L'Essence de la vie… pour l'expérience de la terre!

Bernard Ollivier est un marcheur “de long chemin”. Pas seulement il a beaucoup marché et loin, ses livres racontent sa “longue marche”, sur la route de la soie, mais il fait aussi marcher des jeunes en difficulté grâce à l'Association Seuil qu'il a fondé. Cette fois-ci il s'est posé, en Sologne, et a longuement écouté, pour un livre, ceux qui cherchent à s'installer... et à faire vivre la terre.

L'essence de la vie : Ils ont quitté la ville pour revenir à la terre par Ollivier     

Dans son dernier livre, “L'Essence de la vie” (édition Arthaud) Bernard Ollivier écrit les portraits d'un groupe de personnes qui ont décidé de s'inscrire dans un projet pour changer de métier, souvent quittant une situation, qu'on appelle habituellement “confortable”, pour se consacrer au travail de la terre.

Ils sont trente-huit stagiaires de la Ferme de Sainte-Marthe (en Sologne), suivant une formation à l'agriculture bio et filières, comme un chemin vers l'autonomie pour devenir entrepreneur en filières bio. Tous résidents en milieu urbain, avec des liens distants voire inexistants avec les métiers agricoles, et les voilà réunis pour une stage de soixante-quinze jours qui les amènera à “refonder” leur vie, à “affiner” leurs choix, à “harmoniser” leurs aspirations personnelles avec leur adhésion professionnelle.

Dans son livre “L'Essence de la vie”, il y a sens, qui est bien un des mots clés de leur démarche. Si l'essence d'un être, c'est l'unité des qualités qui font de lui ce qu'il est vraiment, Bernard Ollivier fait ressortir cette recherche individuelle qui se confronte et s'élabore dans la vie du groupe de formation à la Ferme Sainte Marthe*accueil

Un “professionnel” qui sera unique, car il aura à tout inventer et à bouleverser ses “anciens acquis” confrontés aux nouvelles pistes qui s'ouvrent à lui. Et comme toujours ce qu'on sait “d'avant”, est bien le socle de ce qu'on veut créer après...

Bernard Ollivier dédicace son livre à son petit-fils Henrifutur héritier marron d'une planète que vous et moi empoisonnons”. Comme si une prise de conscience sur le monde d'aujourd'hui se révélait pour contribuer à le façonner autrement, tel le “colibri” souvent cité par l'auteur et par les stagiaires qui, chacun dans sa démarche tient à y apporter sa part.

Dans le préambule Bernard Ollivier, par un rapide descriptif, situe sa démarche, analysant les soubresauts de l'agriculture devenue industrielle, la paysannerie dévaluée, l'échec de l'écologie politique. Et son regard est sévère “si l'écologie revient parfois en surface le temps d'une élection ou d'un procès retentissant, c'est qu'elle est considérée comme un apport non négligeable pour les partis tradictionnels qui l'ont boudée ou méprisée jusqu'ici et peuvent difficilement continuer à nier l'évidence.” (pg33)

Et de ce constat, Bernard Ollivier se rend compte que progressivement un mouvement s'amorce de ce qu'il appelle “les militants du potager”. Et décrit un début de prise en compte dans les moyens de communication et par le cinéma-documentaire.

Qu'en est-il aujourd'hui?

“Qu'en est-il aujourd'hui?”, Bernard Ollivier dresse un état des lieux, non-exhaustif d'initiatives, dès les Amap (Association pour le maintien d'une agriculture paysanne) qui progressent dans l'ensemble du pays, même s'il s'agit pour le moment de groupes restreints de consommateurs-avertis, jusqu'à des fermes et des centres innovateurs et de formation pratique.

Les qualités de conteur de Bernard Ollivier rendent fluide et attachant, en onze chapitres, le portrait de la plupart des stagiaires de cette “promotion 2017”. Elles et ils sont groupés par formation d'origine, projet, les plus collectifs, les plus jeunes... Il y a pour tous les âges et précisément le dernier chapitre raconte les benjamins, Ophélie 23 ans et Florent qui a fêté sa majorité pendant le stage, comme pour ouvrir vers l'avenir et nous dire que c'est possible aussi de mobiliser des jeunes autour de la détermination à vivre autrement...

A la lecture de ces portraits nous découvrons des histoires, toutes singulières, et toutes animées d'un même esprit, celui de faire le fameux “pas de côté”! Disponibles aux découvertes, aux recherches inédites, à des nouvelles perspectives. Un retour à la terre autrement motivé et organisé que celui qui a inspiré la création de communautés dans l'après mai 68.

Ils sont nombreux à s'orienter vers une production potagère ou maraîchère et quelques uns imaginent des liens de leur nouvelle activité dans les environs du milieu urbain, comme une autre forme de concerner le consommateur à des produits de proximité, frais, les rendant ainsi des consommateurs-acteurs.

Les terrains de la ferme de Sainte Marthe Sologne

Ce livre m'a donné la pêche...

Beaucoup d'utopie, probablement, qui s'élabore et se confronte à la réalité. Lors du point que Bernard Ollivier a fait avec chacun, dix mois plus tard après le premier entretien, peu ou prou, la majorité a affiné son projet, trouvé des terrains, des lieux d'application, remplacé des agriculteurs partis à la retraite, crée des collectifs... L'auteur a définitivement pris le parti de “ceux qui font bouger la France”, en référence à l'ouvrage de Philippe Bertrand, qui a “recensé dans son livre quelques-unes des milliers d'initiatives sociales et solidaires dénichées au fil des jours. Il y débusque un nombre surprenant d'initiatives les plus diverses sur le plan culturel, économique, social, associatif dont aucune n'a de chances d’apparaître dans la «grande» presse” (pg 254).

Ce livre m'a donné la pêche, même si je reste libraire”, me disait le vendeur de la librairie où j'ai acquis son livre. En effet, dans l'essence de la vie, ils quittent la ville pour vivre la terre, sans discours idéologique ou moraliste, BO nous transmet sa pêche, son envie, sa curiosité, son engagement. Il nous permet de comprendre leur démarche et la pertinence d'autres regards sur ce que nous accomplissons dans notre quotidien. C'est que ce dont il s'agit ici c'est la qualité des choix que nous faisons tous les jours sur notre façon de nous situer dans la vie, pour nous et pour les autres!

S'agit-il d'un mouvement de retour “actif et critique” à la terre, forgeant des nouveaux paysans, associant sens civique, engagement citoyen, exigence professionnelle? En tout cas l'espoir qu'un autre avenir humain sera de plus en plus partagé.

 Extrait, dans le premier commentaire.

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Association Seuil, la marche avec des jeunes mineurs

Dans le “chapô”, j'écrivais que Bernard Ollivier fait aussi marcher les autres... Il s'agit de l'Association Seuil [https://assoseuil.org/]*, qui se consacre à l'accompagnement de jeunes mineurs en difficulté, leur proposant un périple de trois mois, sac à dos, sans téléphone ni musique, pour se restaurer et si possible s'ouvrir à d'autres projets de vie personnel, scolaire voire professionnel! Le bénéfice de la vente de ses livres est versé à l'Association Seuil, une forme de continuer à partager son engagement avec le lecteur...

* * Marcher pour grandir, avec... Bernard Ollivier

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