Carnet d'Exil, en livre la belle histoire de solidarité (2)

Carnet d'Exil de Khairollah, raconte l'histoire d'un enfant afghan devenu «adulte» sans passer par la case «jeux d'enfant». C'est l'émouvant récit de quatre ans de la route de l'exil de Khairollah (de 11 à 15 ans) écrit par les élèves du Lycée Agricole Iseta à Poisy, proche d'Annecy. Un livre vient de paraître.

Lors du lancement de la souscription pour l'édition de ce livre, j'avais publié en novembre dernier, un billet Carnet d'Exil, pour faire connaître cet élan de solidarité et fraternité qui représente ce travail. Au fond pour dire oui, une autre façon de faire est possible, pour accueillir les réfugiés, en tout cas autour de nous pour peu que chacun y apporte sa part.

Après un long et dangereux périple (ayant confié son petit frère de 7 ans à un voisin, il est parti seul à l'âge de 11 ans, été 2009, suite à la mort de ses parents, qui ont sauté sur une mine. Il a traversé l'Iran, la Turquie, l'Italie pour arriver en France, à Nice à 15 ans, juillet 2013) Khairollah s'est trouvé, toujours seul, à Annemasse à la quête d'une voix qui lui soit familière. Et c'est en passant devant un bistrot qu'il entend quelqu'un qui parle au téléphone en farsi (langue persane).

Cette rencontre l'amène à en faire d'autres. Du poste de police, au foyer de l'enfance à Annecy, à l'éducatrice de la FOL (Fédé d’œuvres laïques) jusqu'au dr. Charbanou, médecin d'origine iranienne, chez qui il a été conduit puisqu'il avait la gale. Elle l'a soigné, lui a procuré des vêtements et un dictionnaire farsi-français. Un an plus tard, Vincent Viard, maître d'apprentissage au lycée professionnel agricole ISETA lui propose un contrat d'embauche, en maçonnerie, sous le statut d'apprenti en novembre 2014. 

C'est une enseignante qui propose aux élèves de second pro en acquaculture, en éducation socio-culturelle, d'accueillir en classe un jeune apprenti afghan, admis dans l'établissement pour écouter son récit. «Une heure aura suffi, écrit Aline Nevez, pour que Khairollah touche les jeunes en plein cœur. Une heure improvisé, où les élèves sont restés muets, bouleversés. Plus tard ils voudront écrire son histoire».

Et c'est ainsi qu'il est né ce projet de publication qui vient d'être réalisé.

Couverture Carnet d'Exil

On peut toujours faire du discours, analyser et vulgariser le parcours du migrant, du réfugié. Expliquer, rendre accessible la complexité de ce que c'est l'exil, c'est important et nécessaire. Faire appel à la solidarité, aux dons. Ici on a touché à l'essentiel, la rencontre, l'attention à l'autre, le rassemblement de sensibilités diverses, à l'écoute d'une histoire impossible à imaginer et pourtant là, devant nos yeux. Comment étais-je quand j'avais 11 ans, se sont beaucoup d'entre eux, demandé.

Et quand on dit que oui, un autre monde est possible si chacun de nous s'y met, modestement..., on pourrait dire aussi qu'une autre école, une autre façon de faire la pédagogie, l'apprentissage, les humanités tout simplement pourraient beaucoup modifier les rapports et vraisemblablement y obtenir d'autres résultats.

Mieux que ce que je peux écrire ici, si vous pouvez procurez-vous ce petit livre. Il est abondamment illustré avec le récit des différentes étapes du chemin de Khairollah, écrites par les élèves de second de Madame Nevez, à l'initiative de l'ISETA, qui nous montre qu'il n'y a pas d'impossible quand la volonté est là, comme celle de Khairollah, qui pendant quatre ans a bravé mille dangereux pour arriver. Où? Là, où on a su l’accueillir!

* édition Iseta-Denis Vidalie * Retrouvez le bulletin de commande sur le site de l’ISETA

 Extraits dans le premier commentaire.

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