La militante russe antinucléaire Nadejda Koutepova obtient l'asile politique

Elle avait déposé une demande d'asile le 2 octobre dernier, Mediapart l'avait alors interviewée. Ce lundi 4 avril 2016, la militante russe antinucléaire Nadejda Kutepova a obtenu le statut de réfugié politique. Retour sur une rencontre.

Il n'est pas fréquent, dans notre quotidien de journaliste, de recevoir une bonne nouvelle après avoir traité d'un sujet. Aujourd'hui, la bonne nouvelle est arrivée par la voie d'un mail de l'association Russie-Libertés qui travaille au développement démocratique en Russie et aide à l'accueil de réfugiés en France (retrouver le blog de l'association dans le Club de Mediapart). « L’écologiste russe Nadejda Koutepova, fondatrice de l’ONG ''Planète de l’Espoir'', a obtenu l’asile politique en France. », dit sobrement le communiqué.

Nadejda Koutepova, c'est une figure emblématique de la lutte antinucléaire et de la restriction des libertés à l'œuvre en Russie ces dernières années. Pendant quinze ans, Nadeja Koutepova a mené un combat sans relâche pour faire reconnaître les victimes du désastre nucléaire de Maïak, en Sibérie. Mais elle était de plus en plus inquiétée par les autorités russes : son ONG a été mise sur la liste des « agents de l'étranger » par le pouvoir, elle-même a été déclarée « personne indésirable » par la Douma, et elle vivait sous la menace de poursuites judiciaires. Cet été, elle a décidé de poser ses valises en France, à la recherche d'un avenir plus serein pour elle et ses enfants.

Nadejda Koutepova, à Paris, octobre 2015 © A.P. Nadejda Koutepova, à Paris, octobre 2015 © A.P.

J'ai eu la chance de rencontrer Nadejda Koutepova cet automne avec mon collègue Michel de Pracontal. Dans un long entretien publié le jour du dépôt de sa demande d'asile en France, le 2 octobre dernier, elle nous racontait son engagement, ses (petites) victoires, les nombreuses impasses, et la persécution croissante dont elle a fait l'objet, en Russie, ces dernières années.

« Je voulais que les habitants qui résidaient encore dans la région contaminée aient les moyens de partir et que les victimes non reconnues puissent se défendre », expliquait la jeune femme sur les raisons de son engagement, précisant que son ONG estimait à 100 000 le nombre de victimes des radiations. Cet entretien avait fourni l'occasion de revenir sur l'immense chape de plomb qui avait pesé sur les contaminations de Maïak, totalement taboues à l'époque soviétique : « Ce n'est qu'en 1990 qu'il y a une première reconnaissance officielle de l'accident, avec la visite de Boris Eltsine sur place, racontait-elle. Moi-même, encore à cette date-là, je ne peux admettre la vérité. Nous avions baigné dans une telle idéologie, nous étions convaincus, à Ozersk, de travailler pour la sécurité de l'URSS, nous nous considérions comme des héros ! Ma mère, qui était médecin, soignait les employés de Maïak, et avait perdu son mari qui avait officié comme liquidateur, m'avait pourtant dit certaines choses… Mais je n'y avais pas attaché d'importance. » Aujourd'hui, selon la militante, de nombreux habitants sont toujours en danger.

A l'approche du trentième anniversaire de l'accident de Tchernobyl et dans une Europe extrêmement frileuse face à la problématique des réfugiés, l'octroi de l'asile politique à Nadejda Koutepova est bienvenu. Même s'il peut paraître paradoxal, de la part de ce gros producteur nucléaire qu'est la France...

A noter que Nadejda Koutepova participera, ce samedi 9 avril après-midi, à une conférence organisée par Russie-Libertés à la mairie du 2e arrondissement de Paris sur la société civile en Russie face à cette catégorie d'« agents de l'étranger ». Elle y présentera une exposition photo sur les conséquences de la catastrophe de Maïak. Retrouver le programme ici.

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