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Billet de blog 26 mars 2018

Quand l'anti-corruption dérange!

Haro sur ANTICOR! Il y a comme une «levée de détracteurs», un «vent de désapprobation» qui souffle fort contre l'activité d'Anticor, association engagée contre la corruption. Pour une députée de la majorité, il y a de l'acharnement, pour un ténor du barreau c'est une sorte de «parquet privé», pour le M du Monde, un prétentieux vaccin anti-corruption (voir premier commentaire).

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C'est donc avec attention et curiosité que je suis allé samedi à l'AG d'Anticor Pour comprendre l'évolution de leur engagement. Persuadé que je suis de l'importance du combat contre la corruption, élément indispensable dans la défense de la démocratie, l'action citoyenne et associative me paraissent déterminants.

C'est ainsi (et peut-être pas très objectif...) que j'ai apprécié l'évolution d'Anticor dont le renouvellement de son actuel équipe pour trois ans, me paraît une contribution utile pour l'action de moralisation de la vie politique en cours.

En effet depuis trois ans, "Peau neuve" pour Anticor , une certaine stabilisation semble permettre une plus grande cohérence et de ce fait une efficacité reconnue dans les actions engagées. Quelques chiffres révélés lors de l'AG, montrent que les alertes et demandes d'intervention d'Anticor sont croissantes, plus de 1300 reçues en 2017. Les groupes locaux étant aussi souvent sollicités pour appuyer ou déclencher des signalements voire des plaintes contre des corruptions dénoncées par les citoyens.

Le nombre d'adhérents a également enregistré une hausse en 2017, 1833 adhérents (ils étaient 1311 en 2016). C'est, peut-on dire la preuve d'une dynamique, de la vitalité d'une association. Refusant toute sorte de subvention publique et privée, l'Association vit de la cotisation des adhérents et des dons individuels.

Cela vaut la peine de rappeler qu'Anticor a été partie civile pour la première fois lors du procès des emplois fictifs de la ville de Paris, en 2011, qui a vu la condamnation de Jacques Chirac à deux ans avec sursis. Depuis, plusieurs procès dont celui de Paul Giacobbi, député et Président du CG en Haute-Corse pour «détournement de fond publics» ou celui de Mathieu Gallet pour «favoritisme». Sans oublier Martial Passi, le maire PCF de Givors (Rhône), condamné en juillet 2017 pour «prise illégale d'intérêts», après avoir nommé sa sœur à la tête des services de la Mairie. L'actuel ministre de l'intérieur l'avait en quelque sorte soutenu lui offrant le poste de délégué aux nouvelles mobilités de la Métropole de Lyon. Situation cocasse, mis en cause par la justice, empêché d'exercer la fonction de Maire dans sa commune mais, par la volonté du ministre Gérard Collomb, il est investit d'une charge sur la mobilité dont il ne semblait pas être le plus compétent... comme «M. Vélo'v»!

Au fond c'est peut-être là, dans cette sorte d'impunité ou toute puissance de certains élus, qui réside l'intérêt des associations anti-corruption et d'Anticor en l'occurrence. Contribuer d'une part à faire connaître aux citoyens les abus, les manœuvres, l'utilisation personnelle du bien public, et d'autre part participer à un mouvement culturel -et de ce fait politique- pour défaire l'image du «tous pourris». Ils ne le sont pas mais peut-être beaucoup plus le seraient si les citoyens et le mouvement associatif n'étaient pas alertés.

C'est que ces pratiques sont véritablement des actes de «corruption de la démocratie» minant ce qui fait le socle commun de la vie sociale.

Rappelons cependant que dans l'affaire Bygmalion dont Anticor s'était constitué partie civile, la Cour de Cassation vient de la déclarer irrecevable. Ce qui revient à dire que dans cette affaire, il n'y aura d'autre partie civile que le parti Les Républicains. Il est vraisemblable qu'il sera davantage actif dans la défense de N. Sarkozy que dans les intérêts des militants qui ont couvert le dépassement du plafond légal de dépenses électorales (42,8 millions d’euros au lieu des 22,5 autorisés).

Soulignons dans l'avenir immédiat, l'action d'Anticor, après les révélations du Canard Enchaîné à propos de Richard Ferrand, le chef des députés en Marche, qui me paraît déterminante pour clarifier l'affaire des Mutuelles de Bretagne.

Reste la question de la parité à Anticor. La liste des candidats titulaires pour les prochains trois ans a six femmes pour quinze hommes. En revanche, chez les suppléants de la même liste, il y a une majorité de femmes...

* * Dans les commentaires, rappel du "chapô"... «Pour une députée il y a de l'acharnement, pour un ténor du barreau c'est une sorte de «parquet privé», pour le M du Monde, un prétentieux vaccin anti-corruption». Et les liens vers les blogueurs sur Mediapart, membres de la direction d'Anticor.

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