Un Murmure à voix haute...

Ils sont sens dessus dessous les Camarades-Valsistes. «pas seulement elle nous fout dans la merde mais en plus s’en va avec tous les honneurs! Quel talent... en marketing». Ainsi s'exprimait un jeune encarté PS commentant le départ de la ministre Christiane Taubira, et la publication de son livre Murmures à la Jeunesse. Et, à coup sûr, ce jeune ne lira pas son «Murmure de transmission»!

Beaucoup a été dit et écrit sur la déchéance de la nationalité et sur la démission (ou renvoi...) de la Garde des Sceaux. Mediapart a aussi consacré bon nombre de ses articles et commentaires au livre de Christiane Taubira.

Alors, une contribution de plus? Peut-être, mais je voudrais laisser ici un billet exprimant le respect pour l'engagement et le rôle joué par la ministre. Certains spécialistes des questions de la Justice font un bilan de son action la qualifiant d’insuffisante voire presque nulle! C'est moins cet inventaire que j'aborde ici même si un sujet, dont je me sens plus proche, me paraît important à souligner.

La réforme de la justice des mineurs tant attendue, d’autant que le candidat de mai 2012 avait donné la priorité pour son quinquennat à la jeunesse. Presque quatre ans après l'élection et cette réforme (une de plus, pour marquer la rupture nécessaire avec le «nettoyeur au karcher»), souvent annoncée n’a pas encore été inscrite dans l’agenda du Conseil des Ministres. Elle est prête, affirme Mme Taubira. On sait que le Premier-Ministre n’est pas pressé pour en débattre d’un sujet dont il n’est pas porteur et on peut estimer qu'elle arrive bien tard.

L’autre question qui exigerait d’être prioritaire c’est la situation matérielle (moyens et personnel) des tribunaux (l’exemple du Tribunal de Bobigny est flagrant: 135 magistrats du Siège seraient nécessaires, à peine 124 sont budgétisés et 24 postes sont vacants; le Parquet, pour un effectif théorique de 53 magistrats ne compte que 46 et le greffe fonctionne avec 20% de moins sur les 367 postes prévus, selon un récent article du Monde). Une justice expéditive est préjudiciable à la sérénité nécessaire pour l’exercice du droit. Une justice lente, dont les procédures prennent des années de retard retire tout sens et pertinence à l’acte de juger.

Nous pouvons vérifier, aussi bien au pénal qu’au civil,  que cette pénurie ôte l'autorité à la Justice et est injuste pour ses utilisateurs.

Cependant je voulais noter ici et rappeler l’intérêt que la ministre a manifesté et le soutien apporté à l’action de la PJJ (Protection Judiciaire de la Jeunesse). Sa première intervention lors de l’Assemblée des Magistrats de la Jeunesse, juin 2012, a marqué un renouveau, au moins dans les intentions et dans le discours. Justice pour les enfants, Taubira répond présent!

La nomination de Catherine Sultan, Juge des Enfants à la tête de la PJJ, allait dans ce sens. Nous sommes aujourd’hui dans l’attente que cet engagement perdure et que le nouveau ministre poursuivre sur ce terrain le travail engagé.

Une cible pour la droite et les racistes

Reste que Christiane Taubira a été la cible de la droite et de l’extrême droite sur le supposé laxisme de la ministre (notamment quand elle défendait l’esprit de l’ordonnance de 45 sur la jeunesse délinquante, voulue par le Général de Gaulle, affirmant la primauté de l’éducatif sur le répressif). Mais Christiane Taubira a aussi été insultée personnellement avec des propos racistes y compris par des élus de la République. Rappelons l'Invitation de l'UMP: Taubira à Cayenne!

C’est dans ce contexte que le murmure à la jeunesse m’a intéressé, à la fois pour ce qu’il dit, ce qu’il suggère et ce dont il est porteur. Écrit en peu de temps, avec des raccourcis inévitables dans cette urgence de dire, de faire savoir, avec une malencontreuse attribution d’un chanteur pour un autre, mais un argumentaire qui donne matière à réflexion et un style qui engage les uns et, sans doute peut agacer d’autres.

Toutefois, avec un mérite, celui d’exposer sans faux-fuyants, ce qui signifie le débat actuel sur la déchéance de nationalité. Soulignant ce qui nous revient, à tous les citoyens, comme refus de ces accommodements avec l’opinion des sondages, avec la droite, avec les attitudes ou les déclarations d'exclusion envers tous ceux «qui ne nous ressemblent pas». Et affirmant avec énergie, le respect inébranlable pour l’Autre, ce qui est inscrit pas seulement dans les frontons des Mairies mais dans le texte fondateur qui est la Constitution.

Son murmure rompt également avec une forme très en vogue des lamentationsdes sortants, sauf peut-être Pascal Caufin avec son livre Imaginons, donnant la parole à des citoyens qui parlent d'écologie et de leur vie!

Oui c'est un murmure-criant, celui de Christiane Taubira, un murmure-évident, un murmure-flagrant, un murmure de transmission, qui s'adresse aux jeunes et aux moins jeunes, nous convoquant à penser, à comprendre, seule façon pour pouvoir agir.

 

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