Les Citrons pressés ou La révolte des profs de français

«On va tomber par terre, c'est la faute à Blanquer, Le nez dans le ruisseau, c'est la faute au boulot!» (Reprise de «La Chanson de Gavroche», Les Misérables, Victor Hugo, 1862)

Voilà, je fais partie d’un collectif de profs de français des lycées de Vendée : « les citrons pressés ». 

Les Citrons pressés ou La révolte des profs de français © Claire Haubry, journaliste à Ouest France Les Citrons pressés ou La révolte des profs de français © Claire Haubry, journaliste à Ouest France
Des collectifs contre la réforme Blanquer existent d'ailleurs un peu partout, mais  nous avons du mal à nous faire entendre.

Pourtant, depuis des mois nous débattons, protestons, manifestons contre la loi Blanquer et la réforme du lycée décidée par le gouvernement Macron. Cette réforme a pour principal objectif la suppression massive des postes d’enseignant.e.s. Sous couvert de l’expression ministérielle «remuscler le bac» nous allons droit vers une dégradation majeure du service public d'éducation: systématisation des classes à 35, accroissement des inégalités géographiques, perte annoncée de la liberté pédagogique, alourdissement des contenus les plus classiques, élimination de certains programmes bien spécifiques (suppression des cours de SVT sur la sexualité en 2nde , disparition de Marx dans le programme de philo, deux exemples parmi d’autres).

En français, nous sommes particulièrement assaisonné.e.s. Les programmes passent du simple au double avec même nombre d’heures de cours, réintroduction des œuvres imposées et renouvellement de la moitié desdits programmes chaque année, contenus de programmes rétrogrades et courtisans très éloignés de la jeunesse actuelle, quasi disparition de la littérature contemporaine, suppression de l'écriture d'invention mais grand retour des questions de grammaire, mise en péril des options artistiques, fragilisation des partenariats avec les structures culturelles locales comme  les ateliers d’écriture, parcours cinéma, rencontres avec auteurs ou autrices.

Nous avons écrit à nos IPR (Inspecteurs Pédagogiques Régionaux) et nous les avons interpellés sur la disparition de toute liberté pédagogique, lors des "fameuses journées de formation à la réforme". Nous avons contacté des médias locaux et nationaux.

Evidemment, les syndicats se font le relais de nos inquiétudes et de notre colère. Des recours auprès du CHSCT ont été engagés, pour aggravation du risque de souffrance au travail du fait de la réforme. Nous avons aussi alerté les parents d’élèves, mis en place la rétention des notes. 

Par ailleurs, une forme nouvelle de censure se met en place. Dans la loi Blanquer, on voit en effet apparaître un «devoir d’exemplarité» qui n’a d'autre but que de museler les profs. Des chefs d’établissement refusent déjà de prêter des salles pour organiser des débats avec les parents d’élèves, comme ils ont refusé aux lycéens d’organiser des AG en décembre, au plus fort de la mobilisation des gilets jaunes. Les enseignant.e.s qui ont alerté le CHSCT sont convoqué.e.s par leur hiérarchie, le souci de la santé des personnels apparaissant désormais comme un potentiel problème. Episode récent du triste feuilleton, des profs du lycée Jean Perrin à Rezé ont mis en place une protestation sous la forme du 20/20 à tous les élèves afin de bloquer la plate-forme parcoursup. Résultat : ils ont été rappelés à l’ordre de façon particulièrement forte. Nos collègues du 44 ont protesté en publiant cette photo sur twitter... "Voilà des profs qui se tiennent sages" en écho au triste épisode des lycéens mis à genoux par les forces de l'ordre à Mantes-la-Jolie (78).

Des profs du lycée Jean Perrin à Rezé (44) © Professeurs du lycée Jean Perrin Des profs du lycée Jean Perrin à Rezé (44) © Professeurs du lycée Jean Perrin

Au mois de mai nous poursuivrons malgré tout la contestation: défilé du 1er mai,  journée de grève nationale prévue le 09 mai et d'autres actions doivent encore se monter. 

En collectif, nous avons évoqué la possibilité d'alerter les artistes et intellectuel.le.s que nous connaissons de près ou de loin. En effet, à travers la réforme qui se met en place, c'est une casse massive du service public d'éducation qui est à l'oeuvre. Destructions d'emplois, atteinte à la liberté pédagogique et à la liberté d'expression, aggravation du risque de souffrance au travail pour les enseignant.e.s, perte de sens de notre métier, oubli des valeurs égalitaires de l'Education Nationale. 

Nous demandons l'abrogation de la réforme car elle est précipitée, inégalitaire et d'une brutalité d'application qui ne relève ni de la bienveillance ni de la confiance. 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.