Piolle à Grenoble où l'envers tsiprien du mélenchonisme...

Occuper les institutions sans avoir de projet social de lutte comme alternative aux institutions mêmes que l'on occupe, c'est plier devant la logique gestionnaire et l'afférente logique administrative dépolitisante. Et, au bout du compte, c'est se conformer à ce que l'on prétendait combattre.

Précision liminaire

La situation du mélenchonisme à Grenoble ajoute à la confusion générée récemment par la décision de son leader de réorienter à 180° la stratégie de la France Insoumise, sans consulter ses bases miitantes, vers la reconstitution d’une Union des Gauches new look Contre la radicalité populiste initiale du refus des compromis que cette union porte intrinsèquement. A Grenoble les partisans de Jean-Luc Mélenchon participent de la majorité municipale regroupée autour de l’écologiste Eric Piolle qui, comme le montre l’article de Stéphane Ortéga auquel je fais référence ci-dessous, a dérivé cers l’instauration d’une austérité budgétaire entrant violemment en conflit avec le « mouvement social » local : malgré cette dérive, les Insoumis grenoblois restent dans la majorité, participent de cet affrontement et montrent en pratique que la logique de rupture qui est revendiquée programmatiquement aux élections générales ne résiste pas à l’acceptation, qu’ils jugent nécessaire, une fois aux commandes politiques, aux logiques gestionnaires des institutions. Logiques gestionnaires en totale contradiction avec la révolution par les urnes qui est leur leitmotiv. Si on ajoute à cela la forte inimitié existant entre Eric Piolle et Jean-Luc Mélenchon sur la « politique de la terre brûlée », que le premier reproche au second d’avoir mené contre la gauche à la dernière présidentielle, on voit que décidément l’orientation de la France Insoumise et sa mise en pratique sont loin d’être un long fleuve tranquille et surtout ne brillent pas par leur clarté. Mais il se pourrait que le retour au bercail de l’union à gauche du chef insoumis permette de réconcilier les deux figures ennemies. Pour que l’insoumission grenobloise se voie relégitimée dans sa participation à cette union municipale qui scandalise une large partie de la société grenobloise, spécialement du côté des plus pauvres ? Mais les choses n’étant jamais simples chez les mélenchonistes, il se murmure qu’une liste autonome FI pourrait voir le jour à la prochaine élection municipale : avec quel bilan des pratiques passées ? Et en contradiction avec les retrouvailles unitaires projetées aux Européennes ? (ajouté ce 31 août)

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Après lecture de la très forte enquête de Stéphane Ortega relayée sur Mediapart : Alternative municipale à Grenoble: le pouvoir est-il maudit?

Dédié à tous les béni oui oui mélenchonistes (heureusement ils/elles ne sont pas tous et toutes calibrées pareil) qui n'ont pas aimé, c'est peu dire, vu le ton employé pour le dire, mon billet Coup de gueule : la girouette Mélenchon. Impérial ! : le coup de force, que j'y évoque, que vient d'opérer le Chef Suprême contre la base militante, qu'il réduit au degré zéro de la souveraineté, est à rapporter à l'exercice du pouvoir déjà là. A Grenoble.

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L'entrée de l'article sur le site de Stéphane Ortega

Le pouvoir à la façon citoyenniste qui s'y exerce se coupe des mouvements sociaux, mieux, pire, se bat contre eux au nom du grand argument déresponsabilisant: on fait l'austérité parce qu'on (le pouvoir placé au-dessus) nous y oblige; notre austérité c'est un moindre mal, en quelque sorte c'est toujours mieux que ce que font les autres austéritaires; les opposants n'ont rien à proposer, etc. Bref on prétend reproduire le postulé inéluctable existant simplement en prétendant que ce sera, à la différence des autres, à dose homéopathique, sauf que c'est même faux.

Occuper les institutions sans avoir de projet social de lutte comme alternative aux institutions mêmes que l'on occupe, c'est plier devant la logique gestionnaire qui y est structurellement inscrite et l'afférente logique administrative dépolitisante. Laquelle vous transforme les hier superbes activistes sociaux qui ont voulu "y aller" en moutonniers défenseurs, contre leurs anciens camarades, de l'antisocial à l'oeuvre, finissant par se découvrir loups menaçants devant les résistances suscitées. Terrible parcours qui amène à se conformer à ce que l'on prétendait combattre : grave car la démarche réformiste gestionnaire finit par faire l'aveu qu'elle ne peut même pas réformer le système aux marges. Le réformisme antilibéral, qui donne des leçons à l'anticapitalisme qui n'aurait rien à proposer dans le court terme (à part, excusez du peu, la lutte sociale qui, si l'on veut bien y penser, est politique, plus politique qu'il n'y paraît aux superficiels partisans de la révolution par l'électoral), fait la preuve de ce qu'il porte comme projet dans ce court terme : de l'affrontement avec ce qui, non-institutionnel ou non subordonné à l'institutionnel, participe du mouvement social, affrontement qui scie la branche sur laquelle il disait asseoir la "nouvelle politique". A la clé : techniques managériales agressives, coupures d'électricité de squats, recours à la violence policière, chantage à l'emploi si luttes, antisyndicalisme, cassage de services publics, mépris de classe ...

Et certains pensent qu'il en irait autrement en envoyant Mélenchon à la présidence de la République car ... c'est un orateur brillant qui sait exprimer ce que le bon peuple ressent sans pouvoir lui-même l'exprimer. A preuve son récent tournant politique évoqué dans mon billet. Si, si, des insoumis m'ont opposé des arguments de la sorte. L'un d'eux parlant, avant de s'en rétracter...quelque peu (sic), de la nécessité, par le Grand Insoumis Solitaire, d'en arriver à une "dictature éclairée" ! Allez, relisons ce qu'il en est des Mélenchon grenoblois en actes et remettons-nous à penser politique au lieu de croire aux Sauveurs Suprêmes. Par où l'Un (et quelques Uns) se posent en représentants...libres d'attaches de ceux dont ils ne sont que les mandataires. Se glorifiant de mettre la main dans le cambouis (pas comme les anticapitalistes qui n'auraient même plus de mains !) ces emblématiques insoumis, labellisés ou non mélenchonistes, en sont tout barbouillés jusqu'à ne plus voir qu'ils miment l'ennemi ! Ils ne peuvent donc que décevoir et provoquer la colère ou le découragement;  le prix politique est évidemment catastrophique pour ceux et celles qui y croyaient et évidemment pour la cause même de l'alternative au système. Système qu'il faudrait réapprendre à désigner par son nom : le capitalisme. Ce qui permet de bien mesurer ce qu'il est, dans toute la plénitude de ses ressources pour garder la main. Bénéfique, cette politique du reniement de gauche l'est pour ceux d'en face... Ces dernières lignes étant dédiées à ceux et celles du fan club de Mélenchon qui finissent par se lâcher sur le mode "ne pas soutenir leur Chef et ses sous-chefs municipaux (Piolle n'est pas insoumis mais la FI le soutient totalement ! Merci de me démontrer que je me trompe !), c'est faire le jeu de la droite, de l'extrême droite et pire encore s'il y avait" ! Alors qu'appliquer la politique de la droite de droite et de la gauche de droite, comme fait un vulgaire Tsipras, qu'au demeurant on rejette (magie de l'incohérence), ce serait être de gauche... On comprend que le socialiste Maurel soit ravi d'être courtisé par Mélenchon pour battre ensemble les estrades pour les Européennes... Tiens, à Grenoble, cela aurait de la gueule qu'ils ouvrent la campagne ! Non ?

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