Sur “les ailes du vent” avec Topa...

Quand, en désertant de la guerre coloniale on quitte une rive, le Douro, et on trouve une autre, la Seine, pour s'exiler, elles se confrontent en vous, vous enlacent tout le temps. Les deux vous façonne avant, après et en même temps... Il faut être poète pour savoir le dire, António Barbosa Topa le dit très bien dans son livre «Devagar nas asas do vento * Partir sur les ailes du vent»!

Le Mot

Le mot subtil

me limite et me transcende

il est ma houe

il est mon pain

et il est mon chant

 

le mot

est chaque jour plus concret

il ne cesse de s'élever

il est échafaudage

presque une structure

encore un échafaudage

et il devient édifice

ou bien il est un chemin de fuite

ce mot qui me fait mal

aujourd'hui exil

demain espoir” (pg 83)

Le livre de poèmes que António Barbosa Topa vient de publier nous entraîne dans une valse des mots, de ce mot subtil, des histoires, des rencontres... De la liberté arrachée, conquise, fragile et “demain espoir”!

   António Barbosa Topa a Refusé la Guerre Coloniale...* en Afrique, dite portugaise, dans les années 60. Résistant à la dictature de Salazar, c'est à Paris qu'il s'est réfugié. D'un milieu modeste, comme on dit, Topa a appris la vie dans les rives du Douro, de l'autre côté de Porto et a engrangé sa prise de conscience sociale, culturelle, politique dans la vie difficile chez lui, dans la rue, les cafés, l'opposition clandestine.

En France il a fait beaucoup de petits boulots, plus ou moins nourrissants et a participé au mouvement de “conscientisation” politique et culturelle, notamment à travers le théâtre, qui mobilisait les militants dans la communauté portugaise d'alors. Son engagement s'est prolongé avec le 25 avril, d'abord animateur culturel dans le milieu associatif et ensuite des responsabilités professionnelles et syndicales dans le secteur consulaire portugais en France. Aujourd'hui, il est traducteur-interprète dans des instances comme l'OFPRA (Office pour les Réfugiés), confronté à des nouvelles versions des raisons et du chemin de l'exil.

Et c'est en poète que dans “Devagar nas asas do vento * Partir sur les ailes du vent”, António Barbosa Topa partage son vécu, ses moments de vie engagée, son chemin. Un autre poète (Antonio Machado, que Topa cite) a écrit “no hay camino, el camino se hace caminando...” et lui aussi l'a fait, s'est fait en “caminando” que pour lui se dessine dans sa persévérance, sa créativité, sa sensibilité, son imaginaire. C'est la quête du cœlacanthe, qui lui est cher quoique inaccessible, cet infini qu'on atteint pas, mais qui lui souffle dans le désir de poursuivre, de croire qu'il y a encore, toujours, un but, une humanité, un lieu celui d'Afurada, Cabedelo là où le Douro se mêle à l'Atlantique.

Son traducteur, Dominique Stoenesco, qui a su bien rendre en français le rythme et les nuances de la poésie de Topa, écrit justement dans la préface: “... la dimension lyrique et les préoccupations sociales du poète surgissent dans plusieurs poèmes, à travers des thèmes comme l'exil, la saudade, l'amour, l'utopie du lieu-refuge ou bien encore le sentiment d'être toujours sur un quai à attendre le bateau.”

Le livre d'António Topa nous suggère plein d'autres images, d'autres chemins, d'autres mélodies que la lecture à voix haute inspire, comme un écho où ses mots nous enveloppent, nous titillent en liberté, celle du lecteur dont la liberté du poète nous gratifie.

Des illustrations de Margarida Nogueira ponctuent, avec curiosité et couleur, les pages du livre et nous permettent de découvrir le cœlacanthe

Toujours sur les rives de la Seine, Topa nous transporte dans des multiples horizons. Portraits d'amitié, d'amour, d'humour, dans ces/ses voyages, qui l'amènent et nous avec lui sur “les ailes du vent”, pour de vrai-pour de faux peu importe, dans ce Douro-Porto que nous partageons, mon Camarade, mon Ami!

https://webmail.laposte.net/service/home/~/?id=453963&part=2&auth=co&disp=i  Illustration Margarida Nogueira

** «Devagar nas asas do vento * Partir sur les ailes du vent», éd OxaláEditora, traduction de Dominique Stoenesco, Illustration de Margarida Nogueira,  117 pgs. Dans cette édition, quelques poèmes de ses deux précédents livres «Le fil des mots et Sur les lèvres du silence». * www.oxalaeditora.com

Extrait, dans le premier commentaire deux poèmes.

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