L'extrême droite échoue à mobiliser à Barcelone!

Barcelone n'est pas terre... d'élection pour les néofranquistes de Vox! En vérité, ils s'en doutaient, mais l'important, pour eux, était d'assurer une occupation suffisante de la rue, en comptant être rejoints par une partie des Catalan-es non-indépendantistes, pour se poser dans le reste du pays comme les sauveurs de la patrie espagnole mise en danger par l'horrifique indépendantisme ! Raté...

Barcelone, capitale de l'échec de l'extrême droite

Les néofranquistes de Vox avaient lancé le défi qu'aujourd'hui ils allaient (on allait voir ce qu'on allait voir !) faire une démonstration de force... en enfer ! Je veux dire dans les rues de la capitale catalane. Forts de leur succès électoral de décembre en Andalousie, ils croyaient "capitaliser" en terre catalane pour lancer leur campagne électorale (en vue de la législative, à l'échelle de l'Etat espagnol, du 28 avril).

Erreur fatale, ils n'étaient que 5000, grand maximum, 2000 au plus près de la réalité, loin de remplir l'esplanade barcelonaise María Cristina que d'autres remplissent aisément, à exhiber leur panoplie de la haine nationaliste, espagnoliste, cette haine que, rejetons du franquisme, ils ressentent viscéralement envers tout ce qui leur oppose les signes de la démocratie. Tiens, par exemple, la volonté catalane de s'autodéterminer, qui plus est avec une visée républicaine, pour affaiblir cette piteuse monarchie vermoulue et corrompue qui chapeaute un Etat imprésentable car liberticide et antipopulaire. Des antifascistes avaient mobilisé mais avaient été tenus à distance par les Mossos, la police catalane. Quelques heurts s'en sont suivis avec celle-ci.

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Le fiasco du jour à Barcelone

Qu'on se le dise, l'indépendantisme catalan, quoique l'on regrette de son manque de stratégie pour surmonter l'échec du "Procès", reste la pointe avancée de la résistance au fascisme émergent (aux prochaines élections générales Vox ne décrocherait, comme le PP, que 2 député-es en Catalogne sur les 48 en jeu ! Lire ici) mais aussi à l'extrême-droitisation qu'il produit sur l'ensemble de l'échiquier politique espagnol, y compris, quoique plus indirectement que dans le cas de la droite, dans la gauche type PSOE !

Aujourd'hui même le chef de gouvernement Pedro Sánchez a renoué avec l'alignement qui fut le sien pendant la crise catalane de 2017 avec le PP et Ciudadanos, et déjà les fascistes, pour soutenir le putsch du 155 par lequel les institutions représentatives de la Catalogne furent purement et simplement destituées : il a en effet déclaré (lire ici) que lui-même, cette fois en tant que président du gouvernement, n'hésiterait pas à recourir au 155, si les indépendantistes mettaient en oeuvre une proclamation unilatérale de la République catalane, tout en refusant la seule solution démocratique permettant d'éviter cette unilatéralité, une négociation ouvrant sur la mise en place d'un référendum donnant toutes les garanties démocratiques et qui laisse le peuple catalan s'exprimer en toute liberté, dans son pluralisme d'opinions, y compris sur l'option de l'indépendance (1) ! Ne nous y trompons pas, il y a dans cette menace "socialiste" un condensé de la nature de ce parti se réclamant de la gauche : il est un soutien absolu, dans la filiation d'un Felipe González de triste mémoire, de la monarchie espagnole et ce soutien le fait converger avec les partis de droite et d'extrême droite, dans la défense du régime et de ce que ce régime, lui-même, défend, les intérêts du capitalisme espagnol. Et de ce capitalisme catalan qui s'est rallié à celui-ci comme on l'a vu en septembre 2017 ! Cette réalité structurelle qui fait du PSOE un parti du régime ne saurait être occultée par le profil "social" que, de façon purement opportuniste, il adopte, avec la lamentable caution d'un Podemos en débandade politique (lire ici), pour passer, à son profit, la séquence électorale à venir, avant de se plier aux desiderata austéritaires de l'UE comme il a toujours fait. N'oublions pas qu'à ce jour l'article 135 de la Constitution espagnole modifié par la grâce du socialiste Zapatero, pour poser le paiement de la dette comme prioritaire sur toute considération sociale (lire ici), est toujours là !

Récapitulons : de Vox au PSOE en passant par Ciudadanos et le PP, nous avons toute la chaîne, jamais aussi bien nommée, des partisans du pouvoir en place qui comprennent que leur ennemi principal se trouve en Catalogne. Aux Catalan-es d'en tirer, jusqu'au bout, la conclusion qui s'impose en assumant la responsabilité historique qui leur incombe : prendre la tête de la radicalité républicaine en y intégrant les revendications sociales et nationales des autres peuples de l'Espagne mais aussi de la partie catalane qui se laisse mystifier par l'espagnolisme. La récente manifestation de Madrid va dans le bon sens (lire ici). La République catalane sera démocratique et sociale ou elle ne sera pas ! Ce cap ouvrant la lutte catalane à tous les peuples de l'Espagne est ce que les Sánchez, Casado, Rivera et Abascal redoutent le plus : raison pour laquelle ils agitent l'épouvantail "des salauds de Catalans qui détesteraient les autres peuples" alors qu'à bon droit, c'est cette Espagne qui pue toujours plus le franquisme qu'ils rejettent !

 

(1) Un sondage, publié il y a deux jours, indique que 65,7% des Catalan-es seraient favorables à un référendum d'autodétermination, pour la très grande majorité de ces 65,7% via une négociation avec l'Etat espagnol. 75,4% de l'électorat des Communs de Ada Colau (issus des Indigné-es et appuyé-es par Podemos) à la législative espagnole de 2016 se reconnaîtraient dans cette position d'un référendum négocié. Même chose pour 44,5% l'électorat des socialistes du PSC, en contradiction avec la direction de ce parti. Pour ce qui est des intentions de vote dans le cadre d'un tel référendum, 49,60 % se porteraient en faveur de l'indépendance, 41,03% contre, 6% seraient indécis.  Lire ici

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