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Billet de blog 22 août 2013

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Ohé ! Mediapart, peut-on faire coexister Pour les musulmans d'E Plenel en Une avec Je suis islamophobe de Rimbus dans le Club ?

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Le Club de Mediapart a cru bon d'inclure quelque temps sur sa page un texte sobrement intitulé Oui, je suis islamophobe

Dessin illustrant le texte de Rimbus détourné par mes soins...

Dans la discussion qui s'en est suivie nous avons été un grand nombre à critiquer [on trouvera en fin de page quelques uns de mes commentaires de ce texte postés sur la page de Rimbus] et le texte et ce qui nous a paru le plus grave : qu'à Mediapart on mette en exergue un document faisant l'éloge de la phobie, oui, la phobie, de l'islam ! La question a été posée : Mediapart osera-t-il faire "monter" prochainement dans son Club un texte titrant Oui, je suis judéophobe obéissant au même profil "argumentatif" que le texte islamophobe dont chacun est invité à se faire une idée.

Pour aider à penser cet "Objet Promouvant une Politique Phobique" (OPPP) dont actuellement les musulmans sont la cible, spécialement les musulmanes, je vous propose la lecture de ce texte d'Alain Gresh sur la notion d'islamophobie et la légitimité d'en user en direction de ceux qui déclarent fièrement, avec le coup de pouce du Club de Mediapart, en être !

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À propos de l’islamophobie

Plaidoyer en faveur d’un concept controversé

par Alain Gresh
22 août 2013

Très logiquement, alors qu’il appelle, par exemple, à s’interroger sur la compatibilité entre l’islam et la démocratie, Manuel Valls refuse l’utilisation du mot "islamophobie". Contribuant d’un côté à attiser la suspicion à l’égard des musulmans, il leur dénie de l’autre l’un des instruments essentiels pour lutter contre la stigmatisation qu’ils subissent : le mot pour la désigner. Au-delà des intentions douteuses du Ministère de l’Intérieur, qui s’inspire d’ailleurs directement des arguments fantaisistes de Caroline Fourest, l’utilisation du mot islamophobie a suscité un débat légitime, qui mérite approfondissement. Le terme est-il le mieux à même de rendre compte de certains phénomènes que nous connaissons en France, et plus largement dans le monde occidental ? Alain Gresh propose ici quelques éléments de réponse.

Une remarque sémantique préalable. " Phobie " vient du mot grec " phobos " qui signifie fuite (due à la panique), d’où un effroi, une peur intense et irraisonnée. C’est ce caractère " irraisonné " que met en avant le terme " islamophobie ", et non une critique rationnelle.

Premier argument contre son emploi : il reviendrait à interdire toute critique de l’islam comme religion. Pourtant, quand la presse ou des intellectuels dénoncent la " judéophobie ", personne ne pense qu’il s’agit ainsi d’un refus de la critique de la religion juive ; en revanche, pour certains, il définit mieux que l’antisémitisme certaines formes nouvelles de haine des juifs. S’il est vrai que certaines musulmans peuvent brandir l’islamophobie pour bannir toute critique de l’islam, cela ne doit pas nous décourager : la judéophobie ou l’antisémitisme est aussi utilisé par certains pour interdire toute critique de la politique israélienne. Faut-il bannir l’usage de ces mots pour autant ?

Chacun a le droit, en France, de critiquer les religions. Le blasphème est même autorisé. Durant ces derniers mois, on a vu fleurir les références à Voltaire et il est vrai qu’il fait partie de l’héritage culturel française. Mais quand il s’attaquait à l’Eglise catholique, il prenait des risques sérieux en s’en prenant à une puissance temporelle et spirituelle omniprésente ; dénoncer l’islam dans notre société ne comporte pas de danger, si ce n’est de s’acquérir une notoriété facile. Nombre de ceux qui se réfèrent à Voltaire ne semblent en avoir gardé qu’un souvenir assez vague. S’il a publié une pièce, assez mauvaise - le théâtre ne fut pas son point fort -, dénonçant Mahomet, il a aussi écrit , en 1770 :

L'intégralité du texte sur le site Les Mots sont importants

Quelques uns de mes commentaires de Je suis islamophobe

Vu votre conception des choses pseudodémocratique (vous avez commis la plus belle des perles mise à disposition du premier totalitaire félé qui passe par là : "La démocratie n'est d'ailleurs qu'un outil, pas un but en soi.") et pseudolaïque (deuxième aberration majuscule "Cet outil qu'est la démocratie n'a de sens que si les esprits qui l'utilisent sont libérés de l'obscurantisme. "), cette jeune femme [Amina Sboui] vous renvoie que vous êtes un simpliste à qui on peut adresser aussi ce qu'elle a écrit sur sa poitrine ! Vous vous exprimez en effet en miroir des islamistes que vous critiquez !

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Contre mes habitudes de laisser tranquille ce "décideur", je viens ici féliciter la "gestionnaire" du Club d'avoir inclus un texte aussi "incroyable" que celui de Rimbus dans la page dudit Club. Mon ironie n'en sera pas une si cette publication a pour but de donner à voir ce qu'il y a de plus caricatural (après Passifou, soyons honnête) parmi ceux qui se payent le luxe de diaboliser des religions au nom d'une exaltation niaise de l'esprit des Lumières et de la Science. Comme si l'un et l'autre nous avaient prémunis des catastrophes qu'ont été le nazisme ou le stalinisme, sans parler du colonialisme bien de chez nous, dans lesquels se sont fourvoyés des esprits voltairiens et/ou scientifiques. Est-il nécessaire de faire un dessin ?

La formule finale de Rimbus est d'une cruauté sans nom pour lui : le contraste entre ce qu'écrit Plenel et "ça" méritait bien la promotion dans le Club. Encore félicitations...

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La question qui se pose est celle-ci : se décréter islamophobe en sachant que, de plus en plus de gens ciblent (c'est le mot) les musulmans parce qu'ils sont musulmans, qu'ils réduisent ceux-ci à l'un, à une essence, que, comme dans ce vilain texte de Rimbus, on fait de LA science un fétiche à jeter à la figure des croyants présentés comme arriérés, qu'ainsi on crée le déséquilibre entre les intelligents illuminés par les Lumières et les...comment dire, pas sous-êtres, pas sous-hommes (coucou Georges Frêche !), ah oui, les "esprits faibles, craintifs et stupidement égoïstes" comme écrit le délicieux Rimbus, donc se décréter ainsi islamophobe n'autorise-t-il pas à lui adresser la critique que ces façons de procéder, ces façons dénigrantes, voire méprisantes, de voir l'Autre s'inscrivent dans des précédents, une histoire funeste où certains se prétendaient plus intelligents que les autres ? Godwin (1) dans l'affaire il ne dit qu'une chose : est-ce pertinent de rapporter cette charge contre l'islam sous le label d'une phobie (amie de la Raison ?), quant on sait que le seul fait de se déclarer politiquement, culturellement ou idéologiquement phobique c'est faire le lien avec des phobiques, déclarés comme tels, du passé?

Alors stop au point Godwin-un point c'est tout, oui au point Godwin-je me justifie-j'argumente...

Une dernière chose pour essayer d'y voir clair : viendrait-il à l'idée de quelqu'un, ici sur le fil de Mediapart, tout persuadé que le judaïsme, comme toute religion, est susceptible de devenir objet de critiques, de titrer "Je suis judéophobe" ? Et un texte ainsi titré et adoptant le même type de raisonnement que celui de Rimbus, aurait-il l'honneur d'être relevé dans la page du club ?

(1) Trois mentions du point Godwin en 12 lignes [dans la réponse que me fait Rimbus], il y a visiblement anguille sous roche : ce "point" est décidément devenu le bouclier de ceux qui veulent faire l'impasse sur l'histoire, particulièrement sur cette monstruosité que fut le nazisme. Ce sont ceux qui, de plus en plus, se lâchent parfois sur les juifs et surtout maintenant sur les arabes et/ou les musulmans, qui adorent chercher protection sous le point en question. On n'est pas loin des trafiquants de l'histoire au service des causes les plus inacceptables du jour, ici l'islamophobie et le racisme qu'elle trimballe en sous-main ! Alors nos adorateurs du point Godwin, il va falloir qu'ils se mettent à le penser au lieu de l'invoquer, au lieu d'en faire un hochet cherchant à abuser le chaland. Pour les aider on les renverra à ces quelques lignes :

"Bien que tomber sous le coup de la loi de Godwin soit censé faire perdre de sa crédibilité à la personne qui effectue la comparaison, la loi de Godwin elle-même peut être utilisée de façon abusive comme une source de confusion, une diversion ou même une forme de censure, considérant à tort et de façon fallacieuse l'argument de l'adversaire comme une hyperbole (en l'affublant alors du fameux point Godwin) alors même que la comparaison proposée dans cet argument est en fait appropriée" (voir ici)

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On pourra lire sur mon blog ces textes portant sur le sujet

Ciblage des musulmans...« Oui mais quand même, la religion, c’est mal »

L’islamophobie à la française – Entretien avec Christine Delphy, seconde partie

Mauvaise nouvelle pour les islamophobes...? Bonne nouvelle pour les droits des femmes contre l'obscurantisme islamiste !

Femmes suédoises (féministes comprises) solidaires par le hijab avec une femme voilée agressée

"Les femmes occidentales" supplient "les femmes voilées" : refusez soumissions et aliénations, libérez l'écart de vos cuisses !

 A lire aussi

22 août 2013 : Cognac. La mosquée visée par des tags islamophobes

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