Podemos : la crise s'accentue...

Pour Ramón Espinar, un iglésiste de la première heure, "lorsque l'on n'a pas de la marge pour diriger et que l'on ne partage pas la direction que prennent les choses, il n'y a qu'une chose à faire, partir". Sinistre aveu d'échec d'un parti qui promettait tant...

La nouvelle est tombée il y a une heure : le dirigeant de Podemos Madrid abandonne la politique et démissionne de la direction locale du parti ainsi que de ses mandats de sénateur et de député régional. L'onde de choc, depuis l'épicentre du principal foyer de crise qu'est devenu Madrid, se poursuit et s'accroît. Je rappelle que les tensions perceptibles en interne dans tout le territoire ont acquis subitement une ampleur nationale avec la décision prise, la semaine dernière, par celui qui avait longtemps été le numéro 2 du parti, Íñigo Errejón, de transformer sa candidature partidaire à la présidence de l'Autonomie de Madrid en candidature d'unité sous l'égide de la maire "convergences municipales" de Madrid, Manuela Carmena, elle-même candidate pour un second mandat à la tête de la capitale et, par ailleurs, en conflit ouvert avec Pablo Iglesias.

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Ce qui frappe les esprits avec la démission de ce jour, c'est qu'elle concerne l'un des membres les plus représentatifs du courant iglésiste : dans l'exposé, assez sommaire dans l'immédiat, des motifs expliquant sa décision, Ramón Espinar, tout opposé qu'il a dit être à la "sortie" brutale de Iñigo Errejón, indique que "lorsque l'on n'a pas de la marge pour diriger et que l'on ne partage pas la direction que prennent les choses, il n'y a qu'une chose à faire, partir". Si les mots ont un sens, ce défaut de marge déploré est une pierre dans le jardin de Pablo Iglesisas dont il faut rappeler qu'il assignait à la direction de Madrid, donc, en premier lieu à Ramón Espinar, la mission de faire pièce au coup de Trafalgar opéré par le candidat président pour Madrid, considéré comme s'étant mis de lui-même, comme l'on dit, hors du parti. Et, comme c'est dans les habitudes chez celui qui assume de plus en plus qu'il est le chef de Podemos, l'ordre de mission adressé à ses proches de Madrid était balisé clairement : mettre en place une candidature à opposer au trublion. Nous tenons là probablement ce qui reste implicite dans la déclaration de Ramón Espinar : l'impression que cette riposte n'est pas la plus appropriée pour arrêter ce qui s'avère être un incendie en voie de propagation ... que sa démission risque, au demeurant, de décupler.

Le cours autoritaire de Pablo Iglesias constitue l'envers de la médaille de ses reniements proprement politiques qui satellisent Podemos à un PSOE qui, lui, est resté ce qu'il est, un pilier du régime. Les résultats électoraux si décisifs pour un message aussi électoraliste que celui adopté par la direction iglésiste n'étant pas au rendez-vous, les sondages n'étant pas bons, les divisions internes se multipliant avec de larges répercussions médiatiques, le tout fait douter que la voie prise soit bien, comme le claironne Pablo Iglesias, connectée au réel, en premier lieu aux besoins de la population et qu'elle augure, par là, de futurs succès ! A l'heure où la droite et l'extrême droite se refont une santé au détriment d'une gauche mariant la carpe de l'institutionnalisme pro-régime (le PSOE) avec un institutionnalisme, dépourvu de rapport de force, prétendant retourner celui-ci contre lui-même (le Podemos recentré), l'appareil se craquèle alors que les électeurs se défilent (voir l'élection andalouse) et que les cercles de base se délitent.

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Errejón, Iglesias, Espinar. Les trois protagonistes de la crise madrilène, du temps où tout leur souriait.

Il n'y a pas lieu de se réjouir de cette débandade politique : il faut comprendre d'abord, comprendre que ce qui arrive à Podemos participe hélas d'un processus plus général en Europe où les gauches alternatives prétendant éviter électoralement l'écueil de la marginalisation qui guette les radicalités, se retrouvent à leur tour guettées par la même menace. Le leurre institutionnaliste qui voit, en Espagne, un parti, initialement porté par le grand mouvement de contestation indignée de 2011, devenir un parti du système comme les autres, est à l'oeuvre hors d'Espagne par le ratage qu'il sous-tend : celui d'une articulation avec les contestations proprement sociales dont on décide qu'elles ne sont pas (ou plus) le fil à plomb, le centre de gravité du politique. Avec à la clé le deuil de l'espoir que l'on oeuvre à changer un monde détestable pour la majorité des populations. A méditer alors que nous avons la chance d'avoir ... en marche un mouvement social inédit à gilet jaune ! Lequel mouvement, quoi que disent les prétentieux de la gauche-qui-sait-tout, en remontrent sur l'erreur qu'il y aurait à s'en remettre à des sauveurs suprêmes par la voie des urnes, y compris quand ils portent un gilet jaune qu'ils retournent comme d'autres retournent leur veste !

Ce qui vient de se passer aujourd'hui ne m'amène, loin de là, à rien changer de ce que j'ai récemment écrit sur mon blog : Podemos : crise ouverte... Fin de cycle ?

A lire en espagnol Ramón Espinar abandona la política: dimite como líder de Podemos Madrid, como senador y como diputado regional

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