Paroles de socialiste sarkozyen

Après DSK (Il faut politiser l'"affaire DSK" !) penchons-nous, par la grâce d'une actualité éclairante, sur un autre superbe emblème du social-libéralisme français.

 

Jean-Pierre Jouyet est un proche parmi les plus proches de François Hollande (1) au passé mitterrandien puis jospinien et enfin ... sarkozyen (il a été le secrétaire d'Etat chargé des affaires européennes de François Fillon avant de devenir le président de l'AMF, l'Autorité des marchés financiers, poste qu'il occupe toujours). Nous lisons aujourd'hui en titre du Monde "Jean-Pierre Jouyet estime que la dégradation de la France n'est pas inéluctable". La lecture de l'article confirme tout ce que l'on peut attendre d'un tel personnage : aucune critique n'est émise à l'encontre de ces agences de notation qui font la pluie et...le mauvais temps que subissent les peuples.

 

Citation (je souligne) : "M. Jouyet s'est félicité que le jugement de S&P soit "un jugement qui porte sur la zone euro" dans son ensemble, ce qui signifie, selon lui, que l'agence "considère que vous avez une zone fédérale" qui est notée "de manière homogène".

 

Oui, il n'y a pas l'ombre d'un doute, l'évaluation, pourtant menaçante, de S&P prête (pardon pour cette incongruité) à se réjouir selon celui que les humoristes du Monde qualifient de "responsable du gendarme français de la Bourse".

 

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(Photo : jouyet‑sarkozy.jpg)

Mais le réjouissement de notre gendarme boursier reste quelque peu bridé : car, bien que constatant que "les marchés avaient bien accueilli les décisions prises lors du sommet européen de Bruxelles vendredi", grâce au pilotage mené de main de fer par son ex-employeur élyséen et la très progressiste partenaire d'outre-Rhin de celui-ci, il regrette que ledit sommet "[n'ait] pas répondu "à l'ensemble des préoccupations des investisseurs."

"Le traité ne répond pas tout à fait à leurs attentes parce qu'il n'y a pas de mesures qui concernent la relance de la croissance ou la mise en place d'eurobonds ou d'autres éléments qui avaient été souhaités par les marchés", a-t-il déclaré.

Il faut que nous nous y fassions, le socialo(hollandais)sarkozyen a le bonheur tourmenté parce que le TOUT des intérêts des investisseurs n'a pas été pris en compte par ledit sommet. D'aucuns s'empresseront de voir dans cette attitude un "totalitarisme de marché". Nous nous bornerons à souligner, à nouveau, que "la" gauche moderne (2), qu'incarne dans sa pureté cristalline le président de l'AMF, pense "marchés" et "investisseurs" là où le bon peuple a l'intuition que, dans cette décidément insupportable saison de la Nativité, il va être, une fois de plus, le dindon de la farce; austérité accrue et déflation sociale obligent, via la baguette d'une sauvage règle d'or eurocratiquement généralisée ! Toutes choses bienvenues pour le "réaliste" ami, énarque comme lui, de Hollande.

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(Photo : Jean-Pierre‑Jouyet‑Francois‑Hollande_pics_180.jpg)

 

Jouyet pense "investisseurs" quand, de son côté, la médiapartienne Martine Orange pointe, outre le projet antisocial, le problème politique d'une brutale atteinte à la démocratie : "Au nom du sauvetage de l'euro, le directoire franco-allemand s'est assis sur les principes de démocratie et d'égalité entre les pays, sans aucun état d'âme [...]. En quelques semaines, on a vu un gouvernement (grec) privé du droit d'en référer à son peuple, un autre (italien) chassé par l'action conjuguée des marchés, de la BCE et de l'Europe et remplacé par un gouvernement technocratique qui n'a plus de compte à rendre, excepté à Bruxelles et au couple franco-allemand ; enfin, tous les pays de la zone euro et plus largement de l'Europe ont été sommés d'abandonner une part de leur souveraineté et de se conformer à des règles qu'ils n'ont même pas eu le droit de discuter et encore moins d'amender." (3) Ce déficit (un mot tout ce qu'il y a de "jouyetien" pourtant) de démocratie n'effleure pas l'esprit de notre bon socialiste.

 

Pour le cas où on n'aurait pas tout compris, l'article du Monde conclut que "Côté positif, [Jean-Pierre Jouyet] a estimé que les pays de la zone euro avaient bien répondu à la demande des marchés d'une meilleure discipline budgétaire et que la Banque centrale européenne (BCE) les avait rassurés sur le sort des banques avec sa décision de renforcement de la liquidité des établissements financiers."

 

Discipline budgétaire, liquidités renforcées des établissements financiers, marchés rassurés, le langage de "la" gauche parle parfaitement le capital et se soucie comme d'une guigne des misères induites par Merkozy! Hollande peut bien pirouetter sur sa volonté (!) de renégocier l'accord européen dont son ami Jouyet se félicite, mes pensées vont immanquablement vers le titanesque effort que vont devoir faire mes amis du Front de Gauche pour redresser la barre vers ce si désiré "programme partagé" de "toute" la gauche (sans le NPA et quelques autres fieffés allergiques au cambouis sur les mains) : pauvres Pierre Laurent et Jean-Luc Mélenchon (plus torturé sur le sujet, malgré ses imprécations sur le mode faulknérien du "bruit et de la fureur", que son camarade communiste), le chemin s'annonce bien escarpé et pentu qui mène au divorce, nécessaire a priori (quoique...) à leur stratégie de "rassemblement antilibéral", de Hollande et de son technocraticocapitaliste ami !

 

(1) François Hollande et son sulfureux attaché de presse... (Médiapart) et Ces «repentis» qui repassent à gauche Ce dernier article est une reprise d'un papier de Mediapart par le site de la pourtant tout aussi social-libérale Ségolène Royal. Opportunisme carriériste, quand tu les tiens...

(2) Après avoir promu l'austérité mitterrandienne dans le cabinet du ministre de l'industrie, du commerce extérieur et de l'aménagement du territoire de l'époque et contribué jospiniennement à introduire la France dans l'euro, Jean-Pierre Jouyet fut l'un des initiateurs et signataires de l’appel « des Gracques », les blairistes français, en faveur d'une alliance PS-UDF pendant la campagne présidentielle de 2007. Avant de rallier Sarkozy...et enfin de revenir vers le PS, avec l'espoir de devenir secrétaire général de François Hollande à l'Elysée ("un poste qui ne se refuse pas" avoue-t-il) !

(3) Europe: un pacte qui ne résout rien

...........dernière minute ce 13 décembre...............

Sur les retraites, François Hollande fait, sans surprise au demeurant, du Sarkozy : François Hollande confirme qu'il écarte le retour à la retraite à 60 ans (Le Monde) C'est Jouyet qui est content...

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