Femmes de Djibouti: la grève de la faim s'arrête mais le combat continue!

Saluons le courage des femmes Djiboutiennes qui ont réussi à imposer le respect par leur détermination, contre le viol et l'impunité dans leurs pays, en tenant 19 jours de grève de la faim, à Arcueil dans le Val de Marne.

 C'est en fin d'après-midi de ce mardi qu'un point presse a été organisé à la Mairie d'Arcueil. La municipalité (dont le Maire est un inscrit de la Gauche Citoyenne) s'est rendue disponible pour l'occasion, ouvrant ses portes pour une cérémonie en quelque sorte, de reconnaissance du combat de ces femmes contre l'impunité des militaires violeurs et pour leur dignité de femmes.

 Pendant ces 19 jours, le local de Femmes Solidaires qui les a hébergé à Arcueil, en plein quartier du Chaperon Vert, a été visité par des élus (députées européennes, maires, ancien ministres), mais aussi des militants associatifs et du droit des femmes, notamment l'Amicale Panafricaine.

Il avait été question que Mme Rossignol, ministre du droit des femmes, leur rendre visite. On le dit, en secret, car elle aurait été empêchée, son directeur de cabinet à la dernière minute s'est décommandé (la réal-politique prenant le dessus...). C'est Mme Sparacino-Thiellay. ambassadrice des droits de l’Homme au Ministère des Affaires Étrangères qui finalement a fait le déplacement et a été accueillie par le groupe de femmes et les militantes de Femmes Solidaires. Sans doute un moment important pour qu'au niveau ministériel soient entendues les revendications qui ont été à l'origine de cette grève de la faim.

Cette entrevue a permis aux femmes Djiboutiennes d'obtenir quelques assurances qui se situent à l'échelle politique entre les États.

Que la situation d’atteinte aux droits humains et les intolérables viols et violences massifs à Djibouti soit révélée dans le monde et dans les plus hautes instances européennes;

L’assurance que la question des violences commises contre les femmes, notamment des viols et de l’accès à la justice des victimes soit évoquée dans les échanges bilatéraux entre la France et Djibouti;

* Que l’Ambassadrice des droits de l’Homme continue à assurer un contact et un suivi régulier avec les ONG qui accompagnent les victimes de ces violences;

 * Grâce à leur courage sans faille, et le réseau qu’elles ont animé, elles sont en mesure d’annoncer la création d’un comité de suivi de ces plaintes constitué des premiers soutiens avec, entre autres Yvette Roudy, ancienne ministre, Marie-George Buffet, députée et ancienne ministre, Geneviève Couraud, présidente de l’Assemblée des Femmes, Marie-Christine Vergiat, députée européenne, Myriam Thiam, responsable de l’Amicale Panafricaine... ajoutons aussi, Jean-Yves Le Bouillonnec, député-maire de Cachan (c'est un des élus en France des plus cumulards, mais dans ce comité de suivi sa voix est à coup sûr utile).

Un comité de suivi pour poursuivre l'action

C'est peut-être un des aspects importants de l'engagement de Mme Sparacino-Thiellay, Ambassadrice des droits de l'Homme (et des Femmes, pourrait-on ajouter!), la création d'un comité de suivi qui, du fait de la détermination de ce groupe de femmes, disposera de légitimité pour suivre et interpeller les responsables politiques en France et en Belgique (qui composait la moitié du groupe). L’ambassadrice va recevoir une délégation des femmes Djiboutiennes avec le détail des dossiers à étudier et les faire suivre dans l'espoir d'un dénouement auprès de la Justice.

L'action se poursuivra également à l'échelle de la Belgique où une grève de la faim pourrait être une prochaine étape, qui semble déjà en préparation, pour poursuivre le combat engagé en France. C'est en effet au niveau européen que l'interpellation peut se faire (les États isolés et notamment la France, sont trop contraints par leurs intérêts diplomatiques et autres...).

Les deux femmes du groupe (dix à l'origine) qui avaient arrêté vendredi et dimanche derniers la grève de la faim par conseil médical, sont toujours suivies mais semblent récupérer favorablement.

Ces trois derniers jours ont été éprouvants pour les grévistes de la faim. D'une part l'attente de manifestation significative des autorités françaises, d'autre part l'accumulation des jours et la faiblesse des corps même si le moral était bon. Dimanche dernier, beaucoup de Djiboutiens de la région parisienne y sont allés et, grâce à l'information au journal du vendredi matin de France Culture, un certain nombre de voisins plus ou moins proches de la commune se sont également manifestés.

C'est à petite échelle que Mediapart en a pris part, l'actualité étant par ailleurs très abondante. Mais je pense que l'effort d'information c'est une des armes majeures pour tous ces combats qui dans le monde ou à côté de chez nous s'expriment avec leurs moyens, voire au risque de leur vie. Tel le colibri, c'est notre contribution.

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Solidarité vs exclusion!

C'est un ajout, sans lien direct, mais qui me paraît significatif. La grève de la faim a commencé le 25 mars. Et le 31 mars, lors du conseil municipal d'Arcueil, alors qu'il était question d'une subvention pour commémorer le 150ème anniversaire d'Erik Satie dans la commune où il est enterré, une voix dissidente s'y est opposé.

C'est Denis Truffaut, un des trois élus FN de la commune, qui s'insurge traitant le compositeur de "lâche", "hypocrite", "médiocre", "illuminé". Il est contre à ce que "l'argent public serve à honorer un membre de parti communiste alcoolique".

Mon ajout s'arrête là: au même moment où un acte de solidarité réunissait un groupe de femmes en lutte pour leur dignité, un élu de la République exprimait sans détours la politique d'exclusion de ce qu'il représente! 

* * *  Précédent billet: le 7 avril 2016  14ème jour de grève de la faim des Djiboutiennes : soutenons les !

 

 

 

 

 

 

 

 

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