Ukraine: d'autres visages

Le Maïdan a gagné. Le président s’est enfui, les badauds affluent dans sa résidence hier encore gardée par les militaires pour se faire photographier dans les dorures. Le retour à la Constitution de 2004 qui rétablit l’équilibre des pouvoirs a été voté, les députés et les administrations passent peu à peu du côté révolutionnaire.

Le Maïdan a gagné. Le président s’est enfui, les badauds affluent dans sa résidence hier encore gardée par les militaires pour se faire photographier dans les dorures. Le retour à la Constitution de 2004 qui rétablit l’équilibre des pouvoirs a été voté, les députés et les administrations passent peu à peu du côté révolutionnaire.

On a commémoré les morts. Kiev est en deuil et le restera encore longtemps.

 

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La révolution est pourtant loin d’être terminée. Ce qui se passera désormais sera encore plus opaque pour les observateurs extérieurs, car les classements en gentils/méchants, pro-européens/pro-russes, pouvoir/opposition, déjà pas très opérants ces derniers mois, perdront ce qui leur reste de pertinence.

Le Maïdan, mouvement non partisan et acéphale, appelle à un renouvellement de la classe politique. En face, les politiciens professionnels tentent dès aujourd’hui une simple redistribution des fauteuils.

L’agacement contre les leaders des partis politiques d’opposition est monté dans chez manifestants en même temps que la colère et la tristesse. De plus en plus systématiquement, le trio de tête (Yatseniuk, Klytchko et Tyahnybok) se fait siffler sur scène. A l’échelle du sacrifice des combattants du Maïdan, les politiciens paraissent petits ; le charisme est aujourd’hui du côté de la foule.

Le retour sur la scène politique de Youlia Timochenko, opposante mise en prison par Yanoukovtich et libérée aujourd’hui, n’enthousiasme pas non plus les Ukrainiens qui la tiennent pour responsable de la dégradation politique du pays ayant conduit Yanoukovitch au pouvoir. Dans les réseaux sociaux, on commente : « Youlia a besoin de soins : envoyons-là faire une très longue cure à l’étranger ». L’égérie à la tresse aura du mal à convaincre dans la nouvelle Ukraine qu’elle ne connaît pas et qui ne la reconnaît plus.

D’autres noms et d’autres visages forcent aujourd’hui le respect du Maïdan.

Celui de Lesya Orobets, très jeune députée d’opposition qui a été sur les premières lignes du front à organiser la logistique des secours et les circuits d’information. "Fille de" à ses débuts, cette femme politique a gagné en autonomie et en conviction, devenant pour les manifestants du Maïdan un symbole de la nouvelle génération qui doit prendre le pouvoir.

  
  

Celui du député Andriy Parubiy, intendant du campement Maïdan devenu commandant des forces armées des manifestants qui s’est efforcé de maintenir l’ordre dans ses troupes. L'une des figures qui étaient déjà présentes sur le Maïdan en 2004, cet homme politique a aussi un passé nationaliste: il était en 1991 l'un des fondateurs de ce qui allait devenir le parti nationaliste "Svoboda". Parubiy a changé de camp en rejoignant des partis plus modérés, cependant ce passé est sans doute ce qui lui a permis d'être entendu par les franges les plus radicales des manifestants.    

 

 

Certains lecteurs s'appuieront sur ce que je viens d'écrire pour clamer que la protestation ukrainienne a des relents néonazis. Avant de le faire, je vous remercie de lire cette lettre ouverte des meilleurs chercheurs travaillant sur l'Ukraine contemporaine.  Des figures comme celles de Parubiy sont en effet là, mais elles sont plus complexes qu'il n'y paraît à premier abord.

En dehors de ces deux politiciens professionnels, les figures symboliques du Maïdan viennent plutôt d'autres mondes.

Ainsi de la chanteuse Ruslana Lyjichko qui de starlette glamour est devenue le porte-drapeau et la voix des manifestants, entonnant quotidiennement l’hymne national sur scène.

 

 

L’infirmière bénévole Olesya Zhukovska, atteinte au cou par un tireur armé, est aussi devenue une figure symbolique du Maïdan. L’histoire de cette jeune fille ordinaire dont le premier réflexe dans l’ambulance a été de tweeter « je suis en train de mourir », a secoué les réseaux sociaux.

 

 

 

Tetyana Tchornovol, journaliste tabassée pour avoir enquêté sur la corruption entourant le pouvoir de Yanoukovitch, a été dès les débuts des manifestations une incarnation de la victime insoumise du régime.

 

Aujourd'hui, les manifestants s'appuient également sur les figures des opposants morts au combat à qui l'on a donné le nom d'« escadron céleste ».

 

 

 

Les vivants que les opposants acclament sont des héros de guerre plus que des professionnels de la politique. Ou plutôt, c'est en tant que combattans qu'ils sont légitimes auprès des manifestants.

Le Maïdan aujourd’hui ne reconnaît qu'eux. 

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