Espagne. Elections en vue, poussée de l'indépendantisme catalan

Rien n'y aura fait, ni hier le coup du 155, ni aujourd'hui le mégaprocès de Madrid, le socle électoral mais aussi social (voir la manifestation de Madrid [1]) de l'indépendantisme catalan reste inébranlable. Même s'il cherche sa voie stratégique. Les Gouvernements de Madrid, qu'ils soient du PP ou du PSOE, butent sur la résistance et la résilience catalanistes.

 Les indépendantistes feraient échec et mat au Gouvernement (socialiste) de Madrid

Tout cela confirme que la stratégie d'affaiblissement politique et judiciaire (voir l'actuel procès de Madrid) de l'indépendantisme que mène Madrid, le PSOE prenant le relais du PP, serait mis en échec total : si le PSC, le parti frère du PSOE monte, il le fait au détriment d'un parti de droite qui lui avait pris des électeurs, lesquels reviendraient au bercail, en produisant un jeu pratiquement à somme nulle; l'indépendantisme, quant à lui, verrait sa restructuration interne se doubler d'une poussée globale.

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Il se produirait une poussée du parti d'Oriol Junqueras, toujours incarcéré et jugé à Madrid dans le procès des leaders indépendantistes, qui renforcerait considérablement le poids des indépendantistes au Parlement catalan.

Selon ce sondage, deux partis se renforceraient au Parlement catalan, pour une bonne part, au détriment de leurs concurrents directs : du côté indépendantiste, la gauche modérée (ERC) capterait des voix de la droite (J per Cat) tandis que, du côté des unionistes-espagnolistes, la "gauche" (PSC) prendrait des voix de la "droite", Ciudadanos (- 7 député-es), un parti très déporté vers l'extrême droite (voir son alliance, de biais, mais alliance, en Andalousie avec le parti néofranquiste Vox) et vers les historiques débiteurs du franquisme, le PP. Mais ce mouvement de rééquilibrage interne aux deux pôles de l'échiquier politique ne doit pas masquer la dynamique d'ensemble qui profite nettement à l'indépendantisme. Selon ce sondage le bloc indépendantiste élargirait sa majorité absolue au Parlament en passant de 70 sièges à +/- 76.

On notera en particulier la poussée des anticapitalistes indépendantistes de la CUP qui doubleraient le nombre de leurs député-es. Cette progression mettrait les anticapitalistes en position de peser plus qu'avant, au risque de tensions, pour amener les autres partis indépendantistes à renoncer à leurs tergiversations actuelles sur la possibilité ou pas d'obtenir des négociations de Madrid et ainsi à retrouver la voie de la confrontation ouverte pour remobiliser en faveur de la rupture républicaine avec l'Etat espagnol. Comme on le voit, rien n'est simple en politique, y compris dans un camp indépendantiste qui a perdu beaucoup de la cohésion de 2017 comme conséquence du putsch espagnoliste du 155.

Lire l'ensemble de l'article de L'indépendant (que nous avons complété à partir de la lecture de l'article de référence, en espagnol, de La Vanguardia)

[1] Lire : L'indépendantisme catalan à Madrid en appelle aux peuples d'Espagne

Note 1 : un autre sondage récent indique que 48,4% (+1,2 points) des Catalan-es seraient favorables à l'indépendance, contre 44,1% qui y seraient opposé-es (Pedro Sánchez plus fort que les sondages ... et les résultats électoraux : "Il n'y aura pas d'indépendance car les Catalans n'en veulent pas" ! Lire ici). Par ailleurs 78,7% seraient favorables à un référendum d'autodétermination avec la particularité que 59,9% des électeurs du PSC s'en disent partisans alors que ce parti y est opposé. Plus surprenant et inquiétant pour les partis les plus unionistes, le PP et Ciudadanos : 44,5% des électeurs du premier et 40% de ceux du second souhaitent ce référendum que les indépendantistes ont dû imposer le 1er octobre 2017 et qui vaut à leurs dirigeants, emprisonnés depuis un an et plus, d'être traînés aujourd'hui devant le tribunal !

Le catalanisme, quoi que l'on pense de l'indépendance mais en considération que l'autodétermination, dont il est le magistral vecteur, est un droit démocratique majeur, reste bien le principal agent de contestation d'un régime qui, malgré les moulinets médiatiques et politiques pré-électoraux, n'arrive pas à se stabiliser. Qui a même le souffle court, très court...

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Note 2 : enfin, dernier sondage évoqué ici, 79,1% des Catalan-es sont partisan-es de la République, les pro-monarchie ne rassemblant que 12,3% ! Là encore c'est du côté des électeurs du PSC que vient la surprise car, en opposition radicale avec la direction de ce parti, ils sont 69,8% à faire le choix de la république contre seulement 18,6% à être favorables à la monarchie. Il y a évidemment quelque chose à explorer de ce côté-là par les partis indépendantistes pour créer une convergence et construire une force élargie de percussion contre le régime. A creuser mais sérieusement...

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