Politique monétaire de la BCE : le plomb vaut maintenant plus cher que l'or

La politique monétaire de la BCE nous expose à des paradoxes qu'aucune théorie économique n'a prévus : en rachetant les dettes des multinationales et des États, la BCE offre aux uns et autres un certain pouvoir de création monétaire. Un artifice qui permet de contourner les fameux traités européens et qui s'apparente à de "l'alchimie monétaire". Explications.

Si à chaque fois qu'une multinationale émet de la dette et que la BCE rapplique derrière pour en racheter une partie contre des euros fraîchement créés, alors de fait, la multinationale a le pouvoir de créer de la monnaie !

C'est encore plus flagrant avec les dettes publiques, surtout en période de covid.
La BCE a activement racheté plus de 80% des dettes "covid" des États, en échangeant des "euros de banque centrale" contre des dettes émises par des États (souvent mal au point d'ailleurs) ! 

Dans la plupart des cas, les dettes publiques implicitent des taux négatifs (à cause justement de l'action de la BCE). Donc nous vivons dans un monde où un euro créé par la BCE vaut moins qu'une dette d’un euro émise par la Grèce (sur 5 ans) !
Est-ce vraiment raisonnable ?

greece-5y

Selon la théorie économique, à partir du moment où la BCE est prête à payer plus d'un de ses euros contre un euro de dette émis par la Grèce, elle estime que la Grèce est plus solide financièrement qu'elle ne l'est elle-même !
N'est-ce pas le comble de l'absurdité ? 

Aucune théorie économique n'est capable d'expliquer le monde absurde dans lequel nous vivons.

La hiérarchisation naturelle de la monnaie impose qu'un euro créé par la banque centrale vaut plus que n'importe quel euro de dette émis par n'importe quels pays, banques, ou sociétés !  

En réalité, dès que la BCE crée des euros pour intervenir sur le marché de la dette, elle transforme de fait du plomb en or. Cette alchimie monétaire nous donne l'impression de vivre dans un monde où le risque n'existe plus, un monde où le futur est plus que certain. 

Cette illusion, nous allons la vivre un moment encore, le temps que la réalité nous rattrape. Ce jour-là le réveil risque d'être difficile. L'histoire ne ment pas : à chaque fois que les sociétés ont eu recours à la facilité de la création monétaire, le pire s'en est suivi... 

 

Anice Lajnef, Septembre 2021

 

 

En complément de ce billet, cette allégorie permet de mieux comprendre l'absurdité financière de la politique monétaire de la BCE : https://blogs.mediapart.fr/anice-lajnef/blog/020521/le-milliardaire-le-depensier-et-les-usuriers

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.