Yachts, jets privés et voitures de luxe : le parfait contre-feu ?

La controverse des signes extérieurs de richesse sortis de l’impôt sur la fortune a offert au gouvernement un parfait contre-feu pour éviter de parler de l’essentiel : la brèche ouverte dans le principe, essentiel en démocratie, de la progressivité de l’impôt.

Avec Bruno Le Maire et Gérald Darmanin à Bercy, deux anciennes têtes d’affiche du parti sarkozyste Les Républicains, on pouvait s’y attendre… Ça n’a pas raté : la réforme de la fiscalité de l’épargne dévoilée dans le cadre du premier budget de l’ère Macron ressemble à un grand chamboule-tout, dont la tonalité générale est assez claire : pour les plus modestes, encore plus de CSG ; pour les plus riches, encore moins d’impôts. Les Français ne s’y trompent d’ailleurs pas : selon un sondage Odoxa, ils sont 82% à estimer que les grandes fortunes sont « plutôt avantagées » par la politique fiscale voulue par le président de la République

Ce biais gouvernemental tient en deux acronymes : PFU et IFI. Deux mesures qui mettent à mal un principe fiscal qui remonte en France à l’après-première guerre mondiale : celui de la progressivité de l’impôt.

Le PFU, ou flat tax à la française, nous en avons déjà parlé à l’occasion d’un précédent post. En résumé, cela permet à un super-riche de payer proportionnellement moins d’impôts sur les revenus tirés de ses placements qu’un salarié à 1,2 fois le Smic sur les revenus de son travail. Dans le détail, vous trouverez ici plus d’informations sur le prélèvement forfaitaire unique

Le scandaleux IFI

Autre symbole du basculement idéologique sans précédent actuellement à l’oeuvre : la suppression de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF), remplacé par un impôt sur la seule fortune immobilière (IFI). Sans doute la réforme la plus controversée du projet de loi de finances pour 2018, qui en compte pourtant beaucoup d’autres.

Le principe : seuls les foyers fiscaux dont le patrimoine immobilier dépasse 1,3 million d’euros seront désormais assujettis à l’IFI. Le patrimoine financier (intérêts, dividendes, plus-values de cession) sort donc de l’assiette de l’impôt. Un scandale en soi qui va permettre à 60% des assujettis actuels (soit 1,8 million de personnes environ) de ne plus payer l’IFI, avec un manque à gagner pour l’Etat estimé par Le Monde à 3,2 milliards d’euros.

Signes extérieurs de richesse

Ces chiffres en eux-mêmes, toutefois, n’ont pas suffi à déclencher l’indignation. Celle-ci a fini par venir lorsque la lumière s’est portée sur un angle mort de la réforme. Car il n’y a pas que le patrimoine financier qui sort de l’assiette de l’IFI. C’est aussi le cas de certains biens considérés comme mobiliers, comme les yachts, les voitures de luxe, les jets privés...

Scandale : les riches, dans leur pire caricature, le cigare au bec, sur le pont de leur bateau ou au volant d’un bolide italien, vont échapper à l’impôt. Evidemment, on ne parle plus que de cela, et pas de l’essentiel. La définition d’un bon contre-feu. Ne restait alors à l’exécutif qu’à faire amende honorable, en ouvrant la porte à une taxation de ces signes extérieurs de richesse, et le tour était joué. Habile, non ?

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