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Billet de blog 7 mai 2022

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Xavier Mathieu, LFI et NPA, pas d'accord !

L'ancien Conti, qui avait rejoint l'Union Populaire, déplore que le NPA ait été de fait exclu, au profit du PS, de l'accord pour les élections législatives. Les mots sont durs tant pour ce qui est du PS, dont Xavier Mathieu rappelle qu'il "n'a cessé de trahir la classe ouvrière", que pour le choix fait par LFI de sortir ce parti de "là où il méritait de rester, 'la morgue'".

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Quelques commentaires.

Dans cette lettre ouverte Xavier Mathieu met le doigt sur un point essentiel de ce qu'est le fonctionnement de LFI : l'Union Populaire, créée pour élargir la campagne de la présidentielle de Jean-Luc Mélenchon bien au-delà de la stricte LFI, n'a aucunement été consultée sur les négociations concernant ces législatives. D'où la question : "à quoi sert ce parlement ?". Voilà qui fait écho à ces lignes que j'avais écrites récemment : "Le modus operandi du Chef insoumis, après qu’il eut tiré le bilan de l’échec d’un Front de Gauche corsetant sa propension au cavalier seul, prend toute sa signification à partir de ce qu’est organisationnellement une LFI ayant permis au leader insoumis de se défaire même de toute dépendance de ce qui fut la matrice de son décollage électoral, le Parti de Gauche.

Verticalisme LFI et vote utile

Suivons ce que le sociologue Manuel Cervera-Marzal a observé à ce propos dans son enquête très fouillée sur LFI, Le Populisme de gauche (sociologie de la France insoumise), La Découverte, septembre 2021 :

Chaque année, une « convention nationale » réunit, le temps d’un week-end, des centaines d’insoumis afin de définir les grandes orientations de l’année suivante. […]

Ces conventions constituent l’équivalent des « congrès » d’un parti politique. C’est le moment où, en théorie, se décide l’avenir du mouvement. En pratique, cependant, l’ordre du jour est fixé par la direction sans possibilité de le modifier. La synthèse produite à partir des contributions individuelles est réalisée par des personnes non identifiées, qui procèdent à des arbitrages dont les critères ne sont explicités nulle part et, surtout, qui écartent de leur rapport final de nombreuses demandes de démocratisation du mouvement. »

Des personnes ayant participé à ces conventions, interrogées par le sociologue, n’hésitent pas à parler « d’un « simulacre de délibération », un « show de rocks stars » et une « grand-messe à l’américaine ». […]

A la fin de la convention, un seul texte est soumis au vote des insoumis, sans qu’il soit possible de l’amender ou de proposer un texte alternatif. Il a été rédigé en amont par la direction, qui le fait avaliser en l’état. Le résultat final est toujours plébiscitaire. Mais d’une convention à l’autre, le nombre de votants diminue. Les militants finissent par intégrer que leur vote n’a pas d’utilité. […]

« Assez de bavardages, assez de discussions. Plus d’actions ! Pas de bla-bla, du combat ! ». Cette phrase, prononcée par Mélenchon, le 28 août 2017 en conclusion des Amphis d’été de Marseille, résume la philosophie de son mouvement. Quand on compare la structure insoumise à celle des partis « traditionnels », on est frappé par l’atrophie des instances de réflexion, de débat et d’élaboration. […]

L’architecture organisationnelle de la France insoumise est conçue pour faire obstacle au pluralisme et à la démocratie interne. Mélenchon l’assume. Son autoritarisme est un mal nécessaire, un gage d’efficacité. De manière symptomatique, les groupes locaux ont été baptisés « groupes d’appui » puis « groupe d’action ». Les militants sont là pour agir, pas pour réfléchir. Pour appuyer, pas pour décider. « Nous existons uniquement par et pour l’action » affirme Mélenchon. […]

Mélenchon se réserve le poste d’intellectuel et de stratège. […] Il n’existe autour de lui aucun espace de contradiction. […]

La France insoumise révèle sa fragilité, car elle s’apparente à une pyramide renversée en équilibre sur sa pointe. » (1).

Ce qui vient de se passer dans ces négociations en vue des législatives montre que l'UP s'est retrouvée piégée dans la logique intrinsèque du fonctionnement interne de LFI et de ce qu'elle réserve à ceux qui s'engagent à y militer : « Une fois le scrutin [présidentiel] passé, les militants – j’entends par là les personnes qui participent aux réunions et aux activités d’un groupe d’action – retournent vaquer à leurs occupations personnelles. Les dirigeants s’en satisfont. Si les militants commencent à se lier entre eux, ils risquent de se liguer contre le sommet ou de verser dans des luttes de factions. Certains ont reproché à la France insoumise d’avoir échoué à s’implanter localement. C’est une erreur d’analyse : la direction n’a jamais souhaité cette implantation. Et parmi la base, seuls les militants les plus chevronnés conçoivent leur engagement insoumis sur le temps long. Les autres, c’est-à-dire les novices et les intermittents du militantisme, rejoignent la France insoumise pour participer à une campagne, pas davantage. ».

De toute évidence, s'il a été envisagé un temps par le noyau "décideur" de LFI d'obtenir un accord avec le NPA, l'idée s'est vite imposée dans ce noyau que la logique politique de celui-ci aurait été difficilement compatible, d'une part, avec ce fonctionnement pyramidal, dont vient de pâtir l'UP, et, ce qui n'est pas étranger à ce syndrome verticaliste caractérisant ce qu'il faut bien appeler le mélenchonisme, d'autre part, avec sa stratégie foncièrement institutionnaliste et inévitablement fondée en délégation de pouvoir absolue à l'élite élue (2). En clair, bien loin de ce que l'on pourrait attendre d'une "révolution citoyenne" refusant toute confiscation du pouvoir souverain d'un peuple qui renverrait celui-ci au statut de spectateur de son destin.

Par où l'on comprend mieux que le point d'aboutissement de l'accord de la désormais NUPES (Nouvelle Union Populaire Ecologique et Sociale) se donne à voir comme une nouvelle Union de la Gauche, reconfigurant seulement le rapport hégémonique entre les deux composantes historiques et le dernier venu (EELV) de cette alliance, sous l'égide néomitterrandienne (3) d'un chef insoumis délesté de toute contrainte partidaire. De quoi interroger sur ce qu'il adviendrait, à travers ce compagnonnage avec un PS laminé électoralement mais n'ayant rien renié de ses compromissions systémiques, d'un programme de campagne présidentielle comme L'Avenir en Commun qui, initialement doté d'une certaine radicalité de rupture ... mesurée, se voit revu et "soumis" à formulation floues suivant les préaccords signés avec chacun des partenaires élus au tropisme systémique plus ou moins, mais toujours, marqué, particulièrement chez le PS ! On sait (on devrait savoir) ce que devinrent les 110 propositions de la campagne de François Mitterrand en 1981 !

La démarche unitaire du NPA a parfois dérouté en interne et en externe, parfois provoqué une hostilité marquée chez les purs et durs d'une révolution anticapitaliste dénués de toute propositions transitoires impliquant de ne pas s'adresser qu'aux convaincu.e.s de la nécessité de cette révolution : ayant été menée en toute sincérité, sans rien cacher des désaccords que le NPA a avec la stratégie réformiste de LFI et de l'UP, cette démarche de discussions pouvait aboutir à un compromis pour peu qu'il soit accepté et reconnu que le tout d'un changement politique radical ne saurait se réduire aux batailles parlementaires mais, au contraire, devait compter sur le terrain où le peuple souverain manifeste sa volonté d'être acteur direct et permanent du changement, celui des luttes sociales, démocratiques, antiracistes, féministes et écologiques. Exactement ce sur quoi le NPA ne pouvait transiger. En revanche, le PS, le PCF et EELV ne peuvent que se satisfaire que le NPA ait été exclu, sur ces bases, de l'accord ! Il fallait choisir, il a été choisi. A méditer par ceux et celles qui espèrent que la NUPES favorise les ruptures nécessaires à l'émancipation si désirée.

Le NPA va débattre de sa participation à cette législative et de la possibilité de soutenir les candidatures NUPES lui semblant relever de l'orientation qu'il aurait pu défendre dans une NUPES ayant conservé la ligne rouge que LFI avait elle même posée : on ne discute pas avec le PS et, conséquemment, on ne fait aucune alliance avec lui (4) !

Antoine

(1) De la déraison de « voter utile » pour Mélenchon au premier tour… .

(2) C'est le parlement du NPA, le CPN (Conseil Politique National) qui s'est prononcé, après débat, en faveur du refus d'intégrer la NUPES : Élections législatives : déclaration du Conseil politique national du NPA.

(3) Par-delà le signe de distinction populiste de gauche que LFI partage, malgré quelques spécificités, avec un Podemos et quelques autres …comme Syriza, qui l’éloignerait de la façon à l'ancienne de faire de la politique d’un François Mitterrand, il persiste chez Jean-Luc Mélenchon quelque chose d’essentiel du mitterrandisme : dans le cadre maintenu intouchable d’une admiration sans borne pour cette figure historique, dépourvue de toute critique envers elle alors qu’elle est la figure fondatrice du social-libéralisme honni par le Chef insoumis, celui-ci fait plus que réactualiser son chantage au vote utile. Il récupère plus foncièrement 1/ son bonapartisme, lui-même hérité d’un De Gaulle dont il avait pourtant dénoncé, avant d’accéder au pouvoir, ce que sa Ve République représentait comme coup d’Etat permanent, et 2/ ce que ce bonapartisme charrie de surplomb sur tout le champ politique. Surplomb qui est la la clé de voûte même de ce qui régit le fonctionnement interne de LFI comme il avait régi le fonctionnement du PS issu du Congrès d’Epinay et qui finit par régir la politique gouvernementale mitterrandienne et post-mitterrandienne. Le refus de prendre en considération qu’aucun programme électoral n’a de sens s’il n’est articulé aux garanties démocratiques qu’il sera bien appliqué est au cœur du faux raisonnement poussant au vote utile de premier tour pour Jean-Luc Mélenchon  : garanties que, au vu du déficit démocratique qui caractérise en interne LFI, seul peut aider à sauver le maintien de forts courants politiques indépendants du courant hégémoniste travaillant à se les rallier ou, à défaut, à les crucifier comme inutiles, dangereux, nocifs, nuisibles, faisant le jeu des droites… Dans l’oubli que la droitisation de la gauche, facteur essentiel de renforcement des droites, lui vient, d’une part, toujours de l’intérieur pour finir par se concrétiser en extériorité vis-à-vis de son être de gauche et, d’autre part, de son rapport instrumental et verticaliste au bon peuple militant ou peuple tout court, c’est-à-dire dans l’extension la plus large du terme, qu’il contribue à démobiliser après lui avoir insufflé l’espoir d’un « changement historique ». (ib)

(4) La France insoumise refuse toute alliance avec le PS pour les élections législatives

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