Montebourg, Vergès... ou Mélenchon en amant transi de l'unité à gauche (autour de lui !)

Parti sur un premier plan com' sec comme un coup de trique, construit autour d'une image de pugnace cogneur politique qui n'épargnait pas les socialistes, Jean-Luc Mélenchon est en train de tout brouiller par un positionnement d'ouverture sur sa droite.

Petit retour en arrière.

Ayant claqué la porte au nez d’un NPA qui prétendait naïvement que l’unité anticapitaliste/antilibérale devait jouer clair sur l’indépendance vis-à-vis du PS, le dirigeant du Parti de Gauche a pris soin, dans un premier temps, de bien cadrer son image de gauche radicale-"ferme ta gueule petite cervelle". Histoire de bien finir de marginaliser ces gamins "sectaires" du NPA. Cela nous a donné le délirant exercice mégalomaniaque "Je suis le bruit et la fureur, le tumulte et le fracas" ! (1)

La phase 2 de l’opération de mise sur orbite de sa candidature s’est cependant avérée autrement plus cahotique puisqu’il a fallu, en contrepartie, céder au PC un chiffre écrasant de candidatures aux législatives et pleurnicher en vain une inclusion du PG dans les listes du PS pour les sénatoriales. (2) Complication supplémentaire, il a fallu faire avec la volonté dudit PC de maintenir une ouverture à droite, vers le PS, à travers son "programme partagé" de toute la gauche. Le NPA ayant momentanément été neutralisé, le danger du grand écart n’était cependant pas trop grand avec les emportements de tribune quasirévolutionnaires contre la finance à qui il faudrait faire rendre gorge (3) !

Mais voilà que depuis quelque temps "le bruit et la fureur" vire à la "sérénade et à la minauderie" sous les fenêtres de la rue de Solférino : nous avions repéré les prémices inquiétantes de ce ramollissement politique lors de la visite à La Réunion (avril dernier) où Jean-Luc Mélenchon n’avait eu de cesse de cajoler un des personnages les plus emblématiques de l’opportunisme politicien dans l’Océan Indien, Paul Vergès. (4) Plus récemment, à la fête de l’Humanité, il a suffi que les cadors du Parti Socialiste, en quête, par ces temps de primaire, de la légitimité de gauche qui leur fait défaut depuis si longtemps, viennent éternuer quelques vagues promesses de régulation de la finance, pour que le Jean-Luc se réjouisse de la convergence naissante avec ses positions. Appliqué à Ségolène Royal ce diagnostic hasardeux avait pu faire sourire et susciter une indulgence inquiète cependant.

Transformée en opération de séduction en direction d'Arnaud Montebourg, le héraut de la démondialisation et de la VIe république, la drague du socialiste virant à gauche a tourné chez Jean-Luc Mélenchon à l' illumination extatique, certes inévitablement pimentée de l'habituelle égolâtrie mégalomaniaque : le miracle d'une irruption dans le PS d'une radicalité toute lui, mélenchonienne, signifiait la puissance de l'onde de choc déclenchée par la vigoureuse campagne des présidentielles du Front de Gauche autour de sa personne. Un des proches de Jean-Luc, Alexis Corbière, tombé de sa monture sur le chemin de Solférino, cria même à tue-tête, le soir des résultats du premier tour de la primaire, "Réjouissons-nous. Le score de Montebourg ce soir est un succès indirect du Front de gauche ! La VIe République, la planification écologique, la bataille pour juguler la finance, en finir avec l'Europe libérale, c'est le Front de Gauche !". (5) Montebourg c'était Mélenchon qui en adressant sa lettre au premier s'écrivait ainsi à lui-même. Le réfléchissement du miroir montebourgien supplantait définitivement la réflexion politique et reléguait aux oubliettes l'obstacle de l'appartenance, réaffirmée indéfectible, du grand Démondialisateur à son parti et son allégeance anticipée au vainqueur de la primaire. Il n'est pire aveugle...Il n'est pire sourd...

 

Le principe de réalité vient de trancher dans le vif : Arnaud Montebourg-la gauche annonce, en trinquant avec lui, son ralliement (personnel !) à François Hollande-la droite. (6) Tout comme a fait sa grande amie Ségolène Royal, la madone "anticapitaliste" de la Fête de l'Huma. Dans le même temps, un malheur n'arrivant jamais seul, le Parti Communiste Réunionnais de Paul Vergès a opéré le même ralliement. (7) Faudra-t-il aller pleurer, bien peu mélenchoniennement, dans le giron de Martine Aubry-la gauche ?-la droite ?-le centre ? ?

 

Le roi républicain du Front de Gauche est nu. Ses groupies échevelées peuvent se rhabiller. L'anticapitalisme reste à construire. Je sais, le temps presse !

 

(1) Vidéo. "Je suis le bruit et la fureur, le tumulte et le fracas"

(2) "Eric Coquerel, chargé des élections au PG, pointe la responsabilité
des socialistes plutôt que celle de leur allié du Front de gauche. "C'était au PS de rassembler toutes les forces de gauche mais on a été exclu de toutes les négociations." (Sénatoriales : l'avenir du groupe communiste en jeu)

(3) un certain relâchement dans le virtuose maniement des ambiguïtés congénitales du Front de Gauche a tout de même jeté récemment une lumière crue sur l'équilibrisme mélenchonien : Jean-Luc Mélenchon dit non à Bayrou pour dire oui au PS !

(4) Mélenchon à La Réunion : une revue de presse à méditer !, Jean-Luc Mélenchon revient sur son séjour à La Réunion, Jean Luc Mélenchon à La Réunion : la pêche aux voix …en eaux troubles ! (NPA de La Réunion)

(5) Sur la primaire socialiste : bravo Arnaud Montebourg ! Et autres commentaires sur différents sujets….

(6) Vidéo. A Ris-Orangis, Hollande et Montebourg trinquent à la victoire

Un texte qui aurait épargné, s'il l'avait lu à temps, la déconvenue du jour à Jean-Luc Mélenchon : Montebourg, l’homme qui ne s’aime toujours pas !

(7) Les jeunes communistes réunionnais veulent François Hollande via Bellaciao : Paul Vergès et son PCR s'apprêtent (ENCORE) à voter à droite en 2012 ?

 

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Illustration : jean‑luc‑melenchon‑le‑21‑novembr

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