Jospin revient !

Lit-on l'avenir sur les murs de Cognac? Ces jours derniers, la cité charentaise a vu fleurir, ô anachronisme précurseur!, des affiches électorales de Lionel Jospin; datées – 2002 –, mais qui pourraient prendre date: 2012.

Lit-on l'avenir sur les murs de Cognac? Ces jours derniers, la cité charentaise a vu fleurir, ô anachronisme précurseur!, des affiches électorales de Lionel Jospin; datées – 2002 –, mais qui pourraient prendre date: 2012.

 

Tirons les leçons politiques du brisement bourbeux de DSK. L'électorat français, rebuté par le bling-bling et le crac-crac, devrait en pincer pour un président «normal», ce qui ne signifie pourtant pas né de la dernière pluie.

Plutôt que François Hollande, farceur ascétisé aux ardentes inexpériences, osons Lionel Jospin, «austère qui se marre» fortifié par l'épreuve!

Dans une forme olympique, ayant pris de la hauteur sans être détaché, Jospin, dix ans après sa sortie, offrirait un retour capable de dénouer cette crise dans laquelle étouffe la République.

Entre 2012 et 2017, entre ses 75 et ses 80 ans, il effectuerait un quinquennat unique à même de rendre le pouvoir au peuple. Libéré de l'obsession de sa réélection qui envahit chaque Président une fois franchi le seuil de l'Élysée, il pourrait briser la personnification à outrance et la solitude absolue du pouvoir qu'implique la Ve République. S'appuyant sur une «équipe de rêve» comme en 1997, il retrouverait la dimension collégiale essentielle à une gauche française longtemps adepte des directions collectives. C'en serait fini de l'omnipotence d'un homme providentiel, cette clef de voûte transformée en épée de Damoclès.

À l'inverse des sauveurs suprêmes habituels, Lionel Jospin n'illustrerait pas la fable des grenouilles qui demandent un roi, mais représenterait les citoyens qui aspirent à un démocrate aux commandes.

Sa rigidité devenue rigueur, son puritanisme gage de simplicité, sa raideur enfin perçue comme de l'abnégation, nous délivreraient du mal ambiant. La tempérance succéderait à la goinfrerie.

En plus d'incarner une respiration institutionnelle et morale, cet ancien professeur d'économie, capable de mener de front la réflexion et l'action, serait en position d'entraîner des sursauts réalistes propres à désenvaser la France.

Alors sachons refuser un César au profit d'un Cincinnatus. Ce surnom latin – «aux cheveux bouclés» –, qui ajoute au clin d'œil historique, désignait donc un patricien romain capable de retourner à sa charrue entre deux missions au sommet de l'État.

Un Jospin singulier animant une gauche plurielle apte à revitaliser une nation multiculturelle: que demander de plus, les choses étant ce qu'elles sont, à Cognac comme ailleurs?...

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