Justice espagnole : "l'anomalie" qui n'en finit pas...

Le coup de maître, pour le PP : la nomination à la tête de la Justice espagnole d'un des magistrats les plus conservateurs qui..."contrôlera, depuis les coulisses" le tribunal prenant en charge (à charge !) le procès des détenus indépendantistes catalans mais aussi celui qui instruira (à décharge !) les procès pour corruption des dirigeants du PP.

J'ai posté hier sur mon blog ceci : L'anomalie judiciaire espagnole en Europe

Il se trouve aujourd'hui un personnage politique de première importance pour faire apparaître que ce que je rapportais est trop en dessous de la réalité. Il s'appelle Ignacio Cosidó, voyez, ci-dessous, comme il porte beau-sûr de lui au Sénat où il porte aussi la parole de la droite, je veux dire du Parti Populaire (PP), ce parti conservateur-libéral tombé du pouvoir pour corruption et se rattrapant aux cordes en chassant sur les terres franquistes de Vox. Mais ne nous égarons pas (quoique...). Ignacio Cosidó, donc...

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Tout à l'arrogance caractéristique de la caste politique, sociale et judiciaire qui s'estime, contre vents et marées, seule habilitée à diriger le pays , il n'a pas hésité à parler cru et dru sur un forum de sénateurs du PP sur WhatsApp (ne l'oublions pas, le PP jouit de la majorité absolue à la Chambre Haute). Se félicitant de la répartition, conclue par son parti avec les socialistes du PSOE, des nominations au Conseil Général du Pouvoir Judiciaire (CGPJ) qui était évoquée dans mon billet d'hier, il a mis l'accent sur l'importance que le Président dudit Conseil, mais aussi de la Cour Suprême, mis en place, dans la foulée, aussi avec le PSOE, soit une figure parmi les plus conservatrices chez les magistrats. Pour tout le monde qui connaît le milieu, il est "l'homme du PP" dans l'appareil judiciaire et, dans ses nouvelles fonctions, notre bon sénateur a assuré qu'il a toute l'autorité requise pour obtenir l'unanimité... sur ses positions.

Mais le coup de maître (c'est le mot employé : "la jugada estupenda"), s'est réjoui notre bon sénateur, c'est qu'au poste qu'il occupera, il "contrôlera, depuis les coulisses", d'une part, la Section Deux (Sala Segunda) de la Cour Suprême, celle qui prendra en charge (à charge !) le procès des détenus indépendantistes catalans mais aussi celle qui instruira (gageons que désormais à décharge !) les procès pour corruption des dirigeants du PP, et, d'autre part, la Section Spéciale qui s'occupe de l'interdiction et de la dissolution des partis politiques conformément à la loi scélérate dite Loi des partis (celle qui a valu 6 ans et demi de prison au dirigeant indépendantiste basque, Arnaldo Otegi, dont la Cour Européenne de Justice vient de dénoncer qu'il n'ait pas eu droit à un procès "juste et impartial").

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Le juge Manuel Marchena, le nouvel homme fort de la Justice espagnole

Inutile de dire que le tollé, suite à ces propos, a été immédiat : vendre la mèche de façon aussi irresponsable est évidemment inacceptable par les temps mauvais contre le régime qui courent ... Les appels à la démission de l'histrion se sont multipliés malgré son rétropédalage penaud et la présentation de ses plus sincères excuses pour avoir trop parlé. Même l'anticatalaniste extrêmedroitisé Ciudadanos y est allé de son coup de gueule : "On dirait un film de mafieux en train de se partager à trois (le troisième larron est Podemos qui a tenté de placer, en vain, l'un (l'une) des siens dans les marchandages de postes) le CGPJ". L'occasion était trop belle pour le "Podemos de droite (extrême)" de la jouer vertu outragée contre le sempiternel donneur de leçons morales Pablo Iglesias...

C'est d'ailleurs l'un des points qui, au vu de ce qui précède, devraient appeler (réamorcer) notre réflexion : en s'arrimant politiquement/électoralistement au PSOE, certes, suivant les moments, en tension, Podemos n'en finit pas de cautionner de fait, ses paroles critiques (mais pas trop) restant des paroles, tout ce que les socialistes espagnols ont en charge historique de sauver d'un régime dont foncièrement ils restent l'un des désormais trois piliers (avec Ciudadanos). La preuve par leurs manoeuvres, évoquées ici, dans les instances judiciaires comme par leur opposition systématique, aux côtés encore du PP mais, cette fois, de Ciudadanos aussi, à la création d'une commission parlementaire d'enquête (demandée, entre autres ..., là aussi en vain mais ça ne fait rien, par Podemos !) sur les affaires de corruption impliquant la famille royale. Sans oublier leur participation active à la répression de l'indépendantisme catalan...

En filigrane est inlassablement posée la question, sans esquisse de solution à ce jour, d'une alternative de gauche, mais pour de bon (qui ne renonce pas à prendre d'assaut le ciel !), à un régime dont la crise structurelle lui devient une seconde nature et lui assure une survie. Par défaut... Mais avec le syndrome Bolsonaro, parti de rien, qui trotte dans la tête des dirigeants du minuscule parti fasciste Vox dont les sondages prédisent l'entrée au Congrès des députés ! Et dont les militants se démènent de plus en plus, rejoints par la Phalange, canal franquiste historique, pour occuper la rue, avec recours, plus qu'une fois, à la violence  ...

 

Pour en savoir plus lire l'article, en espagnol, Cosidó presume ante el PP de situar a un presidente del Supremo que controlará "desde atrás" la sala del procés

 

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