Quand “Ludivine prend des ailes”

Les démons de Ludivine ou trois mois quand on a 15 ans! Elle s'est scarifiée dès l'âge de treize ans, fait virer plusieurs fois de son collège, casser la figure à ceux qui lui déplaisaient, fait des fugues... bref il ne restait qu'une alternative, le placement, dit la Juge des Enfants. Ou alors, partir marcher 3 mois, un périple de 1700 km à pied...sur les chemins d'Espagne, avec un accompagnant

Résultat de recherche d'images pour "arte documentaire les démons de ludivine"Trois mois quand on a 15 ans!

Ses parents, le Collège, les éducateurs, la Juge, tous étaient d'accord qu'il fallait faire quelque chose, casser ce rythme dans lequel Ludivine s'était laissée prendre depuis des années, attachée au sens propre à son téléphone et à ses explosions je fais ce que je veux quand je veux..., des passages à l'acte comme disent les spécialistes.

Pour réfléchir et mettre à distance un passé turbulent et violent une proposition presque injonction, lui est faite, une marche éducative dans le cadre de l'Association Seuil (1). Ludivine accepte et part avec une accompagnante, Julie. C'est ce que raconte Axelle Vinassac dans un très délicat et percutant documentaire, Les démons de Ludivine... ou quand Ludivine prend des ailes, l'autre titre envisagé par la réalisatrice.

Les démons de Ludivine qui la travaillent pendant sa marche, sous la pluie, sur la neige, sur les chemins qui grimpent tout le temps, les pas sur le goudron au bord des routes, mais aussi l'exploit d'un périple de 1700 kilomètres à pied...

Le choix de la réalisatrice c'est d'ausculter, de donner à voir, de laisser entendre et imaginer comment la progression de Ludivine lui permet de s'ouvrir à ce qui l'entoure, se découvrir, se dire et nous dire son cheminement au-delà de ses pas, de ses ampoules, de l'épreuve d'une longue marche. De très belles prises de vue et un rythme qui nous font être aussi dans l'accompagnement.

C'est par voix off des pages du journal de Ludivine qu'il nous est donné à entendre l'histoire qui se tisse en trois mois quand on a quinze ans.

Et finalement, qu'est que ça fait de marcher ainsi, sans téléphone, sans musique avec quelques moments programmés dans la feuille de marche, tous les cinq-dix jours, pour s'arrêter dans un cybercafé et essayer d'assouvir sa soif d'infos et de répliques.

Ludivine qui à l'évidence sait élaborer, mettre des mots sur ce qu'elle vit, semble avoir bénéficié de cette longue pause dans le quotidien qui l'avait tant submergé et amené à faire des bêtises, des conneries inacceptables par le monde des adultes. Elle a changé mais il n'y a pas de changement dans ce qu'elle a retrouvé à son retour: ses parents c'est comment avant, autour d'elle les autres n'ont pas bougé, est-ce que tout va recommencer comme avant? Le déclic sur ce qui nous touche dans la vie n'arrive pas par un tour de main, et c'est souvent au détour d'un fait, d'un épisode, d'une rencontre qu'il opère. C'est peut-être à ce moment-là que Ludivine saura quoi faire de ses démons. . .

Du lieu nous apprenons peu de choses. La camera d' Axelle Vinassac s'est centrée sur Ludivine, sur le chemin, sur les paysages, la mer à Fisterra, avec discrétion. Pas le ‘folklore’ des marcheurs en vogue, sans interférences autres que celles qui l'ont marqué et  qui sont rapportées par  son journal.

Peut-être aurait-il été opportun que la réalisatrice conclue par une ouverture vers ce que marcher peut suggérer comme perspective. En quelque sorte souligner  le ressort de  l’empathie à l’œuvre dans l’engagement d’une telle expérience humaine.

** À voir en avant-première, en présence de la réalisatrice, le lundi 15 juillet, à 20h30 au cinéma Beau Regard à Paris [22 Rue Guillaume Apollinaire, 75006 Paris  * métro St Germain des Près]. Sélectionné par Arte pour les documentaires de l'été, Film les démons de ludivine Seuil il est disponible jusqu'au 25 juillet 2019.

(1) C'est avec l'Association Seuil, crée par Bernard Ollivier que Ludivine a marché. On voit dans le film les préparatifs avec le directeur Paul Dall' Acqua . Ces marches éducatives dont il a déjà été question ici cherchent dans son dispositif, permettre à un jeune mineur en difficulté, de faire le point, de s'éloigner de là d'où il vient et de trouver peut-être un autre “chemin” qui puisse l'aider à construire sa voie... https://assoseuil.org/

*** Un autre documentaire, à découvrir ici, *Marcher pour grandir dans sa tête, * de Stéphanie Paillet, donne à voir la marche d’Éléonore, racontée dans Démarche. Une autre façon d'appréhender et de réfléchir aux marches éducatives.

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