Pour une gauche immunisée contre le virus antimanifs !

Raisonner, comme font les apologistes du pass sanitaire mais aussi de l'obligation vaccinale, en termes de primat absolu des réponses sanitaires au prix politique qu'il faut, en sacrifiant l'individuel connard-égoïste au béatifique collectif, c'est faire une croix sur la réalité que c'est tout un collectif que la politique politicienne-sanitaire du gouvernement sacrifie, le collectif des pauvres.

Pour l'obligation vaccinale de la gauche permettant d'éradiquer le virus de son abstentionnisme antipopulaire !

La lecture de l'excellent billet du Club médiapartien De la guerre sociale au Blitzkrieg contre les libertés  est l'occasion de faire un rappel de méthode analytique appliquée à la question sanitaire particulièrement. Je veux parler du débat sur obligation vaccinale/pas obligation vaccinale. A ne pas confondre avec la position - que je défends avec d'autres - d'une invitation/incitation à se vacciner mais sur la base d'une opposition totale au pass sanitaire. Opposition pour au moins deux raisons : car, 1/ tel qu'il est mis en place par ce gouvernement, il est le levier pour une accentuation terrifiante de la politique liberticide-répressive qu'il a déjà terriblement mise... En Marche! et 2/ parce qu'il s'inscrit INDISSOCIABLEMENT dans une accentuation, corrélative à l'autre, d'une politique antisociale d'une brutalité inouïe pourtant déjà également...En Marche, comme il est très justement dit dans ce billet, qui finira d'enfoncer ceux et celles qui sont les plus pauvres d'entre nous si les résistances ne se développent pas.

Qu'une gauche ne comprenne pas cela et minaude sur l'irresponsabilité de ceux et celles qu'elle crucifie... irresponsablement comme "antivax" ou "libertariens", signe la mort cérébrale politique dans laquelle elle entre ! Ce chavirement se prolongeant en naufrage peut se signifier dans cet argumentaire aberrant qui, pour justifier une obligation vaccinale, dont on voit qu'elle est obligation à laisser faire les pires régressions sur le plan des libertés comme sur celui des droits sociaux (qui, in fine, font un), invoque des obligations vaccinales déjà en place (diphtérie, tétanos, polio) ou encore ... de l'obligation de mettre sa ceinture de sécurité en bagnole ou celle de ne pas brûler un feu rouge ! J'en viens par là, à ce que j'annonce au début de ces lignes, à savoir une question de méthode dans l'analyse politique : l'aberration de ces analogies avec la situation actuelle de la pandémie et de la réponse par pass sanitaire mais aussi pour certain.e.s par la nécessité d'obliger à se vacciner tient à ce que lesdites analogies avec des problématiques sanitaires ou de sécurité routière dépourvues aujourd'hui (si tant est qu'elles en aient jamais eues) d'impact politique ou social, dépolitisent de façon stupéfiante une question sanitaire que le gouvernement n'hésite pas, lui, à ultrapolitiser, même s'il occulte, précisément, cette ultrapolitisation hypersauvage capitaliste, sous l'enfumage du "le sanitaire oblige à"...

Raisonner, si le mot n'est pas trop osé dans ce cas, comme font les apologistes du pass sanitaire mais aussi de l'obligation vaccinale, en termes de primat absolu des réponses sanitaires au prix politique qu'il faut, en sacrifiant l'individuel connard-égoïste au béatifique collectif, c'est faire une croix sur la réalité que c'est tout un collectif que la politique politicienne-sanitaire du gouvernement sacrifie, le collectif des pauvres. Et balancer "à bas l'individualisme égoïste" en devient une insulte à ces pauvres que l'on s'empressera, dans la foulée, de traiter de populistes qui puent le facho ! La conséquence de tant d'inconséquence de la part de cette gauche "abstentionniste" vis-à-vis des actuelles manifestations c'est qu'elle consacre sa rupture sociale et politique déjà bien avancée, sauf qu'elle gagne aujourd'hui bien au-delà des fondus systémiques du PS (et, pour partie du PC), très à l'extrême gauche, envers les fractions les plus pauvres du peuple.

Le virus de ce qu'il faudra entériner comme un basculement à droite et bourgeois de larges pans de la gauche, à l'occasion de cette crise sanitaire, doit de toute urgence être stoppé. Et cela passe par une obligation vaccinale...politique permettant de retrouver les bases d'un positionnement de gauche. Laquelle base sanitaire-politique doit s'articuler à un double processus combiné : la rupture immunitaire vis-à-vis de ce qu'il faut bien appeler un alignement (honteusement non-assumé) sur la droite hypercapitaliste en voie de fascisation (illibérale si l'on veut comme dit l'auteur du billet) du macronisme; et concommittament une réinsertion dans les logiques populaires de mobilisation. Une réinsertion qui travaille à réinventer le travail politique de la gauche, un travail de contestation radicale du capitalisme, en commençant par accepter que, comme le montrent les actuelles mobilisations anti-pass sanitaire, la dépolitisation, sous-politisation, apolitisation occupent une place importante dans les révoltes populaires qui apparaissent. Et cela, comme conséquence du fait que l'exploitation capitaliste ne sécrète pas mécaniquement l'antidote au poison qu'elle est. Une fois acceptée l'hétérogénéité des mobilisations de masse, parfois la plus loufoque, comme Lénine l'a évoqué dans un texte dont j'ai mis ailleurs l'extrait qui me semble essentiel (1), c'est, dans la lignée de ce qu'en induit ledit Lénine (sans que pour autant l'on s'oblige à devenir léniniste au sens le plus large), qu'une gauche digne de ce nom se doit de sortir de ses actuelles tentations à la paresse politique, de ses abstentionnismes puristes, et se mette à ce qui est son travail historique : à phosphorer, élaborer, en interaction avec un peuple qui, au demeurant, lui aussi, malgré tout, est en capacité de dépasser ses limitations car la lutte est un magnifique accélérateur d'éducation politique.

En somme la gauche, si elle veut se retrouver et reconquérir sa légitimité qui, actuellement est en train de partir en eau de boudin, ne peut faire autrement que se remettre à faire de la politique dans et avec le peuple dont au fond on aurait pu penser bêtement qu'il est son milieu "naturel", c'est-à-dire social et politique. Mais, non, cela ne lui est visiblement pas naturel, et donc il lui faut se revacciner d'urgence politiquement en cessant de s'enfermer dans les tours d'ivoire que deviennent, dès que l'on se déconnecte du social de la rue et des lieux de travail ou de vie, les vecteurs de "réalité virtuelle" et bêtement consolatrice-anesthésiante des impasses de chacun.e que sont FB et autres réseaux quand eux aussi cessent d'être des outils de réflexion-mobilisation !

Antoine

(1) "La révolution socialiste en Europe ne peut pas être autre chose que l'explosion de la lutte de masse des opprimés et mécontents de toute espèce. Des éléments de la petite bourgeoisie et des ouvriers arriérés y participeront inévitablement - sans cette participation, la lutte de masse n'est pas possible, aucune révolution n'est possible - et, tout aussi inévitablement, ils apporteront au mouvement leurs préjugés, leurs fantaisies réactionnaires, leurs faiblesses et leurs erreurs. Mais, objectivement, ils s'attaqueront au capital, et l'avant-garde consciente de la révolution, le prolétariat avancé, qui exprimera cette vérité objective d'une lutte de masse disparate, discordante, bigarrée, à première vue sans unité, pourra l'unir et l'orienter, conquérir le pouvoir, s'emparer des banques, exproprier les trusts haïs de tous (bien que pour des raisons différentes !) et réaliser d'autres mesures dictatoriales [au sens marxiste historique d'imposer le loi de la majorité ouvrière à la minorité bourgeoise] dont l'ensemble aura pour résultat le renversement de la bourgeoisie et la victoire du socialisme, laquelle ne "s'épurera" pas d'emblée, tant s'en faut, des scories petites-bourgeoises." (texte d'où est tiré ce passage)

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