il peut s’en prendre physiquement à un autre individu, contre l’assurance que l’Etat démocratique exercera une violence légitime, donc justifiable, qui sera au service d’une société qui, indirectement, lui apportera bien plus de bénéfice que sa liberté naturelle. Du même coup, il s’expose à devoir accepter que l’Etat puisse exercer sur lui une violence physique s’il venait à désobéir au contrat social.

Il met ainsi son intégrité physique, et donc l’éventualité de sa mort, dans les mains de l’Etat, ce qui représente un énorme sacrifice pour un individu qui dispose des capacités physiques d’être indépendant. Mais en échange, il gagne une forte garantie : celle que l’Etat devra toujours justifier la violence qu’il exerce sur lui, contrairement à celle à laquelle il s’expose dans le cadre de la liberté naturelle.

 

Cette nécessité de justification de la violence pose cependant un petit problème logistique que le système doit résoudre : si chaque acte de contrainte imposé par un Etat démocratique sur chaque individu doit être dûment documenté et justifié, il devient difficile pour le système de faire le moindre geste en situation d’urgence. Un médecin devrait alors expliquer et documenter pourquoi il est nécessaire de faire sortir les proches d’un blessé lors d’une prise en charge. Un pompier devrait expliquer pourquoi il force les occupants d’une maison à quitter leur domicile sous la menace d’un feu de forêt. Un policier devrait expliquer à chaque interpellation les raisons qui l’ont obligé à faire usage de la force sur un individu présentant un danger pour les autres.

 Evidemment, dans les faits, chaque usage de la force est par la suite rapporté et documenté pour vérification. Mais dans les cas d’urgence, il n’est pas possible pour un agent d’attendre le consentement des individus pour agir, et il n’est pas question de laisser à ceux-ci la possibilité de contester les décisions des agents à chaque situation.

 C’est de cette nécessité d’agir rapidement et efficacement pour le bien des individus que naît le principe de l’autorité. Les agents dépositaires de la force collective disposent ainsi d’un consentement par défaut des individus, qui doivent leur obéir sans discuter dans les situations qui le nécessitent.

 

Et c’est là que l’on voit se dessiner un mécanisme vicieux dont dispose l’Etat pour s’assurer du maintien du renoncement à la liberté naturelle des individus : en utilisant la violence naturelle sous couvert de violence légitime, et en déployant le principe d’autorité pour se faire obéir.

En prétextant en permanence des situations urgentes ou exceptionnelles, en introduisant par exemple des dispositions de l’Etat d’urgence dans le droit commun[27], l’Etat peut se prévaloir de son principe d’autorité pour imposer l’obéissance des individus, non par consentement, mais par soumission. Par cette pirouette, qui transpose une autorité légitime qui nécessite l’urgence pour exister, en une autorité permanente qui impose l’obéissance par la contrainte physique, les détenteurs du pouvoir peuvent ainsi faire croire aux individus qu’ils vivent dans un Etat démocratique, alors qu’ils vivent dans un système de liberté naturelle, certes complexe, mais bien réel.

 

Car  rappelons-le, le principe de base de l’association des individus dans un système collectif est que celui-ci est plus fort, plus efficace, plus puissant que n’importe quel individu seul. Et le paradoxe de la délégation de la violence à un système dédié, c’est que si les individus construisent ainsi un système assez fort pour les protéger, ils construisent également un système assez fort pour les contraindre.

L’usage de ce système au profit non pas de la population, mais de quelques individus, peut alors rétablir une forme étatisée de la violence naturelle, dont l’abolition était pourtant l’objectif initial. Dans ce cas, les individus ne vivent non pas dans un système de contrat social mais dans un système contraint par la force, et ils ne se plient à ce système non par consentement, mais par crainte pour leur intégrité physique. L’Etat devient ainsi un outil de puissance, une arme au service des individus qui le dirigent pour exercer une violence naturelle décuplée, au lieu d’être un outil de contrôle au service de l’ensemble des individus pour exercer la violence légitime. La démocratie cesse alors d’être, pour devenir une forme de gouvernement par la puissance, une « imperocratie », qui diffère en fonction de celui qui détient cette puissance physique : théocratie (Dieu et ses représentants), ploutocratie (les plus fortunés), aristocratie (les plus compétents, les meilleurs), etc.

 

Quand un individu consent au contrat social, il prend donc un énorme risque : celui de subir, par une défaillance du système au travers le mécanisme de l’autorité, une violence illégitime non seulement bien plus puissante que celle qu’il subirait à l’état naturel, puisqu’elle est soutenu par la masse du groupe, mais également face à laquelle il n’aura pas le droit de répondre physiquement, puisqu’elle se prétend seule détentrice de la violence légitime. Il prend donc le risque d’être réduit à une totale et irrémédiable impuissance physique légitime.

 

Démocratie ?

Revenons à notre question des violences policières.

Un policier fait partie des exécutants de la loi et dispose du droit social particulier d’user de la violence physique pour faire respecter celle-ci. Comme expliqué plus tôt, il existe donc des règles de justification encadrant l’usage de cette force pour garantir sa légitimité : Nécessité, sommation, proportionnalité, instantanéité, etc.[28].

Du fait de la confiance accordée par les individus dans une société démocratique, et pour des raisons pratiques en cas d’urgence, la légitimité de la violence n’est pas remise en question à chaque exercice de celle-ci. On considère que par défaut, la violence exercée par un policier est légitime, sauf à pouvoir justifier du contraire a posteriori : c’est le principe de l’autorité.

Mais dès lors que le non-respect de ces règles est avéré, et que la violence utilisée ne peut plus être qualifiée de légitime, elle se révèle de facto naturelle, donc inacceptable en démocratie. Continuer de qualifier ces violences comme légitimes, ou même a minima comme seulement tolérables malgré les preuves de cette illégitimité, revient à considérer que la violence de la police, et donc du pouvoir en place, continue d’être légitime au-delà des règles communes, ce qui sape le principe de l’autorité, va l’encontre du principe premier de l’égalité des libertés individuelles, contrevient au contrat social, et donc à la démocratie.

 

On peut considérer que ces règles et cette exigence de justification entravent très largement les marges de manœuvres des policiers pour faire face aux actes violents et dangereux de certains individus. Et c’est parfaitement vrai.

En effet,  un individu ayant recours à sa liberté naturelle pour exercer une violence ne se soumet plus aux règles du contrat social, et peut alors jouir d’une liberté naturelle que seule sa morale personnelle limitera. Conséquence directe : la violence légitime est bien moins efficace à un niveau individuel que la violence naturelle, et la confrontation physique entre un criminel et un policier revient parfois à organiser un match entre un freefighter surarmé et un judoka, en obligeant le judoka à n’appliquer que les règles du judo.

Considérer que les policiers ont moins de marge de manœuvre individuelle que les criminels est donc tout à fait correct, mais c’est aussi parfaitement normal. Car encore une fois, ce sont ces règles qui garantissent que le policier a effectivement recours à la violence légitime, et non à la violence naturelle : elles sont les seules à permettre de faire la différence entre les deux violences.

 

Cet écart est vécu, et c’est tout à fait compréhensible, comme une souffrance par les policiers[29], qui en plus de voir leur intégrité physique mise en péril, se trouvent régulièrement jugés par l’opinion publique après un usage excessif de la force, alors qu’ils sont confrontés à des individus qui ne jouent pas avec les mêmes règles qu’eux.

Mais cet écart est malheureusement logique et indépassable : le policier doit rester fidèle au contrat social quoi qu’il arrive, puisque sa violence n’est légitimée que par l’existence de ce contrat. S’il cède à la violence naturelle en commettant un acte hors du cadre de la loi, il délégitime tout le contrat social qui lie les individus à l’Etat démocratique. Il commet là une faute sociale bien plus grave qu’une rupture individuelle du contrat social : il délégitime son existence pour tous ses membres. Car si la rupture du contrat social par un citoyen  lambda n’engage que lui, la destruction de ce même contrat par un agent du système engage en revanche toute la société[30]. Sans la légitimité du contrat social, le policier n’est rien d’autre qu’un mercenaire au service du pouvoir, le bras armé d’une imperocratie qui ne dit pas son nom.

 

L’Etat dans lequel une violence policière a lieu ne dispose alors que de deux leviers, l’un légitime et relevant d’une démocratie, et l’autre naturel relevant d’une imperocratie :

1) Remplir sa fonction sociale : acter la faute, déterminer quel est l’individu qui a rompu le contrat du côté du système, que ce soit le policier et/ou le supérieur qui donné l’ordre illégitime, le sanctionner selon les dispositions prévues dans la loi, faire la démonstration qu’il s’agissait d’une rupture individuelle n’engageant qu’un ou plusieurs membres de la société, et corriger le système pour réduire le risque lié à cette pratique.

2) Utiliser sa position de force pour préserver l’exercice de la violence naturelle de l’individu concerné : nier la faute et orchestrer un mécanisme ad hoc permettant de préserver le système en usant de sa position de puissance supérieure (manipulation de l’information, destruction des preuves, réduction au silence des opposants, discrédit des témoins, détournement de la loi, mensonges, menaces, etc.)

 

C’est à ce moment que les mécanismes de contrôle de la société sont mis à l’épreuve, tels que la liberté d’information, la mise place d’enquêtes indépendantes, et le recours à des sanctions adéquates. Car si les individus doutent dans la capacité du système à s’autoréguler, la volonté de se rebeller physiquement contre ce système pour le faire changer peut se développer. Et si le système échoue à apporter une réponse à un acte de violence naturelle dont il est pourtant garant de l’absence, il ne laisse alors d’autre choix aux individus qui composent la société que d’acter la fin, voire l’inexistence du contrat social et de la démocratie, et donc de revenir à une liberté naturelle et à l’exercice de leur violence naturelle.

 

La question est donc : quel est l’état des lieux en France en la matière ?

 

Et bien le fait est que, malgré les très nombreuses preuves de l’existence de ces violences policières en France, aucune condamnation à la prison ferme n'a été prononcée contre des policiers violents si cela n'a pas entraîné la mort de la victime, volontaire ou non. L'affirmation paraît surréaliste, mais elle est parfaitement correcte : d'aussi loin que remonte les connaissances en la matière, jamais aucun policier en France n'a été condamné à de la prison ferme pour violence, si celle-ci n'a pas entraîné la mort de la victime. Et encore, même dans ce cas, on ne compte qu'une poignée de condamnation depuis 40 ans, alors que les cas de violences policières ayant entraîné la mort sont nombreux en France. En 2009, un rapport d'Amnesty international, intitulé "France : Des policiers au dessus des lois" dressait d'ailleurs un bilan effrayant de la situation [Lien]. Aucune remise en question du système n’a pourtant été effectuée, ni par la classe politique, ni par la classe médiatique.

Malgré les alertes d’organisations non gouvernementales, de l’ONU, de syndicats, de collectifs d’individus, les entorses au principe d’urgence de l’autorité se multiplient, les violences effectuées par des agents de l’Etat perdurent et demeurent impunies, et les libertés individuelles sont de plus en plus réduites.

Des délits d’intention ont été édictés, sous la fameuse désignation de « en vue de »[31] , rappelant les lois scélérates de la fin du XIXème siècle. La couverture médiatique de certaines violences, comme celles ayant conduit à la mort de Zineb Redouane relève clairement du mensonge, de la novlangue orwellienne et de la propagande d’Etat, Christophe Castaner pouvant tranquillement déclarer à ce sujet le 28 aout dernier, sans être contredit par son interlocuteur Jean-Jacques Bourdin sur BFM-TV et RMC : « elle est morte d’un choc opératoire après, effectivement, sur son balcon elle ne manifestait pas, avoir semble-t-il reçu une bombe lacrymogène qui avait été envoyée et qui est arrivée sur son balcon [sic]» . Alors même que la victime… ne possédait pas de balcon côté rue ![32]

On assiste, atterrés, à des aveux de mensonge de la part d’un procureur pour « ne pas embarrasser Emmanuel Macron »[33], qui s’était exprimé sur un cas de violence policière un peu plus tôt.

On en arrive à des situations complètement ubuesques, où un conseiller du Président de la République lui-même se retrouve filmé et formellement identifié, en train d’exercer des violences physiques sur d’autres individus, violence dont il ne dispose nullement du droit d’exercer, vêtus d’insignes de police qu’il n’a en aucun cas le droit de porter, et qui demeure non sanctionné à ce jour par la justice. Dans le même temps, des centaines de personnes se sont vues condamnées par la justice à des peines de prison ferme pour des actes bien moins graves, et bien moins documentés[34].

On pourrait malheureusement passer des heures à citer des exemples, tant les indicateurs de cette impunité sont nombreux, que ce soit dans la répression des actions non violentes écologiques[35], dans l’usage disproportionné de la force pour mettre fin à une soirée lors de la fête de la musique entraînant la mort par noyade du désormais tristement célèbre Steve, ou dans les déclarations incantatoires du Président de la République ou de l’IGPN sur l’impossibilité même d’utiliser le terme de « violence policière » en France[36].

Tous ces éléments indiquent clairement l’exercice de la violence par le pouvoir en place n’a plus besoin d’être justifié, et donc plus rien de légitime. Or, comme nous l’avons vu, c’est cette nécessité de justification de la violence légitime qui garantit le respect des libertés individuelles, qui elles-mêmes garantissent la réalité du contrat social et de son consentement par les individus, système qui demeure le seul et unique possible pour garantir l’existence de la démocratie.

La conséquence est donc malheureusement logique et irréfutable : la France n’est pas une démocratie.

 

Cette conséquence est bien évidemment difficile à accepter, tant la démocratie est présentée comme le socle indéfectible des sociétés occidentales, et particulièrement dans le pays des Lumières et de la Révolution.

Mais les faits sont bien là, irréfutables : un policier ou un agent de sécurité proche du pouvoir exerçant une violence illégitime en France ne sont pas sanctionnés par le système, ce dernier passant d’ailleurs le plus clair de son temps à tenter de les défendre, de minimiser leurs gestes, voire de le passer sous le silence. Les procédures d’enquêtes sur les abus de la police ou des proches des politiques sont démesurément longues et fastidieuses, quand les comparutions immédiates et les condamnations à la chaîne sont légions pour le reste de la population. Et la pratique de date malheureusement pas d'hier, avec les méthodes d’interpellations musclées effectuées depuis des décennies dans les quartiers populaires, entraînant parfois la mort des individus interpellés[37], ou l’utilisation des assignations à résidence pour les militants écologistes depuis la mise en place de l’Etat d’urgence en 2015[38].

 

Cette différence de traitement des individus est une preuve absolument incontestable que les libertés dont disposent les individus en France sont à géométrie variable en fonction de leurs liens avec les organes du pouvoir en place. Et si les principaux mis en causes, les puissants et leurs proches, peuvent s’en défendre, nier, travestir la réalité autant qu’ils le souhaitent pour ne pas avoir à rendre de comptes aux autres individus qui composent la société, cette évidence de l’inexistence des processus essentiels à la démocratie devrait soulever chez les journalistes, les intellectuels, mais surtout chez la majorité des individus composant la population française, qui ne bénéficient pas des bienfaits du système autoritaire, des prises de position bien plus rebelles que celles auxquelles nous assistons.

Car pour répondre à notre première question, à savoir si les violences policières ou populaires sont des trahisons de la démocratie, il faudrait que la démocratie existe en premier lieu.

 

Ce dont ces violences policières nous renseignent, c’est non de la trahison, mais de l’inexistence de la démocratie, seul système découlant directement du consentement des individus à renoncer à leur liberté naturelle, et donc à l’exercice de la violence naturelle. Si ce système était en place, aucun agent du système ne pourrait exercer une violence illégitime et s’en tirer sans aucune sanction, alors que des preuves factuelles et irréfutables l’incriminent.

Cette démocratie dont nous entendons les louanges depuis notre plus tendre enfance n’existant pas, il convient de nous défendre de tout  jugement concernant les violences populaires : celles-ci peuvent effectivement être illégitimes, mais elles peuvent également être révolutionnaires, et être simplement le reflet d’une exigence de plus de démocratie au sein de la population[39].

 

Les violences populaires sont-elles les signes précurseurs d’un coup d’Etat fomenté par un ennemi intérieur ou extérieur ? Sont-elles les symptômes d’une révolution légitime du peuple ? Sans la démocratie pour assurer la justification des violences comme toile de fond, il devient philosophiquement impossible de trancher objectivement sans prendre parti, même si les éléments vus aujourd’hui tendent à accréditer la thèse d’un Etat autoritaire face à une revendication démocratique.

Cette obsession des médias à condamner sans détour les violences populaires et à tenter d’expliquer les violences policières devrait en revanche nous interpeller directement, car c’est l’inverse qui devrait se produire en démocratie : condamner immédiatement et sans détour les violences illégitimes des policiers, et tenter de savoir d’où proviennent les violences populaires. 

Face à ce comportement et à l’évidence de l’inexistence de la démocratie, il nous faut nous interroger à notre tour : pourquoi les élites médiatiques, éduquées et cultivées, continuent-elles de prétendre que nous vivons bel et bien en démocratie ? Y croient-elles elles-mêmes, ou sont-elles partie prenantes d’une mascarade bien théorisée ?

 

 

La suite de cette analyse et de ses conséquences politiques au prochain article : « Violence(s) (2/2) : de l’illusion de la démocratie au paradoxe logique de la méritocratie ».

 

 

 

[1] Du plus récent avec Apolline de Malherbes sur BFMTV-RMC sur les actions contre les permanences LREM (https://www.youtube.com/watch?v=6iyIFMV4i7g ), mais pouvant remonter à Yves Calvi en 2005 lors des émeutes de banlieue (https://www.youtube.com/watch?v=fKJlCxAPkZ8), et probablement avant.

[2] [EDIT] A deux jours à peine d’intervalle, Apolline de Malherbes a récidivé face à Alexis Corbière, donc le 2 août 2019, échange que je conseille de regarder dans sa totalité, tant il illustre à la perfection l’écart de réflexion philosophique qui sépare la journaliste de son invité, écart qui sera l’objet analytique de cet article : https://www.youtube.com/watch?v=kQILdduVm6g

[3] Comme l’a fait remarquer François Bégaudeau sur SUD Radio, expliquant le ridicule et la médiocrité de pensée de cette injonction. https://www.youtube.com/watch?v=YcWsaNtRHXk

[4] Le philosophe Vincent Cespedes en a fait l’expérience sur le plateau de CNEWS, (https://www.youtube.com/watch?v=iYFr5a1-IE4)

[5] 1 décès, 315 blessures à la tête, 24 éborgné(es) 5 mains arrachées selon le bilan des manifestations des Gilets Jaunes de David Dufresnes (https://www.mediapart.fr/studio/panoramique/allo-place-beauvau-cest-pour-un-bilan), et plus récemment avec l’exemple de Steve, mort noyé à Nantes après une opération de police.

[6] Plusieurs exemples ont été documentés dans cette vidéo des Décodeurs du Monde : https://www.youtube.com/watch?v=rkgxbcwp6o8

[7] Dans ce texte, nous parlerons presque exclusivement des violences physiques, que nous résumeront par le terme de « violence », mais le raisonnement peut également s’appliquer pour des violences verbales.

[8] Comme avec cette émission du 28 minute d’Arte « La police française est-elle devenue trop violente ? » https://www.youtube.com/watch?v=EBfHMx0_y-U, ou celle d’Ouvrez les guillemets sur Médiapart « Usul: Peut-on poser la question de la violence ? » https://www.youtube.com/watch?v=5El0YuMha4A

[9] Voir cet article dans le Monde du 2 mars 2016 https://www.lemonde.fr/societe/article/2016/03/03/terrorisme-la-cinglante-reponse-des-sciences-sociales-a-manuel-valls_4875959_3224.html

[10] Dans le Figaro du 21 mars 2016 http://www.lefigaro.fr/politique/le-scan/citations/2016/03/21/25002-20160321ARTFIG00243-expliquer-la-radicalisation-c-est-excuser-valls-change-de-version.php

[11] Dans son ouvrage « Histoire de ta bêtise », ainsi que sur plusieurs de ses apparitions médiatiques.

[12] Un sophisme très bien théorisé par Frédéric Lordon et dont on peut comprendre les conséquences dans l’épisode « Mes chers contemporains : L’économiste » d’Usul https://www.youtube.com/watch?v=87sEeVj057Q

[13] Comme ce fut le cas pour le lieutenant-colonel Beltrame pour avoir échangé sa place contre celle d’un otage lors de l’attaque terroriste du 23 mars 2018 à Trèbes, ce qui lui coûta la vie.

[14] Comme la députée LREM Marie-Laure Harel (https://www.facebook.com/watch/?v=1041913915996848)

[15] Exprimé par Emmanuel Macron lui-même https://www.bfmtv.com/politique/gilets-jaunes-macron-denonce-une-extreme-violence-venue-attaquer-la-republique-1605110.html)

[16] Le faux-dilemme est un raisonnement fallacieux qui consiste à présenter deux solutions à un problème donné comme si elles étaient les deux seules possibles, alors qu'en réalité il en existe d'autres.

[17] Il en existe d’autres, mais elles sortent du domaine du raisonnement logique et impliquent presque toujours la manipulation des foules par d’obscurs agents étrangers, la Russie étant généralement le bouc émissaire idéal dans cette situation.

[18] Contrairement par exemple à ce que suppose le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner le 31 juillet 2019 suite aux attaques contre les permanences des députés LREM : « On voit bien qu’au fond ces gens-là veulent juste détruire »  (https://www.lemonde.fr/politique/article/2019/07/31/castaner-qualifie-d-attentat-le-saccage-d-une-permanence-lrm-a-perpignan_5495349_823448.html)

[19] « La violence n’est pas un moyen parmi d’autres d’atteindre la fin, mais le choix délibéré d’atteindre la fin par n’importe quel moyen. » Jean-Paul Sartre.

[20] Léviathan, 1651, Thomas Hobbes, chap.14.

[21] Et même quand cette répartition collective semble moins productive pour les individus les plus performants, elle le demeure tout de même, et même de façon mathématique, comme le rappelle Mr Phi dans sa vidéo : « À quoi bon échanger ? Avantages comparatifs & coût d'opportunité - Argument frappant #5 » https://www.youtube.com/watch?v=HAlayHY3Z8E&list=PLuL1TsvlrSncHiPqjF5QQNH52FE2kf-jL&index=5

[22] Un article intéressant à ce sujet dans Pour la Science « Vivre connecté, un atout pour l'animal » https://www.pourlascience.fr/sd/ethologie/les-liens-sociaux-un-atout-pour-les-animaux-8997.php

[23] Pour Hobbes, c’est la peur de la mort qui est la raison principale de l’association en groupes sociaux, puis en Etats chez les humains.

[24] C’est Hugo Grotius, inspirateur de Hobbes qui avait théorisé cette dichotomie dans la première moitié du XVIIe siècle, considérant l’existence d’une nature humaine mue par deux principes : la préservation de soi et le besoin de vivre paisiblement en société, la préservation de soi impliquant de pouvoir défendre sa vie, ses biens, sa famille.

[25] Comme théorisé par Jean-Jacques Rousseau et plutôt bien résumé en 4 minutes par le youtubeur Cyrus North dans sa vidéo Le Coup de Phil' #7 - Le Contrat Social de Rousseau https://www.youtube.com/watch?v=NWo0sTbIHr4

[26] Comme théorisé par Max Weber, dans « Le savant et le politique » en 1919

[27] Comme l’a fait la République en Marche le 31 octobre 2017, avec la loi renforçant la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme prenant le relais de l’état d’urgence, et en y intégrant des dispositions normalement exceptionnelles.

[28] Plusieurs articles regroupent les différents usages de la force. Quelques résumés ici : https://www.lci.fr/social/manifestations-et-maintien-de-l-ordre-par-la-police-que-dit-le-droit-2110138.html, https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2018/07/05/quand-et-comment-les-policiers-peuvent-ils-faire-usage-de-leurs-armes-a-feu_5326550_4355770.html, https://www.bienpublic.com/actualite/2019/01/20/les-regles-de-l-usage-de-la-force-par-les-policiers-ou-les-gendarmes.

[29] Comme le témoigne ce policier sur RMC suite aux événements de Mantes-la-Jolie : https://www.youtube.com/watch?v=xAlb1VOllA0

[30] C’est tout le sens du propos du préfet Maurice Grimaud qui, en 1968, avait écrit une lettre aux policiers leur indiquant : « Frapper un manifestant tombé à terre, c’est se frapper soi-même en apparaissant sous un jour qui atteint toute la fonction policière. Il est encore plus grave de frapper des manifestants après arrestation et lorsqu’ils sont conduits dans des locaux de police pour y être interrogés. » https://www.deslettres.fr/lettre-prefet-maurice-grimaud-aux-fonctionnaires-de-police-frapper-manifestant-a-terre-cest-se-frapper-soi-meme/

[31] Le délit de « participation à un groupement en vue de commettre des dégradations et des violences » est à cet égard un exemple de délit d’intention parfaitement contradictoire avec les principes de la justice en démocratie

[32] Comme l’a rapporté Libération dans un article de CheckNews : https://www.liberation.fr/checknews/2019/08/29/zineb-redouane-est-elle-decedee-des-suites-d-un-choc-operatoire-comme-l-a-affirme-christophe-castane_1747743

[33] Le procureur de Nice dans l’affaire de Geneviève Legay : https://www.lemonde.fr/societe/article/2019/07/24/affaire-legay-pour-sa-defense-le-procureur-de-nice-ne-voulait-pas-embarrasser-macron_5492695_3224.html

[34] En avril dernier, le compte était déjà à près de 800 condamnations à de la prison ferme, dont 388 avec mandat de dépôt. http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2019/04/03/01016-20190403ARTFIG00124-gilets-jaunes-800peines-de-prison-ferme-prononcees-depuis-le-17novembre.php.

[35] Comme dans le cas, non isolé, de la manifestation du 29 juin 2019 à Paris : https://www.lemonde.fr/planete/article/2019/06/29/des-militants-pour-le-climat-evacues-violemment-par-les-crs-lors-d-un-rassemblement-a-paris_5483227_3244.html

[36] Emmanuel Macron lors de son intervention jeudi 7 mars 2019, https://www.francetvinfo.fr/economie/transports/gilets-jaunes/video-gilets-jaunes-macron-juge-inacceptable-dans-un-etat-de-droit-de-parler-de-violences-policieres_3222835.html, et la cheffe de l’IGPN Brigitte Julien le 13 juin 2019 : http://www.leparisien.fr/faits-divers/gilets-jaunes-brigitte-jullien-refute-totalement-le-terme-de-violences-policieres-13-06-2019-8092863.php

[37] Comme pour le cas de la mort d’Adama Traoré, dont la relance de la procédure judiciaire, presque 3 ans après les faits, n’intervient que par l’acharnement de la famille de la victime à demander des contre-expertises médicales https://www.francetvinfo.fr/faits-divers/adama-traore/val-d-oise-rebondissement-dans-l-affaire-adama-traore_3232939.html

[38] Voir la compilation de témoignages dans cette conférence de l’université d’été de la France insoumise, « Vers un régime autoritaire ? » : https://www.youtube.com/watch?v=E45WnMbpH9A

[39] Et les revendications Gilets Jaunes, largement soutenues par la population, tendent à accréditer cette thèse. https://www.lci.fr/politique/sondage-lci-73-des-francais-favorables-au-referendum-d-initiative-citoyenne-2110687.html, http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2019/01/06/97001-20190106FILWWW00007-les-francais-favorables-au-retablissement-de-l-isf-sondage.php.

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