Que vaut la vie de Steve?

Sa disparition date du 22 juin. Des soupçons sur une noyade due à l'intervention brutale de la police à 4 h du matin étaient évoquées. Son corps a été repêché 33 jours après. Dès le lendemain le premier-ministre affirmait qu'il «ne peut être établi de lien entre l’intervention des forces de police et la disparition». L'enquête judiciaire vient d'infirmer la réponse-blanche du premier-ministre.

Des amis de Steve Maia Canico se réunissent devant une fresque le représentant, le 30 juillet à Nantes.   

Que vaut la vie de Steve? quand le mensonge, l'utilisation de l'enquête-maison de l'IGPN, les fanfaronnades menaçantes du ministre de l'intérieur, “qu'on accuse pas la police d'avoir tué quelqu'un”, sont le fil conducteur des réponses du gouvernement.

Voir l'article de Matthieu Suc* Le Canard enchaîné révèle que l’enquête de la police judiciaire contredit celle… de l’IGPN. La police des polices avait laissé entendre que Steve Maia Caniço s’était noyé avant l’intervention des forces de l’ordre. L’étude de la téléphonie de la victime prouve le contraire”: Mort de Steve: la PJ contredit l’IGPN, le gouvernement dans l’embarras

Steve était un jeune issu de l'immigration, blanche certes, mais immigration tout de même... Les mesures de ce gouvernement concernant les populations les plus fragilisées par leur origine, leur condition sociale, leur situation professionnelle, sont révélatrices de la façon dont le pouvoir laisse sur le bord de la route tous ceux qu'il considère “les derniers de cordée”. Une violence économique et sociale qui utilise la police pour légitimer cette politique.

Steve avait un travail, était animateur scolaire, apprécié de son encadrement, des enfants et des parents des élèves. Mais pour Claude d’Harcourt, préfet de Loire-Atlantique, il était au milieu de ces gens qui avaient beaucoup bu et qui avaient sans doute pris de la drogue”.

Dans la police on ne cache pas les critiques sur la disproportion de l'intervention policière et on souligne les pratiques du responsable de ce dispositif. Outre qu'il a été décoré en décembre dernier par son ministre, aucune sanction ou mesure conservatoire n'a été décidée. En revanche un manifestant ayant participé à une manifestation en hommage à Steve, le 3 août à Nantes, a été condamné le 21 août, à huit mois de prison pour violence contre un commissaire... Quelle célérité pour nous faire croire que la violence est du côté des manifestants...

L'avocate de la famille, Cécile De Oliveira, a réagi aux révélations du rapport judiciaire, “Je ne peux pas communiquer sur l’instruction en cours, mais je rappelle que je dis depuis fin juillet que la chute de Steve dans la Loire est concomitante de l’intervention policière”.

Que vaut la vie de Steve, que valent les vies de tous les manifestants blessés, borgnes ou estropiés depuis novembre 2018, sans qu'aucune enquête ait abouti sur les responsabilités des forces dites de l'ordre?

Serons-nous à ce point démunis, si peu mobilisables, pour assister (même si on proteste) à cette “toute puissance et toute impunité de la Police” qui semble devenir la version En Marche!

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Entre-temps, une “marche nationale de la colère” des syndicats de police est prévue à Paris le 2 octobre pour protester contre leurs conditions de travail, “se sentant comme des pions, pas comme des fonctionnaires” disait,  il y a deux jours F. Vanhemelryck, du syndicat Alliance-police. Ce sont en effet des “pions” pour un pouvoir qui, faute de réponses politiques, s'affirme toujours par l'action policière ou le diktat d'orientations imposées sans tenir compte du mal-être qui mine les citoyens.

Question subsidiaire...

Ce climat, cet état d'esprit, ces passages à l'acte, auraient-ils quelque chose à voir avec les violences nombreuses sur la voie publique dont celles exercées par les forces de l'ordre, en dehors même des mouvements de foule ou des manifestations?

Par exemple: *Violences policières : témoin d’une agression à Paris, une femme frappée par un agent* Le Monde 10 septembre 2019. «Alors qu'elle portait secours à une victime, Leila a été violemment agressée par un agent. Elle a été renvoyée devant la justice

Un autre exemple : * Gennevilliers, «bavure» ou scène banale de banlieue? * à Gennevilliers, scène de rue, jeudi 13 juin à 21h30. Une maman inquiète, «déboussolée» pour avoir égarée sa fille, s'adresse à Boubacar, médiateur de la Ville. Une voiture de la BAC passe par là, s'approche du médiateur et le reste c'est en images diffusées par L'écho des banlieues... Bavure? ou scène banale des rapports entre la force publique et les jeunes de banlieue y compris les «bons»...

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