Questions sur la monarchie espagnole ou la monarchie espagnole en question?

Heureuse coïncidence des dates, la belle démonstration de force de l'indépendantisme catalan, en ce dimanche 15 avril (entre 750 000 et 350 000 manifestant-es), dans son unité prodémocratie et liberté avec les deux grands syndicats ouvriers, Commissions Ouvrières et UGT, a lieu 87 ans après (à un jour près) la proclamation de cette IIe République qui fut assassinée en 1936-1939.

Heureuse coïncidence des dates, la belle démonstration de force de l'indépendantisme catalan, en ce dimanche 15 avril (entre 750 000 et 350 000 manifestant-es), dans son unité prodémocratie et liberté avec les deux grands syndicats ouvriers, Commissions Ouvrières et UGT, a lieu 87 ans après (à un jour près) la proclamation de cette IIe République qui fut assassinée en 1936-1939.  Pour ceux et celles à qui cela aurait échappé, l'indépendance catalane, proclamée en octobre dernier et réprimée par le régime monarchique, signait l'avènement de la République, première de ce nom depuis 1939 ! 

C'est l'occasion de faire le point sur la monarchie qui, on ne le dira jamais assez, a été le passage obligé pour sortir du franquisme (par la force des choses d'une démocratie faisant la concession au chantage putschiste des franquistes de reconduire la décision du dictateur de faire de Juan Carlos son successeur).

Après l'abdication, en 2014, dudit Juan Carlos, déchu, effet différé de l'onde de choc indignée, d'une aura largement usurpée, le successeur, son fils, Felipe VI, pâtissait d'une faible reconnaissance sondagière : un piteux 4,34 sur 10. Résultat : depuis lors (exactement depuis avril 2015) plus aucun sondage du CIS (Centre de Recherches Sociologiques dépendant du Ministère de la Présidence espagnole) n'a cherché à mesurer la popularité du monarque. C'est donc le CIS catalan (ben oui), le CEO (Centre d'Etudes d'Opinions) qui s'est attelé à la tâche pour l'aire catalane : son sondage de février fait apparaître que 60% des Catalan-es infligent la note zéro, oui, zéro, à la monarchie espagnole.

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L'occasion de parler de ceci qui a probablement quelque chose à voir avec ce que nous venons de dire : le groupe parlementaire Unidos Podemos a eu le mauvais goût d'interpeller le gouvernement sur la fortune de la Maison royale le jour où Felipe VI et la Reine dinaient avec le prince héritier saoudien pour sceller la signature d'un contrat d'armement avec l'Espagne (dont on sait ce qu'il signifiera sur le terrain moyen-oriental, et particulièrement sur un Yemen où l'Etat saoudien, un Etat indiscutablement... terroriste, tiens donc, à l'intérieur comme à l'extérieur, est accusé de crimes contre l'humanité).

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Fortune royale donc : ces député-es ont osé revenir sur la répartition de ses avoirs, déposés en Suisse, que le père de Juan Carlos fit à ses trois enfants, celui-ci, Margarita et Pilar. Soit un total de 728 millions de pesetas placées sur trois comptes de ce paradis fiscal européen. Dernièrement il a, par ailleurs, été mis en évidence que l'infante Pilar figurait sur la liste des fraudeurs fiscaux des Panama Papers. Et on n'oubliera pas, pour couronner (!) le tout, que le beau-frère du Roi a été condamné pour détournements de fonds et pourrait bien se retrouver dans les prochains jours en prison, comme bouc émissaire parfait (c'est un roturier !), pour exonérer de toute implication dans l'affaire, sa royale épouse, l'infante Cristina, pourtant clairement identifiée, documents à l'appui, partie prenante du délit ! Utile rappel sur ce milieu (sic) dont le "chef" (Parrain ?) est venu faire la leçon télévisée aux indépendantistes catalans sur démocratie et respect de la loi.

Ceci étant dit, terminons sur l'une des questions parlementaires qui ont été adressées au gouvernement par Unidos Podemos : Le gouvernement peut-il affirmer qu'aucun membre de la Maison Royale ne possède aucun actif financier à l'étranger et, concrètement, dans aucun des paradis fiscaux connus ? Le fait est que le PP, le PSOE (1) et Ciudadanos, n'ont jamais permis qu'une démarche parlementaire de ce type, interrogeant la fortune royale, soit jugée recevable. Lire sur ce sujet en espagnol Felipe VI ¿esconde cuentas en Suiza? (Felipe VI cache-t-il des comptes en Suisse ?).

(1) Le PSOE a, par ailleurs, on ne le sait que trop, appuyé la destitution du Président et du Gouvernement catalan et la dissolution du Parlement catalan mais Pablo Iglesias et la direction de Podemos le voient toujours incontournable pour gouverner ensemble l'Espagne (lire ici et ici). Contradiction, dites-vous ? 

Etonnons-nous que le slogan le plus en vogue en ce moment, qui vaut au rappeur Valtonyc une condamnation à 3 ans et demi de prison*, soit "Borbones ladrones", autrement dit, sans la rime de l'espagnol, "Bourbons voleurs" ...

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*Condamnation prononcée par la Audiencia Nacional et entérinée par le Tribunal Suprême, soit les deux tribunaux qui font la chasse aux indépendantistes catalans ! A l'évidence l'unité de tous les peuples d'Espagne devrait pouvoir se faire contre l'ennemi commun : un régime, exponentiellement corrompu, des élites économiques, financières et politiques interpénétrées, qui tient de plus en plus par le seul usage d'une répression judiciaire et policière toujours plus arbitraire et violente ! En ce sens la présence des Commissions Ouvrières et de l'UGT à la manifestation de Barcelone pourrait préfigurer cette rencontre plus que jamais nécessaire des revendications nationales et sociales contre le régime, initiée lors de la grève générale catalane du 3 octobre dernier (Catalogne. Retour sur une grève générale comme on n'en a pas connu depuis longtemps ! ). Sans qu'il y ait encore de suites. Sauf cette convergence de ce dimanche à Barcelone...Donc à suivre aux pleins sens du terme !

A lire sur la monarchie :

Document. La Monarchie espagnole incluse en fraude dans le vote de la Constitution...

Lecture critique de la Constitution espagnole à la lumière de la Catalogne

 

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