Antoine (Montpellier)
Abonné·e de Mediapart

1001 Billets

1 Éditions

Billet de blog 7 oct. 2021

Montpellier "ville Potemkine" de la Françafrique !

Macron maintient les bases de la main-mise néocoloniale de la France sur l'Afrique. Le sommet France-Afrique de Montpellier ne déroge pas à cette organisation de la dépendance de la seconde via la mise en place de la domination par la première. Le macronisme travaille à faire écran, par la com', à sa ... dépendance suractive vis-à-vis des intérêts des castes privilégiées ici et là-bas.

Antoine (Montpellier)
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Pourquoi proposer l’annulation du sommet Afrique-France de Montpellier des 8, 9 et 10 juillet ? 

Montpellier « ville Potemkine » de la Françafrique relookée, c’est non !

Pour la 28e édition de ce type d’événement, nous assistons à la mise en place d’un dispositif de communication spécifique en direction du grand public. Tant du côté de la présidence de la République que de la mairie de Montpellier ou de la Métropole, il n’y en a que pour « la société civile » des deux côtés de la Méditerranée censée être au cœur de l’opération : à travers le rôle qu’y joueront « les entrepreneurs, les intellectuels, les chercheurs, les artistes, les sportifs, etc. [mais aussi] les diasporas franco-africaines et la jeunesse de France » (Montpellier Méditerranée Métropole), c’est rien moins que « le caractère unique des relations entre l’Afrique et la France : le lien humain » qui s’en trouvera nourri (sic). Le tout est enrobé d’allusions appuyées au « partenariat d’avenir avec l’Afrique » et au « rayonnement de ses acteurs économiques, culturels, universitaires ».

La talon d’Achille de la com’, car il s’agit bien de cela, c’est que, trop sûre de son habileté à mettre le paquet afin de s’imposer dans les esprits, même les plus « résistants », elle sursature vite le message et ses médias dérapent vite vers la médiacrité communicationnelle. Ainsi, dans ces discours « vendant » l’opération Afrique-France, le trop-plein des mots creux, doit attirer notre attention sur le grossier travail d’ellipse qu’ils cherchent à organiser sur l’Afrique et la nature des relations de la France avec elle, avec, en corollaire, ce qu’il faut qualifier d’incitation à l’amnésie, le tout formant une mystification de grande envergure.

La réalité africaine et, plus particulièrement, celle des peuples mêmes d’Afrique ne méritent, en aucune façon, d’être réduits littéralement au statut d’objet, avec ce que cela dit, sous le vernis de l’humanisme de pacotille des promoteurs du sommet, des continuités des discours et mentalités coloniales : l’ordre du discours des communicants aujourd’hui tient de l’ordre des discours et des réalités de l’exploitation coloniale, par leur commune capacité à faire l’impasse, chacun à sa façon, sur le droit desdits peuples à devenir sujets souverains de ce qui se fait et se dit en Afrique, sur l’Afrique.

Ce qui se fait au nom de l’amitié et de la coopération franco-africaine a nom : déformation des économies autochtones les détournant de la satisfaction des besoins locaux pour accroitre leur dépendance vis-à-vis du marché mondial, famines, exploitation sauvage au profit des multinationales françaises, paupérisation extrême, opérations militaires contre le danger djihadiste qui autorisent des massacres de populations étrangères au djihadisme, délabrement des services au public (santé, éducation, etc.), violences spécifiques faites aux femmes, lourd endettement, sans fin, totalement illégitime, soutien politique, financier et militaire français aux dictatures et autres régimes parlementaires autoritaires, corruption des élites, répression barbare des oppositions, etc.

Ce sont ceux-là les mots que l’on veut faire oublier par l’imposition des mots préformatés des idéologues missionnés pour que se crée l’illusion de la fraternité des peuples français et africains. Fraternité qui ne saurait exister quand elle est kidnappée par les gouvernants et les politiciens qui leur sont inféodés. Et cela aux fins de perpétuer la domination française et la dépendance africaine hier coloniale, aujourd’hui néocoloniale dans une continuité politique, économique et sociale prégnante sous la discontinuité des (apparences des) indépendances africaines.

Rappelons deux événements récents qui devraient suffire à faire sauter la chape de mystification qui préside à la préparation de ce sommet de Montpellier : en premier lieu le récent rapport sur le génocide au Rwanda (rapport Duclert) qui, et cela seul devrait suffire à révéler la volonté de « nos » élites néocoloniales de ne pas voir le maintien de leurs privilèges en Afrique affectés par la révélation des monstruosités sur lesquels ils reposent, aura permis que, 27 ans après les événements tragiques du Rwanda soit établie auprès du grand public, quoiqu'en se refusant à parler de complicité (1), la responsabilité de la France…de François Mitterrand dans ledit génocide. En second lieu, la participation, le 23 avril dernier, d’Emmanuel Macron, seul chef d’Etat occidental présent, aux obsèques du tchadien Idriss Déby, « l’indispensable dictateur de Paris » (L’Humanité), et soutien du putsch militaire, consécutif à ce décès, emmené par son fils (lire ici).

On raconte qu’à la fin du 18e siècle, la visite de la Crimée par l’impératrice russe Catherine II fut précédée de l’érection de façades luxueuses en carton pâte destinées à masquer la misère sévissant dans les lieux visités. Cela a donné naissance à l’expression de « villages Potemkine » du nom du ministre ayant eu l’idée de cette mise en scène. Réalité historique ou pas, l’expression a fait florès. Ne laissons pas que Montpellier devienne une « ville Potemkine » escamotant, par la magie des mots de la moderne propagande, la com’ macronienne, la réalité de l’exploitation et de l’oppression des peuples d’Afrique dont la France reste l’active complice et bénéficiaire dans son « pré carré » francophone ! Ce qui se vérifiera bientôt, mais bien plus discrètement, dans cet autre sommet du 18 mai entre chefs d’Etat, avec au menu, les questions clés du (faux) partenariat Françafrique, volontairement décroché de celui de Montpellier afin que, par celui-ci, en l’absence de ces imprésentables chefs d’Etat africains, opère l’extraordinaire esbroufe de la culture par-ci, de l’amitié franco-africaine par-là, etc.

Quelle involontaire ironie que le grand concert des jardins du Peyrou, dont on nous dit à La Gazette de Montpellier que le maire-président de la Métropole se réjouit qu’il soit, cela ira droit au cœur de tous les Africains, un superbe … « coup de pub » pour la ville, se soit tenu, début juillet, sous l’égide du festival électro de Radio France au nom improbable, tenez-vous bien, de Tohu-Bohu (étymologiquement, dans La Genèse, « chaos primitif » et, depuis lors, confusion !).

Soutenons la demande d’annulation de ce sommet qui, sommet de confusion, ajoute aux souffrances séculaires des Africain.e.s l’insulte de les réduire à être les figurant.e.s de l’indécente mise en scène d’une fraternité des peuples contredite en tous points par les funestes réal-politique et réal-économie françaises.

Antoine Rabadan (signataire de l'appel pour l'Annulation du sommet Afrique-France de Montpellier)

(1) Un rapport américain, établi à la demande du Rwanda en 2017, parlait, lui, clairement, de participation de hauts responsables français à « l’élaboration de l’idéologie génocidaire » visant les Tutsis  : "Alors que Paris s’engage massivement aux côtés du régime en place à partir de 1990 pour contrer le Front Patriotique Rwandais (FPR), une rébellion formée par des réfugiés tutsis aujourd’hui au pouvoir à Kigali, ce premier rapport accusait de «hauts responsables français» d’avoir participé à «l’élaboration de l’idéologie génocidaire en définissant l’ennemi, non pas en tant que FPR, mais comme Tutsi». En bref, d’avoir embrassé la logique du régime en place, qui considérait tous les Tutsis comme des «complices» de la rébellion, justifiant ainsi les exactions à leur égard. Et notamment déjà des massacres annonçant le génocide. Or, malgré ces dérives inquiétantes, constatait encore ce premier rapport, «les autorités françaises ont continué à faciliter les livraisons d’armes» au régime qui orchestrait la terreur."  (https://www.liberation.fr/international/afrique/rwanda-un-nouveau-rapport-sur-le-role-de-la-france-20210419_7VTNP5ILK5BCZK3WRKZK4ZR5TQ/)

Les signataires de cet appel ont organisé le samedi 2 octobre un colloque réunissant des personnalités diverses soutenant l'appel à annulation et appellent à participer, sur ce mot d'ordre, à la manifestation du Contre Sommet à Montpellier le samedi 9 octobre :  

COLLOQUE POUR L’ANNULATION DU SOMMET FRANCE-AFRIQUE

A lire aussi

Pour retrouver plus d'infos sur ce Sommet et soutenir notre appel :

https://www.facebook.com/Sommet-France-Afrique-%C3%A0-Montpellier-cest-non-100155935542941 

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — France
Inflation : les salariés, éternels dindons de la farce
Avec la poussée inflationniste, les salariés sont sommés d’accepter un recul de leurs revenus réels pour éviter l’emballement des prix. Mais lorsque les prix étaient bas, les salariés devaient accepter la modération salariale au nom de l’emploi. Un jeu de dupes que seules les luttes pourront renverser. 
par Romaric Godin
Journal
Électricité et gaz : les salaires mettent le secteur sous haute tension
Appel à la grève dans le secteur des industries électriques et gazières, le 2 juin prochain, pour réclamer des revalorisations de salaires indexées à l’inflation. Chez RTE, gestionnaire du réseau électrique français, un mouvement social dure depuis déjà treize semaines.
par Cécile Hautefeuille
Journal
Nouveau gouvernement : le débrief de Mediapart
Premier conseil des ministres du deuxième quinquennat Macron ce matin, marqué par l’affaire Damien Abad. Émission consacrée donc à notre nouveau gouvernement et à la campagne législative de ceux qui n’en font plus partie, comme Jean-Michel Blanquer, parachuté dans le Loiret.
par À l’air libre
Journal — Écologie
Planification écologique : le gouvernement à trous
Emmanuel Macron avait promis, pendant l’entre-deux-tours, un grand tournant écologique. Si une première ministre a été nommée pour mettre en œuvre une « planification écologique et énergétique », le nouvel organigramme fait apparaître de gros trous et quelques pedigrees étonnants.
par Mickaël Correia, Jade Lindgaard et Amélie Poinssot

La sélection du Club

Billet de blog
Lycéennes et lycéens en burn-out : redoutables effets de notre organisation scolaire
La pression scolaire, c’est celle d’une organisation conçue pour ne concerner qu’une minorité de la jeunesse Lycéennes et lycéens plus nombreux en burn-out : une invitation pressante à repenser le curriculum.
par Jean-Pierre Veran
Billet de blog
Ndiaye et Blanquer : l'un compatible avec l'autre
« Le ministre qui fait hurler l'extrême droite », « l'anti-Blanquer », « caution de gauche »... voilà ce qu'on a pu lire ou entendre en cette journée de nomination de Pap Ndiaye au ministère de la rue de Grenelle. Beaucoup de gens de gauche qui apprécient les travaux de M. Ndiaye se demandent ce qu'il vient faire là. Tentons d'y voir plus clair en déconstruisant le discours qu'on tente de nous imposer.
par Jadran Svrdlin
Billet de blog
Recrutement enseignant : une crise des plus inquiétantes pour l’avenir de l’école
La crise de recrutement enseignant atteint cette année un niveau largement plus inquiétant que les années précédentes dont les conséquences seront gravissimes pour le service public d’éducation. Elle témoigne, au-delà de ses dénis, de l’échec de la politique de Jean-Michel Blanquer.
par Paul DEVIN
Billet de blog
L’École et ses professeurs à bout de souffle : urgence vitale à l'école
Nous assistons aujourd’hui, dans un silence assourdissant, à une grave crise à l’Ecole. Le nombre des candidats aux concours de l’enseignement s’est effondré : ce qui annonce à court terme une pénurie de professeurs. Cette crise des « vocations », doit nous alerter sur une crise du métier et plus largement sur une crise de l’Ecole.
par Djéhanne GANI