Catalunya. Référendum interdit, la résistance s'organise dans la rue et les quartiers

Des camions de pompiers, des tracteurs et des dizaines d’assemblées de quartiers, voilà les outils du mouvement national catalan pour garantir la tenue du référendum ce dimanche 1er octobre. L’appel à protéger la possibilité de voter se répand et divers secteurs de la population s’engagent aujourd’hui à protéger le référendum.

30 septembre : Dernières infos de Catalunya

Dernière minute (29 09 à 19h) : des tracteurs sont en mouvement vers les villes (Barcelone, Tarragone..) pour apporter l'appui des paysans au référendum. Ils sont déjà dans Barcelone. Par ailleurs un sondage indique que 2 Catalans sur 3 iront voter dimanche. La participation devrait se situer entre 63 et 65%. Le 17 septembre ils étaient 53% à annoncer qu'ils voteraient. Les indécis sont passés de 16% à 9%. Ils sont seulement 18% à approuver l'action du gouvernement contre plus de 74% qui trouvent autoritaire cette action. 70% imputent à Rajoy la responsabilité directe de ce qui se passe.

Un sondeo de GAPS prevé una participación del 63%

Los tractores entran en Barcelona para defender el referéndum: "Votaremos"

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Je vous propose ci-dessous la traduction d'un article, daté d'hier, du site espagnol d'information eldiario.es.

Précision : je ne traduis pas le mot espagnol "soberanismo" par souverainisme qui n'a pas le même sens. Le premier n'est pas connoté, loin s'en faut, comme en français, parfois de droite extrême, plus souvent d'extrême droite. Il désigne, dans le pays voisin, des partis ou associations d'une droite démocratique conservatrice-libérale ou de gauche ou encore d'extrême gauche. Aucun d'eux ne peut relever, sans plus de précision, de la dénomination "souverainisme". Nous recourons donc ici à l'expression "mouvement national catalan".

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Des pompiers, des tracteurs et des comités de quartiers, voilà comment s'organise le mouvement en faveur de la souveraineté de la Catalogne à travers le référendum du 1er octobre.

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Des camions de pompiers, des tracteurs et des dizaines d’assemblées de quartiers, voilà les outils du mouvement national catalan pour garantir la tenue du référendum ce dimanche 1er octobre. L’appel à protéger la possibilité de voter se répand et divers secteurs de la population s’engagent aujourd’hui à protéger le référendum : leurs membres sont toujours plus nombreux depuis que le Ministère Public [représentant le gouvernement de Madrid] a ordonné ce mardi que les Mossos [la police autonome catalane] mettent sous scellés les collèges électoraux et que soit ainsi interdite la consultation du 1er octobre.

Les corps de pompiers sont les derniers à avoir déclaré proposer les services de leurs membres pour que soit préservée cette consultation, les dockers avaient en effet déjà déclaré, la semaine dernière leur refus de prendre en charge les bateaux affrétés par le Ministère de l’Intérieur pour le transport de la police. Par ailleurs les Comités de Défense du Référendum (CDR), pour certains en coordination avec les partis et les mouvements indépendantistes, se réunissent depuis plusieurs jours afin de définir une stratégie pour le 1er octobre.

L‘association des Pompiers de Barcelone a annoncé ce mardi qu’elle proposait à l’ANC [Assemblée Nationale de Catalogne, l'une des deux associations, avec Òmnium Cultural, menant campagne, à grande échelle, en faveur de l'indépendance de la Catalogne] de mettre en place,devant les collèges électoraux, un « cordon de sécurité afin de garantir la tenue pacifique des votes ». C’est ce même jour que le Ministère Public publiait l’ordre définitif adressé aux Mossos d’empêcher le référendum qui a amené la police catalane à avertir que la mise sous scellés des centres de votes pourrait entraîner des problèmes d’ordre public.

Devant les risques de sanctions prononcées par l’Etat, les pompiers de Barcelone organisent une caisse de résistance. Ce n’est pas le seul corps de pompiers à exprimer sa volonté de collaborer avec les citoyens pour qu’ait lieu le référendum : c’est le cas, parmi d’autres, des Pompiers de la Catalogne Centrale.

L’annonce faite par le corps de Barcelone coïncide avec la constitution de l’Association pour la Démocratie (littéralement la Table pour la Démocratie), un espace de dialogue entre plusieurs syndicats et groupes pour protéger les institutions catalanes et les droits civils. Sont membres de cette association les syndicats Commissions Ouvrières, Union Générale des Travailleurs [les deux principaux syndicats de salarié-es au niveau de l’Etat espagnol], les associations de quartiers (CONFAVC) ou encore l’Union des Paysans.

Cette dernière, qui est le syndicat majoritaire des agriculteurs de Catalogne, a annoncé une "mobilisation des tracteurs" pour ce vendredi, semblable à celles qui se sont déjà produites, samedi dernier, à Lérida et à Vic. D’après des informations de la coordination mise en place, ces actions des tracteurs ne se prolongeront pas, pour le moment, au-delà du week end.

D’autres sources du secteur en question confirment que des « contacts informels » ont déjà été pris parmi les travailleurs de la terre pour mettre à disposition leurs tracteurs de sorte que, le 1er octobre, ils fassent office de barrage pour empêcher le passage des policiers. C’est ce qu’a annoncé l’Assemblée des Paysans – un collectif d’agriculteurs auto-organisé – en indiquant que les tracteurs pourraient, dès la veille du scrutin, veiller sur les urnes.

Des appels à défendre les centres électoraux ont également émané, ce mercredi, de secteurs de l’éducation. Des syndicats comme l’USTEC ou l’UGT, des associations de parents d’élèves, des mouvements de rénovation pédagogique, des loisirs éducatifs ou d’UNESCO de Catalogne ont appelé les citoyens à participer à l’ouverture des collèges électoraux le 1er octobre. Avec le slogan « Viens ouvrir ton école », ces organisations ont lancé le site escolesobertes.eu pour que la communauté éducative et des quartiers se répartisse les tâches pour garantir que dimanche tous les centres de vote puissent ouvrir.

Défendre les urnes, défendre les quartiers

Alors que les pompiers ou les secteurs paysans disposent d’effectifs à fort impact direct pour protéger les espaces électoraux, la grande mobilisation en faveur du 1er octobre est en train de gagner aussi le commun des gens. Cela fait plusieurs jours que les Comités de Défense du Référendum, appelés à se mobiliser par des partis indépendantistes comme la CUP [Comités d'Unité Populaire, anticapitalistes indépendantistes ayant représentation au Parlement catalan et parmi les plus actifs en faveur du référendum] et des associations comme ANC et Òmnium, ont commencé à tenir des assemblées dans les quartiers catalans.

Les quartiers de Barcelone Vallcarca, Nou Barris, la Barceloneta ou le Raval ont mis en place ces assemblées (réunissant divers militant-es d'  associations et de partis). Même si toutes ne se coordonnent pas avec les plateformes indépendantistes, leurs intérêts sont communs : essentiellement la préservation des espaces de vote. Selon Joan, un des membres du CDR du Raval et du Gótico, « On a déjà couvert d’affiches la rue plusieurs fois et vendredi nous surveillerons les écoles pour prévenir toute arrivée de la police ».

Dans ce CDR on fait savoir que la « toile d’araignée » qui est en train de se développer dans Barcelone n’a qu’un but : susciter des canaux de communication permettant la protection des votes dimanche. « Une protection toujours pacifique et de résistance » assure Joan. Dans le Raval la mobilisation fait converger les activistes qui oeuvraient déjà contre les expulsions de logements ou pour les droits des migrants avec des habitants qui ont été appelés, ces dernières heures, à sortir dans la rue. La dernière assemblée du Comité de Défense du référendum du Raval a rassemblé plus de 80 habitants.

Par ailleurs, dans ce quartier du Raval, une autre assemblée, avec laquelle le CDR partage certains de ses membres, est en action, dans ce cas pour la défense du quartier. Iñaki, activiste de El Lokal –dans le Raval – et membre du Comité de Défense des Quartiers et des Libertés récemment créé, précise « On préservera le droit de vote mais aussi les libertés dans le quartier. Il y aura une grosse présence policière ainsi que des rassemblements d’extrême droite. Nous devons tous rester en contact entre nous ». Il ajoute « Face à toute situation d’urgence, notre critère, tant dans les collèges électoraux que dans la rue, c’est résistance civile non violente ».

Le texte original en espagnol Bomberos, tractores y comités vecinales: así se organiza el soberanismo de cara al 1-O

Traduction : Antoine (Montpellier)

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