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Billet de blog 30 avr. 2019

Législative espagnole. "La Catalogne a voté autodétermination" !

Il est de bon ton, comment faire autrement, de relever les très bons résultats obtenus à cette élection centrale par les indépendantistes catalans mais en escamotant ce qui constitue l'épine dans le pied du régime : non tant la question, importante s'il en est, de l'indépendantisme que celle, tout aussi déterminante, de l'autodétermination.

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Une première lecture brute des résultats en Catalogne donne ceci en voix et en pourcentages :

Source : elNacional 29 04 19

Pour les indépendantistes

ERC : 1 020 358 (24,59%)

JxCat : 500 012 (12,05%)

FR : 113 695 (2,74 %)

Pour les anti-indépendantistes

PSC : 963 095 (23,21%)

Cs : 479 265 (11,55%)

PP : 201 250 (4,85%)

Vox : 149 381 (3,60%)

Pour les non-indépendantistes

ECP : 617 858 (14,89%)

Signification des sigles : ERC : Esquerra Republicana de Catalunya (social-démocratie); JxC : Junts per Catalunya (centre droit); FR : Front Republicá (extrême gauche mais avec seulement une partie de la CUP);

PSC : Partit dels Socialistes de Catalunya ; CS : Ciudadanos (centre droit, ulltralibéral, proche de l'extrême droite sur la Catalogne); PP : Partido Popular (droite conservatrice polarisée par l'extrême droite); Vox (extrême droite néofranquiste);

ECP : En Comú Podem (les Communs, issus des Indigné-es et de divers associatifs catalans, alliés à Podem, le Podemos catalan).

Précision : pour ceux et celles qui s'échinent, allez savoir pourquoi, à inclure ECP dans le groupe des anti-indépendantistes, il faut rappeler que leur tête de liste, Jaume Asens, est parmi les plus proches, parmi les Communs, des indépendantistes. Ce qui a d'ailleurs provoqué des remous dans Podem au moment de la confection de la liste. Et cela même si ce rassemblement ne prend pas partie pour l'indépendance, en droite ligne avec la position dite "niniste", "ni DUI (Déclaration Unilatérale d'Indépendance) ni 155 (dissolution des institutions représentatives de l'Autonomie catalane)", "ni Puigdemont, ni Rajoy", position que ses composantes, tant les Communs que Podem, ont défendue pendant la séquence référendaire de septembre-octobre 2017. Au demeurant la principale dirigeante des Communs, Ada Colau, maire de Barcelone, a voté à ce référendum et pas précisément pour l'indépendance.

Lors de la législative de ce 28 avril, le programme de ECP est sans ambiguïté (lire ici) : il se prononce pour le "droit de décider", pour un référendum  avec "des garanties" et négocié avec l'Etat espagnol. La majorité de ce courant semble défavorable à l'indépendance (son secteur ouvertement indépendantiste en est récemment sorti pour se rapprocher de l'ERC) mais maintient que l'important est que chacun-e obtienne le droit démocratique de s'exprimer pour, contre ou sans avis sur l'indépendance comme pour toute autre proposition incluse dans une telle consultation (option fédérale, confédérale). Pour lui, l'Espagne doit s'affirmer clairement comme un Etat plurinational mais maintenu uni en une sorte d'Etat fédéral... qui ne dirait pas son nom (lire ici). Toujours est-il que, au vu de ces données, il n'est pas possible de comptabiliser les voix obtenues par ECP parmi celles des anti-indépendantistes comme, d'ailleurs, parmi celles des indépendantistes. A la réserve près que ECP ne se retrouve jamais sur aucune position des anti-indépendantistes alors qu'il partage avec les indépendantistes la revendication du droit d'autodétermination par référendum !

A ce propos, il est une lecture de ces résultats en Catalogne qui donne 54,27% des exprimés aux partis favorables à l'autodétermination, alias "le droit de décider", autrement dit les partis indépendantistes et ECP. Il n'est assurément pas question, comme le titre, délibérément provocateur, de ce billet pourrait le laisser entendre malgré les guillemets, de considérer que les voix qui se sont portées sur ces partis ont exprimé une adhésion consciente et pleine à leur revendication d'autodétermination. Celle-ci n'est qu'un élément, certes important, du programme soumis aux électeurs mais retenons qu'au moins la motivation à voter pour ces partis (en particulier pour faire barrage à l'extrême droite mais aussi au sentiment hystérique antiCatalogne qui s'est propagé dans tout le pays) n'a pas été entravée par leur point de vue autodéterministe. D'autant que la forte polarisation créée par la droite, l'extrême droite mais aussi le PSOE et le gouvernement central sur la dénonciation de l'indépendantisme catalan, diabolisé comme horrible "séparatisme", était une incitation forte à faire du droit d'autodétermination, amalgamé avec l'idée d'indépendantisme, un repoussoir. Constatons qu'il n'en a rien été en Catalogne. Ce qui me semble participer probablement d'un fort réflexe démocratique au constat évident, comme l'Ecosse l'a montré assez récemment, que l'autodétermination n'est pas un truc d'indépendantistes sournois pour piéger le béotien démocrate pour peu qu'une négociation, à laquelle les espagnolistes se refusent, entre l'Etat central et la "région" en pose le cadre adéquat. Un récent sondage précisément centré sur l'autodétermination, hors de toute autre question, permet d'aller dans ce sens puisque " 78,7% des sondé-es s'y affirment favorables à un référendum d'autodétermination avec la particularité que 59,9% des électeurs du PSC s'en disent partisans alors que ce parti y est opposé. Plus surprenant et inquiétant pour les partis les plus unionistes, le PP et Ciudadanos : 44,5% des électeurs du premier et 40% de ceux du second souhaitent ce référendum que les indépendantistes ont dû imposer le 1er octobre 2017 et qui vaut à leurs dirigeants, emprisonnés depuis un an et plus, d'être traînés aujourd'hui devant le tribunal !" (lire ici en note 1).

Voilà de quoi méditer sur ce que d'aucuns voient comme un extraordinaire succès électoral de Pedro Sánchez, alors qu'il ne parvient pas à obtenir à lui seul la majorité absolue, que l'appoint de Podemos ne suffirait pas à l'atteindre et qu'il faudrait, pour cela, obtenir des voix des député-es catalanistes. A moins que, comme y poussent, sans aucune retenue, les principaux médias du pays et les organisations patronales, tiens donc, le PSOE, comme il en a manifesté l'idée à plusieurs reprises, passe un accord de gouvernement avec Ciudadanos, ce parti qui a fait des indépendantistes, à l'unisson du PP et de l'extrême droite, les boucs émissaires de tous les malheurs qui accablent le bon peuple espagnol ! Un tel accord, en apparence et, du moins momentanément, écarté, pourrait bien faire l'effet d'une bombe en Catalogne et s'assimiler à une politique du pire dont on peut prédire que l'issue, quelle qu'elle soit, aurait un coût politique des plus élevés. Le bon Sánchez n'est pas près de sortir du labyrinthe catalan. Sa victoire électorale du 28 avril le signifie pour qui veut bien en décoder certains signes.

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