Procès de Madrid. Un pilier bien fissuré de l'accusation...

L'officier de la Guardia civil, Daniel Baena, qui a réuni les pièces essentielles incriminant les accusé-es, est une incarnation parfaite de ce qu'est la justice, et par rebond, la démocratie espagnole. Tout, depuis son comportement au tribunal jusqu'à ses pratiques douteuses pendant l'exercice de ses fonctions d'enquêteur, oblige le président du tribunal à travailler à le sauver du discrédit !

 Nous sommes dans cette situation insolite où le juge-président du tribunal Marchena prévient les avocats que l'une de leurs principales lignes de défense stratégiques "est stérile", qu'elle n'aura aucune incidence sur le verdict.

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Le lieutenant-colonel de la Guardia civil, Daniel Baena, témoigne aujourd'hui sous serment devant le Tribunal suprême espagnol. On distingue parfaitement, une veine gonflée comme un zigzag traversant la partie droite de son front (clikez ici pour l'article en catalan). Son ton a été irascible, irrité, irrespectueux et tout-à-fait grossier quand il a dû répondre aux questions des avocats et des avocates de la défense. Le président du tribunal, Manuel Marchena, n'a coupé aucune de ses impertinences, pas une seule fois, ni ses réponses élusives, ni ses ergotages : "Je ne sais pas ; si dans le procès-verbal c'est dit comme ça, ça doit être comme ça, et si ça n'est pas dit comme ça, ça ne doit pas être comme ça". Le témoignage de Baena, matricule T42166Q, était très attendu, parce qu'il est le chef de l'unité de la police judiciaire en Catalogne et qu'il a alimenté les enquêtes du parquet et celles des juges contre des dirigeants politiques et sociaux indépendantistes, recourant pour cela à des excès, des abus et des violations des droits individuels de toute sorte, jusqu’à en arriver là où nous sommes maintenant, dans le procès contre le "procès" [le processus indépendantiste].

[...] Marchena essaie de faire des coupe-feu, à la fois avec Baena et avec l'instruction du juge Pablo Llarena, qui accumule irrégularités et violations des droits. Marchena affirme que le Tribunal ne tiendra pas compte de [toutes ces anomalies] à l'heure d'émettre son verdict et qu'il ne prendra en compte que ce qui aura été dit et démontré dans le prétoire pendant le procès. Mais le gros problème c’est que tous les chefs d'accusations, tous les arguments incriminants, ont été construits sur l'enquête de Baena et sur l’instruction de Llarena. C'est le fil conducteur et ce fil mène jusqu’à Marchena. Le magistrat fait semblant de couper ce fil, mais il ne peut pas le faire, car s'il le faisait, tout s'effondrerait, en commençant par le procès lui-même qui n'aurait jamais dû avoir lieu. Marchena n'accepte pas cette argumentation parce qu'elle récuse le procès lui-même, et qu'elle le récuse lui aussi et cela ne lui convient pas. Mais cela doit être dit et attesté car il est très probable que cette argumentation intéressera bien davantage la Cour européenne des droits de l'homme.

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Pour suivre de près ce procès, voir mes billets de blog ici

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