Espagne. Le juge devenu ministre, son chat et la torture...

Le nouveau ministre de l'Intérieur, juge en exercice, rapportait récemment combien il est ému quand il caresse son chat. Cet homme qui s'émeut avec son chat est le même homme qui, dans son bureau, regarde ailleurs lorsque les personnes arrêtées par la Garde Civile ou les prisonniers basques dénoncent les tortures qu'ils ont subies.

Fernando Grande-Marlaska, juge de son état, au moment de prêter serment en tant que ministre de l'Intérieur devant le Roi (deuxième en partant de la droite) et le président du gouvernement, le socialiste Pedro Sánchez (à droite)

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"Il n'y a pas bien longtemps, lors de la présentation d'un de ses livres, il rapportait combien il est ému quand il caresse son chat. Cet homme qui s'émeut avec son chat est le même homme qui, dans son bureau, regarde ailleurs lorsque les personnes arrêtées par la Garde Civile ou les prisonniers basques dénoncent les tortures qu'ils ont subies. Sur les neuf cas de torture en Espagne dénoncés [devant le Tribunal Européen des Droits Humains], six concernent des procédures instruites par lui". (Joseba Azkarraga, ancien "conseiller" [ministre] de la Justice et du Travail de la Communauté Autonome Basque, il est aujourd'hui le porte-parole de Sare, le réseau citoyen d'appui aux droits des prisonniers, déportés et exilés basques). Lire ici son entrevue (en espagnol).

 

Le parcours, particulièrement controversé, de super juge anti-terroriste, de Grande Marlaska, qui l'a fait reconnaître comme un personnage conservateur, proche du Parti Populaire, est rappelé dans cet article, en espagnol, Torturas, libertad de expresión: la sombra de Estrasburgo persigue a Marlaska (Tortures, liberté d'expression : l'ombre [du tribunal de] Strasbourg poursuit Marlaska)

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A lire sur le sujet, du temps, si proche, du gouvernement Rajoy

Le Tribunal Européen a récemment condamné l'Espagne pour les tortures, oeuvre de membres de la Garde Civile, subies en 2010 par deux militants de l'ETA lors de leur arrestation (lire ici en espagnol).

La sentence du Tribunal Européen inclut l'évocation de ces tortures : l'un des détenus a été amené par un chemin au bord d'une rivière où il reçut des coups de pied, des coups de poing dans le ventre et des coups sous la huitième côte. Les policiers lui mirent ensuite la tête sous l'eau à plusieurs reprises. De retour dans la voiture, ils lui dirent qu'il avait vécu seulement vingt minutes de ce qui l'attendait pendant les cinq jours qu'ils avaient pour faire de lui ce qu'ils voudraient. A la suite de quoi il reçut de nouveaux coups de pied dans les jambes et les côtes et des coups de poing au visage et sur le tronc.

Les policiers placèrent un pistolet sur la tempe de l'autre prisonnier en le menaçant de faire ce qu'ils avaient fait à MZ, Mikel Zabaleta (lire ici) qui avait été assassiné par la Garde Civile en 1985 (crime resté impuni à ce jour). Les violences contre les détenus se poursuivirent pendant tout le trajet vers Madrid et à leur arrivée.

Et aussi

Le Tribunal Européen des Droits Humains rappelle à l'ordre la justice espagnole !  

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