Violence et liberté (2/2) : illusion de la démocratie, paradoxe de la méritocratie

La question de la violence en société est intimement liée à la question de la légitimité du pouvoir : est violent celui qui peut l’être, et s’estime légitime à l’être.

L'Hydre aristocratique - Paris, 1789. Domaine Public, Catalogue BNF (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b6942926x/f1.item) L'Hydre aristocratique - Paris, 1789. Domaine Public, Catalogue BNF (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b6942926x/f1.item)

 

Dans la première partie de cet article, la question initiale était relativement naïve : pourquoi les violences policières, parfois exercées bien au-delà du cadre de la loi, ne suscitent-elles que de très peu de questions de la part du monde politico-médiatique, alors que celles exercées par des manifestants, fussent-elles bien moins graves que les premières, étaient jugées comme absolument intolérables par ce même monde ?

 Le raisonnement sur la violence et sur sa légitimité dans une société démocratique nous avait amenés à la conclusion suivante : la France n’est tout simplement pas une démocratie, et la police n’est pas légitimée par le consentement de la population à lui obéir. Celle-ci n’est que l’instrument physique des personnes détenant le pouvoir pour exercer leur violence naturelle sur les autres individus et les forcer, consciemment ou inconsciemment, non pas à consentir à l’ordre, mais à s’y soumettre.

 Cette conclusion peu réjouissante ne marque cependant qu’une étape, puisse qu’elle ne répond que partiellement à la question première. On comprend en effet pourquoi le pouvoir défend les violences policières, puisqu’elles sont leur instrument, mais pas pourquoi les médias, censés être à la pointe de l’information, de l’éducation et de la culture, ne relèvent pas particulièrement l’illégitimité de ces violences, ou les tempèrent fortement. Pire, elle en pose d’autres :

 

« Face à l’évidence de l’inexistence de la démocratie, il nous faut nous interroger à notre tour : pourquoi les élites médiatiques, éduquées et cultivées, continuent-elles de prétendre que nous vivons bel et bien en démocratie [1]? Y croient-elles elles-mêmes, ou sont-elles partie prenantes d’une mascarade bien théorisée ? »

 

C’est à ces questions que vient répondre cette deuxième partie d’article.

 

 Pouvoir ?

 La capacité d’une société à évaluer si ses agents titulaires du monopole de la violence ne l’utilisent pas comme une violence naturelle est un facteur essentiel pour comprendre s’il s’agit d’un système collectif contraint par la force, ou « imperocratie »,  ou bien d’un système collectif consenti par contrat social, ou « démocratie »[2].

 Le principal problème indépassable de la démocratie est qu’elle est, à court terme et à un niveau individuel, bien moins efficace dans la résolution des problèmes que l’impérocratie. Mécaniquement, la tentation pour les individus détenant le pouvoir de recourir à la force pour résoudre une situation à leur profit par détournement de l’autorité qui leur est confiée est d’autant plus forte que le pouvoir est grand.

Cette tentation est fondamentalement indépassable car elle relève d’un mécanisme physique naturel : voler une pomme est techniquement moins coûteux en temps et en énergie que de travailler pour gagner une somme d’argent, que l’on va par la suite échanger contre cette même pomme. De la même manière, frapper un individu pour le faire taire est bien moins coûteux en temps et en énergie que de prendre en considération son avis, évaluer la pertinence de ses propositions et travailler à faire émerger une loi plus précise que celle qui la précédait.

 

Dans les Etats démocratiques, pour minimiser le risque d’un tel recours injustifié à la puissance publique, un certain nombre de garde-fous à l’exercice de la violence autoritaire ont été progressivement théorisés[3], et des règles sommes toute assez basiques ont été établies comme fondamentales dans la philosophie politique : 

  • L’écriture de règles non contradictoires avec un système hiérarchisé par un emboîtement constitution > loi > contrat, afin de créer une base de jugement de ce qui sera considéré collectivement comme « interdit ».
  • L’accès public et gratuit à ces règles, avec une éducation gratuite et obligatoire permettant à tous les individus de les comprendre, et la garantie d’une liberté totale d’information tout au long de la vie.
  • Un système politique permettant la participation de tout individu en capacité cognitive de le faire pour ajouter, supprimer ou modifier collectivement les règles communes.
  • Une séparation stricte des pouvoirs entre ceux qui font les lois, ceux qui sont chargés de leur exécution, ceux qui jugent et sanctionnent leur non-respect, et ceux qui rendent compte des faits aux individus.

 

Ce que permettent ces quatre points, c’est de garantir :

1) que les termes du contrat social soient logiquement valides

2) que les termes du contrat social soient accessibles pour tous les individus

3) que les termes du contrat social soient modifiables par la volonté des individus

4) que les termes du contrat social soient écrits (pouvoir législatif), exécutés (pouvoir exécutif), sanctionnés (pouvoir judiciaire) et rapportés (pouvoir informatif) aux individus par des entités différentes et indépendantes les unes des autres, pour éviter l’accaparement du pouvoir par une unique entité.

 

Ces quatre piliers garantissent la validité du contrat social auprès des individus. Compromettre l’un de ces mécanismes, c’est prendre un risque considérable : celui de provoquer chez les individus un doute sur l’application réelle du contrat social[4].

 Les pouvoirs séparés sont donc le pouvoir législatif, le pouvoir exécutif, le pouvoir judiciaire, et le pouvoir informatif[5].

 Le cumul de ces 4 pouvoirs forme le pouvoir absolu. Qu’une personne ou un groupe de personne puisse les posséder tous, et il n’y aurait alors aucun moyen pour les personnes extérieures à ce groupe de les en déposséder autrement que par la force, et donc en usant de leur violence naturelle.

 

Dans un système collectif par contrat social, ou Etat démocratique, les 4 pouvoirs doivent être séparés pour éviter l’accaparement, et se soumettre chacun à des règles fondamentales qui garantissent l’exercice démocratique de la violence : 

- Le pouvoir législatif fait la loi, et ne doit pas créer de loi contraire à la volonté des individus.

- Le pouvoir exécutif applique la loi, et ne doit rien faire appliquer de contraire à la loi.

- Le pouvoir judiciaire sanctionne le non-respect de la loi, et ne doit rien sanctionner de ce qui n’est pas dans la loi.

- Le pouvoir informatif informe les individus, et ne doit rien cacher de ce qui relève de leur intérêt collectif.

- Aucun pouvoir ne peut s’arroger les prérogatives d’un autre.

 

Et pour boucler la boucle, c’est aux individus, qui forment alors un peuple, de transcrire ce qui relève de leur intérêt général en volonté de loi, pour que celle-ci s’adapte toujours mieux au contrat social souhaité.

 

 

Le mécanisme de séparation des pouvoirs en démocratie © Alexandre Deloménie Le mécanisme de séparation des pouvoirs en démocratie © Alexandre Deloménie

 

 

Ce système de séparation des pouvoirs est censé, en théorie, couvrir toute possibilité de mise en place d’un système collectif par contrainte. Mais un problème fondamental demeure : tous ces postes de pouvoir sont exercés par des individus qui peuvent être tentés d’utiliser ce pouvoir à des fins personnelles, et non à des fins collectives.

 

Bien sûr, il est plus compliqué pour un groupe de personnes mues par un même intérêt, différent de celui des autres individus de la société, d’accéder à tous ces pouvoirs simultanément que s’ils étaient réunis en un unique poste. Mais cela n’est pas pour autant impossible. Il suffit de :

 

- disposer d’un certain nombre de personnes aux compétences techniques diverses mais partageant un intérêt commun,

- de faire en sorte qu’ils occupent les postes clefs de ces 4 pouvoirs,

- de parvenir à ce que les individus de la société démocratique acceptent « naturellement » d’être dépossédés de leur pouvoir, par exemple par la désignation d’individus intermédiaires supposément plus compétents qu’eux pour prendre des décisions politiques.

 

De plus, si le système est bien fait, c’est-à-dire avec des pouvoirs exécutifs et judicaires obéissants, il ne suffit que de contrôler le pouvoir législatif et le pouvoir informatif, de s’assurer ainsi, grâce au pouvoir informatif, que le peuple délègue bien son consentement au pouvoir législatif, et de s’assurer que les pouvoirs exécutif et judiciaire obéissent bien au pouvoir législatif.

 

Démocratie ?

 

Prenons l’exemple d’un petit groupe d’individu souhaitant une loi « X », qui les avantagerait eux, au détriment de l’intérêt général des individus, et que ces individus aux diverses compétences techniques supérieures contrôlent les pouvoirs informatifs et législatifs. Comme la majorité des individus doivent tout de même déléguer leur consentement à X, via un mécanisme comme l’élection sans mandat impératif et sans révocation[6], le pouvoir informatif, convaincu comme le pouvoir législatif de l’utilité de X puisqu’investi par les même personnes, va informer les individus de l’importance de consentir à X par tous les moyens légaux à sa disposition. Les individus, n’ayant pas d’accès à une autre source d’information supposément fiable, et ne pouvant de toute façon pas s’opposer à la volonté des législateurs, finissent donc par les laisser voter X.

 

Par la suite du mécanisme normal, l’application de X est ordonnée par le pouvoir législatif aux pouvoirs judiciaire et exécutif. Les effets négatifs de X découlant de leur exercice par les pouvoirs judiciaire et exécutif sont alors filtrés par le pouvoir informatif, qui va leur assurer des bonnes conséquences, ou le cas échéant, de l’impossibilité de revenir sur X[7] :

 

 

 © Alexandre Deloménie © Alexandre Deloménie

 

 

Et c’est là que s’opère le tour de passe-passe qui transforme l’Etat démocratique en Etat « imperocratique », et en l’occurrence dans ce cas, en transformant la démocratie en aristocratie[8] élective[9] : à travers la persuasion des pouvoirs législatif et informatif que X est objectivement bon pour l’intérêt général, peu importe ce qu’en pense le peuple lui-même[10].

Dans une aristocratie, une personne n’est pas en poste de pouvoir parce qu’elle a été légitimée par le peuple qui lui a délégué l’exercice sa volonté à travers une fonction. Elle est en poste de pouvoir car elle a été désignée par le système comme plus compétente que le peuple pour exercer une fonction à sa place, et donc estimée pour sa capacité à déterminer, par exemple, que X est bon pour le peuple malgré ce que ce dernier en pense.

 

Ce mode fonctionnement, bien que doté d’une certaine efficacité, n’est malheureusement plus un système démocratique, et ne se base plus sur le contrat social, puisque 1) les individus ne sont plus juges de l’équilibre du système, et 2) elle octroie des libertés individuelles plus importantes à certains individus qu’à d’autres : il y a ceux qui peuvent penser et créer les lois grâce à leur intellect supérieur, et ceux qui sont trop incompétents pour avoir voix au chapitre. Mais tant que X rempli effectivement son rôle social et  n’a pas de conséquences perceptibles trop néfastes pour le peuple, le système peut passer comme démocratique et préserver l’illusion de contrat social.

 

Pour que l’illusion fonctionne, il faut d’une part que l’aristocratie se prétende démocratique, parfois même en se contentant de s’en réclamer de manière permanente et purement incantatoire[11], et d’autre part que les éléments que le pouvoir informatif transmettent au peuple sur X correspondent à peu près à ce que le peuple perçoit effectivement des conséquences physiques de X, car c’est ce qui se passerait logiquement dans un système démocratique. En bref, le système aristocratique se doit d’imiter le plus possible le système démocratique dans ses conséquences et son fonctionnement, pour en préserver l’illusion.

 

Reprenons un instants nos graphiques. Dans le cas d’une démocratie, la mise en place d’une loi X se présenterait de cette manière :

 

 

 © Alexandre Deloménie © Alexandre Deloménie

 

Le peuple, seul récepteur et juge des effets de X, doit retrouver une corrélation entre les effets  qu’il ressent physiquement (flèches vertes) et ce dont le pouvoir informatif lui rend compte (flèche jaune).

 

 © Alexandre Deloménie © Alexandre Deloménie

Ce dont rend compte le pourvoir informatif à propos de X [12].

 

 

 

 © Alexandre Deloménie © Alexandre Deloménie

Ce que ressentent les individus suites aux effets réels de X

 

Ici, la différence entre l’information donnée par le pouvoir informatif et la perception du peuple est faible, et la perception que X a du peuple reste dans sa zone de tolérance. Le système semble donc fonctionner correctement, et apparaît effectivement comme démocratique et juste aux yeux du peuple.

Ce qu’il faut bien garder à l’esprit, c’est qu’en démocratie, dans le cas d’une contradiction trop grande entre les effets perçus et le compte rendu du pouvoir informatif, c’est le ressenti du peuple qui primera, puisqu’in fine, il est le seul juge de la société, et le seul souverain réel. De ce fait, il aura toujours la possibilité de corriger une loi inadaptée, ou dont les effets néfastes étaient inattendus.

 

Le système aristocratique prétendument démocratique doit apporter le même niveau de rendu. Mais l’équation est un peu plus compliquée, du fait de l’existence d’un groupe dont les intérêts divergent du reste de la population.

 

 

 © Alexandre Deloménie © Alexandre Deloménie

 

 

 © Alexandre Deloménie © Alexandre Deloménie

Effets de X perçus par la population (vert plein), communiqués par le pouvoir informatif (jaune), et perçus par les individus souhaitant X (vert pointillés)

 

 

On voit bien que tant que la perception que le peuple a de X imite correctement le système démocratique et reste dans la zone de tolérance, l’illusion fonctionne parfaitement. Le peuple est même prêt à consentir à ce que les individus X bénéficient mieux du système que le reste de la population, tant que les conséquences de X restent relativement bénéfiques pour tous.

 

Le problème survient quand, pour une raison ou pour une autre, la perception du peuple des conséquences de X non seulement ne correspondent pas à ce que donne le pouvoir informatif, mais sont perçues négativement :

 

 © Alexandre Deloménie © Alexandre Deloménie

 

 

 

Pour la population, cette contradiction indique qu’il y a un problème dans le mécanisme qu’elle croit, à tort, démocratique :

  • soit X est mal faite (problème législatif)
  • soit X est mal appliquée (problème exécutif)
  • soit la sanction de X est mal évaluée (problème judiciaire),
  • soit les informations transmises liées à X sont erronées (problème informatif).

 

Quelle que soit la source du problème, comme le système démocratique doit offrir le meilleur ratio bénéfice/liberté au peuple, il devrait tenter de résoudre celui-ci au plus vite. Sinon, il contreviendrait au contrat social et remettrait donc en question la légitimité démocratique de son existence.

 

Dans le système du contrat social, le peuple peut ordonner une correction, voire une abrogation de X, supposant une erreur soit dans le concept de la loi, soit dans ses modalités d’application. Quoi qu’il décide, il reste en capacité d’ordonner au pouvoir législatif la rectification du dispositif.

 Mais dans le deuxième cas, les individus ayant souhaité -et écrit- X ne ressentant que les effets positifs à son exercice, ils n’ont aucun intérêt à accepter la rectification ou l’abrogation de X sous prétexte que le peuple estime que les effets de X sont négatifs. Ces individus particuliers se retrouvent donc dans un conflit de légitimité de l’exercice du pouvoir : ils doivent soit réitérer leur allégeance au peuple et renoncer aux bénéfices tirés de X, soit ignorer la revendication du peuple et conserver les bénéfices tirés de X par la force que leur confère leur position sociale.

 

Dans ce moment d’hésitation d’allégeance, un individu réellement démocrate, souhaitant X contre la majorité populaire, ne peut pas sincèrement hésiter entre la démocratie et l’usage de la force, même si c’est exactement ce qui est en train de se passer. Il lui faut donc résoudre un paradoxe : justifier de sa tentation de forcer la main du peuple tout en conservant l’idée de la démocratie. Et c’est dans la tentative de résolution de ce paradoxe que l’illusion opère.

 

Car dans la deuxième configuration présentée,  les individus à l’origine de X contrôlent le mécanisme du pouvoir, et disposent donc non seulement de la capacité légale de ne pas obéir au peuple[13], mais également, via le contrôle du pouvoir exécutif et en dernier recours, du monopole de la violence.

C’est par exemple le cas en France, et si parfois le gouvernement « rétropédale » au lieu de passer en force, ce n’est pas parce qu’il n’en a pas le pouvoir, mais parce que l’utiliser pourrait révéler le pot-au-rose, à savoir que le système n’est absolument pas démocratique, et susciter ainsi une fronde populaire qui risquerait de déstabiliser le système en place.

 

L’Etat français se révèle donc bien, dans sa nature, imperocrate, ou pourrait-on l’appeler, autoritaire, même s’il n’exprime cette autorité illégitime que dans le cas d’une contestation populaire particulièrement dérangeante pour le groupe véritablement au pouvoir.

 

C’est exactement le même mécanisme qui s’opère en Russie, considérée par les pays occidentaux comme « autoritaire », alors que ses institutions politiques sont, à quelques détails près, identiques à celles en vigueur en France[14]. C’est l’exercice du pouvoir par Vladimir Poutine qui en révèle la nature autoritaire, mais celle-ci existe bel et bien structurellement. Si cet exercice autoritaire du pouvoir est structurellement possible en Russie, il est alors tout aussi structurellement possible en France.

 

On pourrait alors penser que les agents exerçant les pouvoirs informatifs et législatifs, en France comme en Russie, sont conscients qu’ils font partie d’un Etat autoritaire qui contraint les individus à se soumettre aux lois décidées par les législateurs, non par la légitimité du contrat social qui les lie, mais par la confiscation de la capacité à déterminer de ce qui relève de l’intérêt général et par la monopolisation du recours à la violence.

 

C’est sûrement vrai pour certains d’entre eux, mais pour la plupart, il est bien plus probable que ça ne soit pas le cas, et qu’ils ont, eux aussi, l’illusion de vivre dans un système démocratique. Car après tout, relativement peu de personnes sont prêtes à concourir de leur propre fait à l’installation ou la préservation d’un système autoritaire, dans la seule perspective d’un bénéfice plus grand pour eux au détriment des autres.

Il faut donc que ces personnes croient sincèrement à leur légitimité supérieure et au bénéfice de X pour le peuple, au point de considérer l’éventualité que le peuple se trompe dans sa perception, et qu’il faille donc lui imposer X pour son propre bien.

 

Pour faire accepter aux agents des pouvoirs informatif et législatif ce changement d’allégeance du peuple vers leur propre compétence technique sans pour autant que ceux-ci ne s’aperçoivent de l’illégitimité d’un tel changement, il faut donc un puissant vecteur d’illusion qui puisse remplacer le contrat social tout en préservant le concept de la démocratie. Une forme de récit fictionnel auquel les individus vont croire, et qu’ils vont pouvoir défendre avec force et conviction : la méritocratie.

 

Mérite ?

La notion de méritocratie fut forgée par le sociologue britannique Michael Young, pour dénoncer à l’origine les dérives cauchemardesques d’une société basée sur le mérite, dans un ouvrage dystopique publié en 1958 : « L’Ascension de la méritocratie »[15]. Débarrassée depuis de sa connotation négative par le triomphe du capitalisme à la fin du XXème siècle, la méritocratie permet aux agents du pouvoir de justifier leur position sociale supérieure, leurs droits supplémentaires par rapports aux autres individus et leur capacité à prendre des décisions à la place du peuple.

Or, la notion de mérite individuel, qui permet cette justification, n’a de sens que si la liberté individuelle 1) existe et 2) est la même pour tous. La boucle de « raisonnement » est ainsi bouclée avec la nécessité impérieuse de reconnaitre la liberté individuelle comme un fait indiscutable[16].

 

Passons encore une fois[17] sur le fait discutable  que la liberté individuelle ne soit pas une illusion créée par notre conscience pour nous faciliter la justification personnelle d’un acte socialement et biologiquement prédéterminé, et attardons-nous sur ce point de la nécessité de son existence, car c’est bien lui qui va poser un paradoxe logique.

Comme nous l’avons vu, faire en sorte que chaque individu puisse disposer de la même liberté individuelle exige d’évoluer dans un système démocratique, puisque nul ne peut se targuer de la légitimité d’une liberté imposée aux autres sans leur consentement.

 

Le concept de la méritocratie fonctionne comme suit :

Il nous faut garantir l’existence de la démocratie, car elle seule garantit l’égalité des libertés individuelles. Si les libertés individuelles sont les mêmes pour tous les individus, la différence des conditions matérielles et sociales entre ces individus est déterminée par leurs compétences individuelles. Or, les compétences dont les individus disposent sont déterminées par les choix de ces individus, puisque ceux-ci ont accès aux mêmes libertés. Ces compétences, issues de ces choix effectués librement, déterminent ainsi les conditions matérielles et sociales des individus.

Si un individu dispose d’une place sociale supérieure dans la société, c’est grâce à ses compétences acquises, et cette place est donc méritée. Le mérite individuel est donc justifié par les compétences dont l’individu dispose, elles-mêmes justifiées par les choix qu’il a fait pour acquérir ces compétences.

On peut donc en conclure que non seulement les individus socialement supérieurs sont plus compétents, mais qu’ils sont également plus aptes à faire les bons choix que les autres individus, puisse que ceux-ci avaient la même possibilité d’accéder à une meilleure situation sociale, et qu’ils ne l’ont pas saisie. De ce fait, les décisions de ces individus socialement supérieurs seront invariablement meilleures que celles que prendrons les individus socialement inférieurs. 

Pour que le système soit meilleur pour tous, il faut donc que celui-ci  applique les décisions des meilleurs individus issus du peuple, au lieu du peuple lui-même. Il faut donc mettre en place un système de sélection des gens de pouvoir par le mérite, et leur réserver l’exercice de ce pouvoir, de la fabrique des lois à l’application celles-ci, afin de préserver le peuple des erreurs que celui-ci  pourrait commettre du fait de son ignorance ou son incompétence.

Donc, pour garantir la démocratie, il faut installer une aristocratie.

 

Paradoxe logique.

 

Face à ce tel paradoxe, les tenants de la liberté individuelle sont alors bloqués, puisqu’il n’existe pas de solution à ce paradoxe qui permette de préserver à la fois la démocratie et la méritocratie, qui n’est rien d’autre qu’une forme particulière d’aristocratie élective. L’astuce mentale dont les méritocrates disposent pour contrer le sentiment de dissonance cognitive qui s’installe et résoudre ce paradoxe est alors toujours le même : la démocratie parfaite n’existe pas, et l’aristocratie élective dont le peuple serait l’assiette, renommée fallacieusement « démocratie représentative » demeurerait le meilleur compromis possible pour garantir le maximum de liberté individuelle également répartie possible. Mais comme nous allons le voir, cette conception de la démocratie possède un biais majeur qui disqualifie grandement cette position « d'arrangement » avec le concept de démocratie.

 

En réalité, la résolution du paradoxe est bien plus simple : il suffit de comprendre qu’être méritant dans ses choix et ses compétences individuelles, outre le fait que cette notion même de mérite ne s’appuie au passage sur aucune base scientifique[18], ne donne aucune légitimité supplémentaire à choisir à la place des autres de ce qui est légal et ce qui ne l’est pas.

 

Mais pour accepter cela, il faut renoncer au pouvoir que confère cette situation sociale supérieure et cantonner l’expression de son mérite individuel à sa seule expérience personnelle, un sacrifice bien trop important à faire pour les méritocrates, qui ont bâti toute leur idéologie sur la conviction que leur mérite leur permettait de choisir les lois communes à la place des autres.

 

Renoncer à cette idéologie, c’est donc accepter d’obéir aux ordres d’un groupe d’individus bien moins capables et méritants qu’eux, y compris si ces derniers décidaient d’une loi qu’ils jugent absurde, mauvaise ou dont ils subiront directement les conséquences néfastes.

En effet, personne n’accepterait, pour reprendre un comparatif qui se fait instinctivement chez les méritocrates, de travailler sous les ordres d’un chef moins compétent, méritant et capable que soi.

 

Mais ils oublient, par confort ou par paresse intellectuelle, que l’objectif d’un chef d’entreprise ou d’un chef d’équipe est clairement défini : augmenter tel paramètre de productivité, engranger telle quantité de profit, terminer dans les délais tel projet, etc. L’objectif du pouvoir n’est pas aussi clair et méthodique, puisqu’il a pour but final l’intérêt général, un concept fluctuant et conditionné par la volonté du peuple lui-même, selon telle ou telle circonstance, face à telle ou telle adversité. Le pouvoir politique démocratique ne peut dont pas être considéré comme un travail pour lequel on doit être compétent, capable et méritant, puisqu’il consiste à obéir au peuple et à mettre en œuvre sa volonté, et non à lui confisquer sa légitimé unique et véritable tirée du contrat social.

 

Si cette démonstration philosophique pourrait à elle seule constituer une fin de non-recevoir à la méritocratie comme système politique, la critique de celle-ci ne s’arrête pourtant pas là. Car même dans un système méritocrate « idéal », un problème fondamental demeure indépassable : comment garantir que la position sociale occupée par un individu soit effectivement directement reliée à ses compétences et son mérite, puisque les critères définissant ce mérite sont justement définis par ceux qui contrôlent déjà le pouvoir ?

Dans un réflexe endogame, et par le fameux et naturel biais de confirmation, les personnes « méritantes » ne peuvent que valider les conditions d’obtention de ces positions sociales élevées, puisque ce sont elles qui leur ont permis d’y accéder. C’est exactement ce qui se passe au moment des concours pour entrer dans les écoles les plus prestigieuses de commerce, d’administration, ou de sciences politiques : tant qu’ils préparent le concours, les étudiants peuvent se révéler critiques des conditions de sélection et d’examen… jusqu’à ce qu’ils les passent avec succès, et en deviennent alors les plus ardent défenseurs[19], dès lors qu’on les flatte d’être les « élites de la nation ». Pour la plupart, ils ne remettront dorénavant plus les conditions de sélection en question, et reproduiront, quand ils arriveront en position de pouvoir, les mêmes outils et argumentaires fallacieux qui leur ont permis d’accéder à ces fonctions.

 

Bien sûr, ils ne voient pas que leur mérite individuel est entièrement conditionné par cette confiscation du pouvoir. D’abord parce qu’ils sont, comme tous les êtres humains, d’une part sensibles aux privilèges qu’ils tirent de leur position, et d’autre part insensibles aux conséquences néfastes qui s’exercent sur les « non-méritants », puisqu’ils n’en font pas partie et en ignorent donc les conséquences. Mais aussi et surtout parce que l’idéologie qu’ils servent organise le mythe d’une liberté individuelle déconnectée du contrat social, permettant d’entretenir une illusion de réussite sociale « à la loyale ».

Le problème est que la liberté individuelle sans contrat social n’est rien d’autre que de la liberté naturelle[20], injuste et aléatoire, car résultant du contexte de naissance et de vie, des capacités physiques naturelles des individus ou des possibilités d’opportunisme que leur offre une situation dont ils ne sont en rien responsables. Cette liberté naturelle, décuplée par la force que leur donne leur position socio-économique et culturelle supérieure, conditionne complètement leur réussite sociale… et donc l’annihile.

 

Les méritants du système sont ainsi valorisés par l’illusion que leur mérite découle de leur liberté individuelle, qu’ils considèrent comme découlant d’un contrat social démocratique qu’ils imaginent comme juste et égalitaire, sans voir que celui-ci est vicié et a surtout permis l’exercice de leur liberté naturelle. Ils peuvent alors sereinement changer leur allégeance en créant un autre contrat social, méritocratique et factice, tout en s’accordant du même coup la légitimité du pouvoir social démocratique et donc de la violence légitime vers la totalité des individus qui y sont soumis, non-méritants compris.

 

Les méritocrates sont des aristocrates qui se pensent ou se prétendent démocrates, car baignés dans l’illusion que le concept de démocratie leur donne à être les plus méritants.

 

L’injonction répétée à condamner la violence, point de base de ce raisonnement, apparaît alors sous un jour nouveau. Par cette question, ce que cherchent à faire les méritocrates, dont les journalistes politiques, éditorialistes et animateurs de plateaux font évidemment partie, puisqu’issus des mêmes écoles[21], ce n’est pas de s’assurer que leur interlocuteur cautionne ou non la violence en soit. Ce qu’ils cherchent à faire, c’est à évaluer l’allégeance de la personne au contrat social factice qui imite la démocratie, en bref, à la méritocratie. Condamner sans détour la violence, c’est indiquer que l’on ne s’attaquera pas à l’illusion qui fait passer la méritocratie pour de la démocratie, ou en d'autres termes, que l’on considérera par principe que nous sommes en démocratie et que toute violence naturelle exercée y est donc par définition illégitime, et donc que la place des individus socialement supérieurs est méritée.

 

Car questionner cette violence, c’est  en réalité questionner la réalité démocratique de notre système, et questionner du même coup la légitimité des personnes prétendues compétentes ou méritantes à exercer le pouvoir. Et comme les animateurs posant ces questions font partie de ces personnes compétentes et méritantes sélectionnées par ce système aristocratique, c’est également questionner directement leur légitimité. De manière indirecte mais parfaitement perceptible pour eux, lorsqu’un invité défend les violences populaires, il s’attaque, en plein direct, à la légitimité de ses interlocuteurs. Or, comme cette légitimité repose sur un paradoxe logique, elle n’existe pas. Laisser les personnes questionner cette violence, c’est donc prendre de risque de dissiper l’illusion, de mettre à jour le paradoxe de la méritocratie, de faire s’apercevoir que les personnes en charge ne sont pas légitimes à exercer le pouvoir, et de voir naître une demande de changement de système qui entraînera automatiquement la fin des privilèges de pouvoir des méritocrates, dont ils font partie.

 

Mécaniquement alors, la violence policière qui sévit sur la population doit être considérée en constance comme la seule violence légitime indiscutable, puisque son exercice ne peut être remis en question pour préserver l’illusion de la démocratie, illusion servant de couverture à l’exercice de la liberté naturelle des méritocrates.

 

Impasse ?

Face à la violence policière actée et documentée, élément physiquement perceptible par le peuple qui risque de lever le voile de l’illusion démocratique, les méritocrates se trouvent ainsi dans une situation très embarrassante, et disposent de très peu d’options pour conserver à la fois le système aristocratique et l’illusion démocratique.

 

Ils peuvent évidemment prendre acte de cette violence et préserver le système en rejetant la faute sur l’action individuelle d’un des agents du système politique. C’est la politique du fusible, qui a longtemps été utilisée par le pouvoir pour permettre de conserver l’illusion de la démocratie par le mécanisme de l’erreur individuelle, imprévisible et inhérente à la condition humaine. Mais que faire lorsque cette solution est impossible à utiliser du fait d’une promesse du chef de l’Etat lui-même[22], porte étendard de la méritocratie ? En outre, il ne peut être utilisé de manière trop récurrente, car il finirait par laisser planer un doute : comment un système supposément méritocratique pourrait-il permettre à autant d’agents de commettre des erreurs ? N’ont-ils pas justement été sélectionnés pour leur capacité à commettre moins d’erreurs que les non-méritants ?

 

Il reste toujours la possibilité de remettre la faute sur les policiers eux-mêmes, mais il s’agirait là d’un coup politique suicidaire. D’abord car le corps de la police nationale n’est pas particulièrement disposé, à juste titre au vue de la situation dans laquelle il se trouve, à assumer une quelconque responsabilité dans ces violences et qu’ils représentent un risque important d’effondrement du système en cas de rébellion. Mais surtout parce qu’en démocratie, modèle dont se réclame le système actuel, la police ne peut pas être tenue responsable de la violence commise si elle a reçu un ordre direct de la part du pouvoir. Et sauf à accuser chaque policier coupable de violence de rupture individuelle et solitaire du contrat social, ce qui est impossible, le pouvoir n’a pas d’autre solution que de nier l’existence même de ces violences[23].

 

A ce moment, les méritocrates médiatiques n’ont pas d’autre choix que de nier l’existence des violences policières, en cœur avec le pouvoir. Pour beaucoup d’entre eux, la situation est difficilement tenable, car leur capacité à défendre le système tient dans la croyance sincère qu’ils portent à leur illusion de démocratie. C’est la raison pour laquelle la politique du fusible arrangeait auparavant tout le monde : c’était le seul moyen psychologique dont les méritocrates disposaient pour sauver à leurs yeux l’illusion de la démocratie : il y a toujours des brebis galeuses, même en méritocratie.

 

Mais la croyance en la méritocratie ayant atteint son paroxysme avec l’avènement de la République en Marche, cette politique du fusible n’est plus utilisable, car elle impliquerait de justifier l’arrivée d’une personne incompétente à un poste très haut placé, ce qui est impossible en méritocratie, et briserait le discours du « Monde Nouveau » promis par le mouvement.

 

Il ne reste donc d’autre choix que de nier l’existence même des violences policières, le déni étant le seul recours pour ne pas voir la dure réalité :

 

1) Nous ne sommes pas en démocratie avec un contrat social, mais dans un Etat autoritaire proposant une imitation de contrat social.

2) La démocratie représentative n’est rien d’autre qu’une aristocratie élective à assiette populaire, enrobée du concept de « méritocratie » pour donner l’impression que les aristocrates qui dirigent le pays sont légitimes du fait de leurs compétences.

3) Cette méritocratie relève d’un paradoxe logique, n’existant que pour entretenir l’illusion de la démocratie dont elle a besoin pour se donner une légitimité tout en se débarrassant du contrat social.

4) Il n’y a aucune garantie que la position sociale qu’ils occupent dans le système ne tienne pas tant dans leur mérite individuel que dans leur capacité, innée ou acquise dans le cadre d’une structure socio-familiale prédéterminée, à se conformer à ce que le système autoritaire attend d’eux.

 

Arrivé au bout de cette longue réflexion, il apparaît bien illusoire de penser que les agents du pouvoir, qu’ils relèvent du pouvoir informatif, du législatif, de l’exécutif ou du judiciaire, comprendront par eux-mêmes l’étendue du bourbier politique dans lequel nous nous trouvons actuellement.

 

L’emprise du confort matérialiste entretenue de manière continue par les mécanismes du capitalisme, consistant à rémunérer grassement les individus se conformant au système en place, est pratiquement hégémonique. Le fondement même du principe capitaliste, qui octroie le pouvoir à celui qui possède par le biais de la propriété privée lucrative, alimente l’illusion « de bon sens » que le mérite crée la légitimité : qui mérite possède, qui possède décide.

 

La situation actuelle ne permet donc pas aujourd’hui de considérer comme plausible la mutation interne d’un Etat capitaliste et autoritaire qui, malgré les enseignements de l’Histoire, persiste à considérer qu’en contrôlant tous les pouvoirs, il contrôlera la stabilité du pays. Comme nous l’avons dit, qu’une entité puisse détenir tous les pouvoirs, et il n’y aurait alors aucun moyen pour les personnes extérieures à cette entité de l’en déposséder autrement que par la force. Et si même dans la lutte, nous demeurons démocrates, alors nous devons rester fidèles aux principes du contrat social : la seule force légitime n’est pas la violence, c’est le nombre.

 

Alexandre Deloménie

 

 

 

[1] L’animateur Laurent Neuman l’a d’ailleurs exprimé très clairement le 25 octobre 2019 face à Adrien Quatennens sur le plateau de « Brunet-Neuman », émission de BFM-TV : « Qui peut croire que la France n’est plus une démocratie ? Personne ne va croire ça ! » (15 :20) https://www.youtube.com/watch?v=NwtmyraqMzA

[2] Le lien indépassable entre le contrat social et la démocratie a été théorisé par Rousseau en son temps, dans « Du Contrat social ».

[3] La recherche philosophique des formes d’exercice contractualisées du pouvoir remonte à Platon et Aristote, mais a surtout connu une effervescence à partir du XVIIème siècle, en Angleterre avec le philosophe contractualiste John Locke et ses Traités du gouvernement civil en 1690, et en France avec Montesquieu (De l’esprit des Lois, 1748).

[4] Il existe en pratique une différence entre le contrat social et la loi, qui marque l’écart entre le légitime et le légal. Mais en théorie, dans une société idéale, ces deux objets sont sensés se confondre, et nous n’opérerons donc pas cette distinction. Pour comprendre cette différence dans le cadre des violences policières, lire l’article « Violences policières, au-delà du droit ? », du chercheur Cédric Moreau de Bellaing : https://www.scienceshumaines.com/violences-policieres-au-dela-du-droit_fr_35802.html

[5] Que l’on appelle d’ailleurs le 4ème pouvoir en parlant des médias, mais qui, dans son sens élargi, peut également regrouper l’éducation scolaire et la recherche et la vulgarisation scientifique, qui a pour objectif d’informer la population sur les faits, sur la réalité physique du monde.

[6] Comme c’est le cas en France par exemple.

[7] Un exemple parfait de cette impossibilité prétendue d’alternative : « le libre marché est non seulement le meilleur, mais également l’unique régulateur possible de la société », illustré par le désormais mythique « There is no alternative » de Margaret Thatcher, ou plus récemment « Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens » de Jean-Claude Juncker.

[8] Aristocratie dans son sens premier du pouvoir par les meilleurs, non du pouvoir par la noblesse, qui porte d'ailleurs le nom d'aristocratie nobiliaire.

[9] Regarder à cette occasion les videos du vidéaste « Le Pixel Mort » sur Etienne Chouard et l’illusion de la démocratie [ZAP] ÉTIENNE CHOUARD : L'IMPOSTURE DÉMOCRATIQUE 3/3 (UnderZap #33) : https://www.youtube.com/watch?v=TN1isM2GlRU

[10] C’est tout l’objet d’un débat récurrent dans la philosophie politique occidentale, dont les deux points de vues antagonistes sont résumés dans ce petit échange entre Jean-Luc Mélenchon et Jacques Julliard, publié dans Libération du 30 décembre 2010 « Le peuple a-t-il toujours raison ? » : https://www.liberation.fr/france/2010/12/30/le-peuple-a-t-il-toujours-raison_703711

[11] Comme l’avait déjà noté le juriste Hans Kelsen dans les années 1920, dans l’avant-propos de son ouvrage « La Démocratie : sa nature, sa valeur » : « Le mot d’ordre « démocratie » domine les esprits à notre époque d’une façon presque générale. Mais précisément pour cette raison, le mot, comme tout mot d’ordre, perd son sens précis. Par le fait que pour obéir à la mode politique on croit devoir l’utiliser à toutes les fins possibles et en toute occasion. Cette notion dont on abuse plus que de tout autre notion politique prend les sens les plus divers, voire même contradictoires.»

[12]Pour comprendre la construction particulière de ces schémas de consentement, la lecture de la première partie de cet article est conseillée.

 [13] Par de nombreux mécanismes légaux comme le recourt au fameux « 49.3 », ou plus simplement la non application du programme sur lequel ils ont été élus.

[14] Le régime russe est basé sur les mêmes élections que celles de la France : mandat présentiel au suffrage universel direct de 6 ans renouvelable 1 fois, assemblée de la Douma élue de la même manière que l’Assemblée nationale en France, et Conseil de la Fédération, constituée comme le Sénat français : https://fr.wikipedia.org/wiki/Politique_en_Russie

[15] Retrouvez cette origine dans l’épisode « Aux origines de la Méritocratie » de l’émission « Le tour du monde des idées » sur France Culture : https://www.franceculture.fr/emissions/le-tour-du-monde-des-idees/aux-origines-de-la-meritocratie.

[16] Comme nous l’avions décrit au tout début de la première partie de ce texte.

[17] Comme expliqué dans « Poser nue est-il un acte féministe ? » https://blogs.mediapart.fr/alexandre-delomenie/blog/110719/poser-nue-est-il-un-acte-feministe

[18] Comme l’explique très bien le youtubeur Monté sur sa chaîne Linguisticae, dans sa vidéo « Je ne mérite pas mon succès » : https://www.youtube.com/watch?v=ezdtQIrO8oI

[19] Une interview de David Guibaud qui en dit long sur le climat d’élitisme mêlé de suffisance sociale qui règne dans les grandes écoles de l’administration « La méritocratie est la bonne conscience des gagnants du système »: https://www.lemonde.fr/campus/article/2019/02/05/la-meritocratie-est-la-bonne-conscience-des-gagnants-du-systeme_5419241_4401467.html

[20] Lire le premier article pour le détail de cette liberté naturelle.

[21] Une grande partie des journalistes sont issus des même corps sociaux et/ou des grandes écoles parisiennes que les représentants politiques : Sciences Po (Léa Salamé, Apolline de Malherbes), Institut d’études politiques (Nathalie Saint Cricq, Ruth Elkrief), Ecole normale supérieure (Nicolas Demorand, Christophe Barbier) ou autres équivalents de master de sciences politiques.

[22] Emmanuel Macron à répéter à plusieurs reprises son aversion pour le mécanisme du fusible lors de l’affaire Benalla : https://www.lejdd.fr/Politique/macron-sur-laffaire-benalla-je-ne-vais-pas-chercher-des-fusibles-3719384, https://www.nouvelobs.com/politique/20180724.OBS0091/affaire-benalla-macron-fustige-la-republique-des-fusibles-la-republique-de-la-haine.html

[23] Emmanuel Macron a là encore donné le la, (https://www.lemonde.fr/societe/article/2019/03/08/gilets-jaunes-pas-de-violences-policieres-selon-emmanuel-macron_5433154_3224.html), mais la directrice de l’IGPN n’est pas en reste (https://www.ouest-france.fr/societe/police/gilets-jaunes-la-directrice-de-la-police-des-polices-refute-le-terme-de-violences-policieres-6397907)

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