Podemos, les Andalous sur le départ ?

Pris au piège de son électoralisme, ce grand désactivateur systémique des oppositions les plus autoproclamées radicales, Podemos, affaibli par une grave crise interne, après avoir connu un échec spectaculaire aux trois élections d'avant l'été, voit se profiler le départ de sa fédération andalouse, l'une de ses pièces maîtresses organisationnelles.

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Podemos Andalousie prépare sa rupture définitive avec Pablo Iglesias (Antena3.com)

Sur la photo Teresa Rodríguez, la secrétaire de Podemos Andalousie.

Parmi les crises successives qu'a connues récemment le parti violet, dont la scission de Errejón fut la plus spectaculaire, celle impliquant l'Andalousie semblait s'être atténuée. Il se pourrait bien qu'il n'en soit rien et que le feu ait couvé jusqu'à provoquer un incendie imminent. Plusieurs médias espagnols bruissent en effet de l'annonce prochaine d'une rupture en règle du parti andalou vis-à-vis du groupe confédéral. Lors de l'élection de l'autonomie andalouse en décembre dernier, les podémites locaux, emmenés par les anticapitalistes Teresa Rodríguez, secrétaire autonomique, et Kichi, le maire de Cadix (réélu récemment en frisant la majorité absolue dans un contexte de difficultés, voire de débâcle, des "mairies du changement") avaient engagé un bras de fer avec Iglesias qu'ils avaient gagné : prémonitoire de ce qui semble se profiler aujourd'hui, était leur volonté, contestée, en vain, par l'appareil central de Podemos, de se présenter à ces élections sous un nom propre, "Adelante Andalucía" (En avant Andalousie), en coalition avec Izquierda Unida (Front de Gauche espagnol) et des partis andalousistes. Si les résultats, dans un contexte d'émergence des néofranquistes de Vox, déçurent les attentes, ils ne souffrent pas de la comparaison avec ceux obtenus, par la suite, au niveau de tout l'Etat espagnol, par Podemos et les convergences locales.

La déroute de Podemos à ces dernières élections (législatives, européennes et autonomiques, l'Andalousie ayant donc déjà voté) et l'accentuation de son choix, désormais en position des plus subalternes, de faire coalition gouvernementale avec le PSOE, choix que les andalous refusent, accélèrent peut-être la rupture. Un parti proprement andalou élargi à diverses composantes locales pourrait donc voir le jour avec le défi d'avoir à combiner les postulats anticapitalistes de ce qui serait l'ex Podemos Andalousie et celle des nouveaux partenaires dont les andalousistes déjà associés lors de l'élection autonomique. Mais c'est du côté de Izquierda Unida, l'autre poids lourd politique, avec Podemos, dans Adelante Andalucía, que les regards devraient se tourner : franchira-t-elle aussi le pas du nouveau parti au risque de la rupture avec une IU centrale qui, menaçant certes de lâcher Iglesias pour son "sectarisme" dans ses négociations à Madrid avec le PSOE, ne s'en déclare pas moins prête à soutenir de l'extérieur un gouvernement socialiste ? (1) Donc à l'opposé de ce que défendrait le nouveau parti andalou...  Bonjour l'imbroglio ? Le chemin de cette possible recomposition politique ne s'annonce pas des plus simples mais pourrait être conçu incontournable au vu du cours iglésiste de subordination au PSOE considéré par la direction andalouse de Podemos comme suicidaire. A suivre...

(1) Position d'IU qui paraît être celle que défendent les anticapitalistes de Podemos au niveau de l'Etat espagnol à la nuance près que ceux-ci posent ce qu'ils considèrent des conditions strictes pour un accord d'investiture de Pedro Sánchez, et non un accord programmatique d'appui à un gouvernement du PSOE, incluant, entre autres, l'abrogation pure et simple de la loi travail sur laquelle IU comme Podemos transigeraient en échange des quelques aménagements de cette loi que le PSOE pourrait (le conditionnel est de mise) être disposé à accepter. Lire Anticapitalistas se suma a IU y pide a Podemos que cierre un acuerdo programático para investir a Sánchez Beaucoup de conditionnels pour une situation politique qui, y compris en Andalousie, repose sur des non-dits en attente d'explicitations. Prudence donc mais sans faire l'économie d'un certain nombre de repérages et d'hypothèses nécessaires à la compréhension de ce qui vient.

Article source

https://www.antena3.com/noticias/espana/podemos-andalucia-prepara-ruptura-definitiva-pablo-iglesias_201908155d5544c10cf23ac3a6db2770.html

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Billet modifié le 16 août à 9h54.

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