La Saint-Nicolas de l'effarement généralisé

Le post Chrétien de rigueur. Dimanche matin j'ai mis en ligne un billet Mediapart prédisant le désastre du soir et les causes de ce désastre. Nous voilà donc effaré de constater que le FN devient un parti qui va diriger au moins deux régions si ce n'est plus.

Dimanche matin j'ai mis en ligne un billet Mediapart prédisant le désastre du soir et les causes de ce désastre. Nous voilà donc effarés de constater que le FN devient un parti qui va diriger au moins deux régions si ce n'est plus.

Toutefois cet effarement n'est pas nouveau. Déjà on notait la même consternation en mai 2014 lors des Européennes. Tous les titres de journaux se voulaient effarés eux aussi :

Retour sur le 06 décembre 2015, jour de la Saint-Nicolas. Dans le Nord quand j'étais enfant on fêtait la Saint-Nicolas. On nous faisait assoir en rond à l'école (laïque pour info) pour écouter son histoire, celle des enfants du saloir. En voici ici une version trouvée sur le net :

« Un jour, un paysan demanda à ses enfants d’aller dans les champs pour glaner les épis de blé laissés par les moissonneurs. Les heures passèrent et la nuit les surprit. Ils comprirent très vite qu’ils s’étaient perdus, mais ils continuèrent à marcher...

Soudain, l’un d’entre eux aperçut une lueur dans le lointain. Ils se dirigèrent dans cette direction et arrivèrent devant une maison isolée dans la campagne. Ils frappèrent à la porte et un homme de forte corpulence leur ouvrit.“ Pourriez-vous nous loger ? demandèrent les enfants.

- Entrez, entrez, petits enfants, répondit l’homme, je suis boucher et je vais vous donner à souper.”

A peine étaient-ils entrés que le boucher les tua, les découpa en petits morceaux et les mit dans son saloir.

Sept ans plus tard, Saint Nicolas passa devant cette maison et demanda à souper.
“ Voulez-vous un morceau de jambon ?, dit le boucher.
- Je n’en veux pas, il n’est pas bon!

- Peut-être une tranche de veau ?
- Tu te moques de moi, il n’est pas beau ! Du petit salé, je veux avoir, qui est depuis sept ans dans ton saloir !”
Entendant cela, le boucher s’enfuit en courant.

Le grand saint, alla s’asseoir sur le bord du saloir, il leva trois doigts et les enfants se levèrent tous les trois. »

Pensez bien que quand j'étais gamine j'étais effarée par cet abominable boucher qui découpait les enfants. 

Nous y voilà donc le 06 décembre 2015 à la légende du ch'ti père Saint-Nicolas. Et nous avons en face de nous deux interprétations de cette légende par les français.

  • A. D'un coté vous avez ceux qui voient en MLP, Saint-Nicolas.
  • B. De l'autre coté vous avez ceux qui voient en MLP, le boucher.

Tout ça est bien gentil mais nous sommes dans le registre de la légende. Or il serait dommage de transformer MLP en légende et c'est bien ce qui se passe. On mésestime royalement la part d'aura du méchant dans les histoires. Le méchant il fait rêver. Et si au final on arrêtait de s'occuper du méchant ? Le débat public est aujourd'hui orientée sur : MLP est anti-républicaine, elle est facho, elle est ça ou ci. Pendant ce temps là le reste du débat politique passe entièrement à la trappe. Les politiques passent eux aussi leur temps à se justifier et à se comparer au FN. En gros le monde tourne autour du FN et nous on est assis en rond pour écouter l'histoire de Saint-Nicolas et du boucher.

Pour schématiser notre vie tourne en rond à écouter des sornettes. Ce qui est triste dans cette histoire là c'est que des gens croient encore les balivernes de contes racontant la vie des saints. Ca sera bientôt la saison pour les contes de Noël. Pendant ce temps nous voici avec notre destin dans les mains d'Orphée.

On a bien vu en 2014 que cet effarement généralisé n'a débouché sur rien. Ou si. Sur un élément important : MLP est devenu le centre de l'attention médiatique, à la fois pour ceux du groupe A (Saint-Nicolas) et ceux du groupe B (le boucher). 

Et là stupeur et tremblement à force de créer la légende on se retrouve donc du virtuel au réel (où nous étions déjà en 2014 mais le temps fait son effet sur la mémoire à priori). 

Pendant cette année et demi (même si le processus est bien plus ancien) nous nous sommes retrouvés à avoir une escalade politique à qui mieux mieux nous fera du Marine (ça devient une marque de fabrique, manque plus que le copyright). Ehontément notre président lui pique même son idée de destitution de la nationalité pour le terroriste, destitution qu'il veut inscrire dans la Constitution. Cette grande mesure risque de faire peur à tous ceux qui veulent se faire sauter avec une ceinture d'explosif autour de la taille. Oui oui ils en tremblent tous. Ils y réfléchiront maintenant à deux fois c'est certain. Par contre la valeur Egalité du triptyque républicain en prend un sacré coup. Il fallait oser ce coup là. Je vous passe toutes les autres horreurs du même niveau qui ont émaillés l'actu politique : l'histoire de la "race blanche", le débat sur l'identité nationale, les repas de substitution, le quota de réfugiés et autre misères que nous subissons en non-stop.

Nos enfants qui sont restés dans le tonneau pendant 7 ans, même si ils sont en charpie, ne sont ni sourds ni aveugles. Ils voient bien les mesures prises et ils voient aussi d'où elles viennent à l'origine. Et plus les autres aboient, plus MLP devient mielleuse. Dans tout le toutim elle arrive même à nous sortir des vérités. Oui oui vous avez bien lu. Quand elle nous dit que nous n'avons pas tiré d'enseignements des élections passées c'est un constat réel.

Elle se tape également le luxe de nous faire son discours de jubilation à Hénin-Beaumont à l'espace François-Miterrand, joli clin d'œil à notre ami Gattaz qui l'a comparé justement en début de semaine dernière à Tonton. C'est je crois le plus magnifique tour de passe passe politique que j'ai jamais vu. Le PS prend des décisions d'extrême droite (cf le coup de la destitution de nationalité entre autre) et l'extrême droite représente le social en France. J'en suis admirative. Le monde tourne carrément à l'envers. Nous sommes rentrés dans un monde parallèle. Pincez moi c'est un cauchemar.

Manuel Valls en appelle à voter Xavier Bertrand, sans même finalement s'interesser au programme, tout ça dans un acte monomaniaque, le seul combat de la France : voter anti-FN. Ce combat est à un point présent qu'il aveugle l'ensemble des politiques. Et plus on combat quelque chose plus on l'entretient. 

Nous voilà donc avec une politique néo-liberale à la Friedman appliquée par un banquier, avec des lois sécuritaires à gogo que même le chat il est sur écoute maintenant, un Etat d'urgence qui met sous cloche les activistes écolos et Marine Le Pen symbole du social en France. 

Pendant ce temps là nous sommes toujours à la recherche du coupable. WANTED. C'est sûrement les abstentionnistes c'est sûr ! Car c'est évident que si tous les abstentionnistes se levaient voter ils voteraient tous à gauche. Pas une voix n'irait au FN c'est certain. Une telle certitude me laisse pantoise. En fait les abstentionnistes sont des gens de gauches qui ne le savent pas encore. C'est refoulé chez eux. Mazette on a 50% de gens de gauche qui ne le savent pas ! Boudiou faudrait que quelqu'un leur annonce.

L'autre théorie c'est que les électeurs du FN sont des déficients mentaux. Pour ma part je serais fort inquiète du taux de déficience mentale de ce pays si tel était le cas. Cela voudrait dire que nous avons été largement plus contaminé par Tchernobyl que ce qu'on nous a dit alors, que la France a bloqué le nuage à la frontière. Nous aurait-on menti ? Je n'ose y croire ! Ca me rappelle aussi mes bons souvenirs d'enfance de la cour de récré où l'on traitait l'autre de con et puis le petit camarde nous répondait : « C'est toi qui l'a dit c'est toi qui l'est dit, nananère ! ». Bref je ne traiterai personne de con ça m'évitera qu'on me dise que c'est moi qui le suis.

Alors que faire de tout ce malheur qui nous envahit et comment y remédier. Premièrement je pense qu'il est nécessaire d'arrêter de prendre le Front National comme valeur étalon de la société.  Nos amis les politiques devraient arrêter de mettre un comparatif avec le FN dans chacun de leur discours. On dirait qu'ils se sentent obligé de rendre des comptes face au curseur FN. Il faudrait aussi arrêter d'appeler à faire barrage. On sait bien qu'un barrage ça cède tout le temps et que ça noie toute la vallée. Il faudrait se questionner sur la politique mise en place sur les dix dernières années. Il faudrait admettre et se rendre à l'évidence que la paupérisation de masse ne permet aucunement le calme. Il faudrait enfin voir que le français vit dans la peur, celle qu'on lui inculque en permanence et cela depuis des années : peur du Rroms, peur du musulmans, peur du réfugiés, peur de tout. On ne peut pas inculquer la peur pendant 10 ans en lui répétant que tout est mal et dangereux et lui dire du jour au lendemain, ne vote pas pour untel car il joue sur les peurs. Soyons donc cohérents avec nous-même politiquement et ça sera déjà un grand pas.

En gros ce que veut l'électeur du FN c'est une autre politique, du social et ne pas avoir peur. Clairement il se fourre le doigt dans l'oeil en pensant choisir moins pire. Le FN est le pur produit de l'ensemble de la politique générale menée dans ce pays depuis bien trop longtemps maintenant.

La seule solution donc pour venir à bout du FN c'est de repenser intégralement les enjeux politiques, se centrer sur une critique productive du gouvernement en place, jouer notre rôle de citoyens en interpellant les élus, ne plus parler du FN, ni en bien ni en mal, parler de la politique qu'on souhaite, ne pas se focaliser sur des conséquences (abstentionnisme par exemple) mais uniquement sur les causes (pertes de l'intérêt politique par manque de choix entre autre).

L'heure est venue de penser au renouvellement de la classe politique, d'avoir une classe politique confrontée au réel, de devenir plus pro-actif en tant que citoyen et ne pas attendre en permanence les dates électorales car la politique est finalement devenu une campagne électorale permanente.

La prochaine échéance est dans une semaine et puis tout le monde sait que la date fatidique est en 2017. Nous ne devons pas encore une fois attendre l'effarement de trop et nous devons rester très vigilant au fait que cette année et demi ne doit pas prendre la forme d'une nouvelle escalade au sécuritaire, à une accélération de réformes nocives économiquement, à une accroissement de la peur et de la paupérisation car c'est la porte ouverte assurée au pire, avec en prime des nouveaux outils législatifs puissants au main du successeur.

En attendant vous pouvez prendre une part de couque, c'est très bon et on offre ça à la Saint-Nicolas, histoire de pas rester sur des mauvais souvenirs pour le 06 décembre prochain.

Couque de la Saint-Nicolas Couque de la Saint-Nicolas

 

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