Antoine (Montpellier)
Abonné·e de Mediapart

1001 Billets

1 Éditions

Billet de blog 12 avr. 2019

Procès de Madrid. Un pilier bien fissuré de l'accusation...

L'officier de la Guardia civil, Daniel Baena, qui a réuni les pièces essentielles incriminant les accusé-es, est une incarnation parfaite de ce qu'est la justice, et par rebond, la démocratie espagnole. Tout, depuis son comportement au tribunal jusqu'à ses pratiques douteuses pendant l'exercice de ses fonctions d'enquêteur, oblige le président du tribunal à travailler à le sauver du discrédit !

Antoine (Montpellier)
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

 Nous sommes dans cette situation insolite où le juge-président du tribunal Marchena prévient les avocats que l'une de leurs principales lignes de défense stratégiques "est stérile", qu'elle n'aura aucune incidence sur le verdict.

Le lieutenant-colonel de la Guardia civil, Daniel Baena, témoigne aujourd'hui sous serment devant le Tribunal suprême espagnol. On distingue parfaitement, une veine gonflée comme un zigzag traversant la partie droite de son front (clikez ici pour l'article en catalan). Son ton a été irascible, irrité, irrespectueux et tout-à-fait grossier quand il a dû répondre aux questions des avocats et des avocates de la défense. Le président du tribunal, Manuel Marchena, n'a coupé aucune de ses impertinences, pas une seule fois, ni ses réponses élusives, ni ses ergotages : "Je ne sais pas ; si dans le procès-verbal c'est dit comme ça, ça doit être comme ça, et si ça n'est pas dit comme ça, ça ne doit pas être comme ça". Le témoignage de Baena, matricule T42166Q, était très attendu, parce qu'il est le chef de l'unité de la police judiciaire en Catalogne et qu'il a alimenté les enquêtes du parquet et celles des juges contre des dirigeants politiques et sociaux indépendantistes, recourant pour cela à des excès, des abus et des violations des droits individuels de toute sorte, jusqu’à en arriver là où nous sommes maintenant, dans le procès contre le "procès" [le processus indépendantiste].

[...] Marchena essaie de faire des coupe-feu, à la fois avec Baena et avec l'instruction du juge Pablo Llarena, qui accumule irrégularités et violations des droits. Marchena affirme que le Tribunal ne tiendra pas compte de [toutes ces anomalies] à l'heure d'émettre son verdict et qu'il ne prendra en compte que ce qui aura été dit et démontré dans le prétoire pendant le procès. Mais le gros problème c’est que tous les chefs d'accusations, tous les arguments incriminants, ont été construits sur l'enquête de Baena et sur l’instruction de Llarena. C'est le fil conducteur et ce fil mène jusqu’à Marchena. Le magistrat fait semblant de couper ce fil, mais il ne peut pas le faire, car s'il le faisait, tout s'effondrerait, en commençant par le procès lui-même qui n'aurait jamais dû avoir lieu. Marchena n'accepte pas cette argumentation parce qu'elle récuse le procès lui-même, et qu'elle le récuse lui aussi et cela ne lui convient pas. Mais cela doit être dit et attesté car il est très probable que cette argumentation intéressera bien davantage la Cour européenne des droits de l'homme.

Article intégral

Pour suivre de près ce procès, voir mes billets de blog ici

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Pouvoir d'achat
« Et Macron, il pense aux familles nombreuses quand tout augmente ? »
En avril 2022, selon l’Insee, les prix des produits de grande consommation vendus dans la grande distribution ont augmenté de 1,3 %. Une hausse des prix que subissent de plein fouet les plus modestes. À Roubaix, ville populaire du nord de la France, la débrouille règne.
par Faïza Zerouala
Journal — France
Violences conjugales : Jérôme Peyrat finalement contraint de retirer sa candidature
L’ancien conseiller d’Emmanuel Macron, condamné pour violences conjugales, renonce à la campagne des législatives. La défense catastrophique du patron de LREM, Stanislas Guerini, a accéléré les choses. Et mis fin à la gêne qui montait au sein du parti présidentiel, où personne ne comprenait cette « décision venue d’en haut ».
par Ellen Salvi
Journal
Affaire Jérôme Peyrat : « Le problème, c’est qu’ils s’en foutent »
Condamné pour violences conjugales en 2020, Jérôme Peyrat a fini par retirer sa candidature aux élections législatives pour la majorité présidentielle à deux jours de la date limite. Il était pourtant toujours soutenu par les responsables de La République en marche, qui minimisent les faits.
par À l’air libre
Journal
Élisabeth Borne et l’écologie : un certain savoir-rien-faire
La première ministre tout juste nommée a exercé depuis huit ans de nombreuses responsabilités en lien direct avec l’écologie. Mais son bilan est bien maigre : elle a soit exécuté les volontés de l’Élysée, soit directement contribué à des arbitrages problématiques.
par Mickaël Correia et Jade Lindgaard

La sélection du Club

Billet de blog
Quand le Festival de Cannes essaie de taper fort
La Russie vient de larguer 12 missiles sur ma ville natale de Krementchouk, dans la région de Poltava en Ukraine. Chez moi, à Paris, je me prépare à aller à mon 10e Festival de Cannes. Je me pose beaucoup de questions en ce mois de mai. Je me dis que le plus grand festival du monde tape fort mais complètement à côté.
par La nouvelle voix
Billet de blog
Entretien avec Ava Cahen, déléguée générale de la Semaine de la Critique
La 61e édition de la Semaine de la Critique se déroule au sein du festival de Cannes du 18 au 26 mai 2022. La sélection qui met en avant les premiers et seconds longs métrages, est portée pour la première fois cette année par sa nouvelle déléguée générale Ava Cahen qui défend l'amour du cinéma dans sa diversité, sa réjouissante monstruosité, ses émotions et son humanité.
par Cédric Lépine
Billet de blog
Une fille toute nue
[Rediffusion] Une fois de plus la « culture » serait en danger. Combien de fois dans ma vie j’aurais entendu cette litanie… Et ma foi, entre ceux qui la voient essentielle et ceux qui ne pas, il y a au moins une évidence : ils semblent parler de la même chose… des salles fermées. Les salles où la culture se ferait bien voir...
par Phuse
Billet de blog
Le générique ne prédit pas la fin
Que se passe-t-il lorsque le film prend fin, que les lumières de la salle de cinéma se rallument et qu’après la séance, les spectatrices et spectateurs rentrent chez eux ? Le film est-il vraiment terminé ? Le cinéma vous appartient. Le générique ne prédit pas la fin. Il annonce le début d’une discussion citoyenne nécessaire. Prenez la parole, puisqu’elle est à vous.
par MELANIE SIMON-FRANZA