“La chanson est une arme...!” de José Mário Branco

La “chanson d'intervention” c'était un de ses engagements majeurs pendant l'exil en France. José Mário Branco, poursuivi par la police politique portugaise s'est exilé en France en 1963 où il a vécu jusqu'au mois d'avril 1974, lors de la ''révolution des œillets''. Pour lui “a cantiga é uma arma” [la chanson est une arme], jusqu'au bout! Il nous a quitté la semaine dernière, à l'âge de 77 ans.

chanson d'intervention”

C'est un mot de souvenir, de peine, d'amitié pour le compagnon, le camarade, l'ami, dont j'ai été proche fin des années 60 début des années 70. Nous avons participé à ce mouvement social (large, varié, inventif, parfois contradictoire) auprès des migrants portugais en France, ayant quitté le pays pour fuir la misère, la guerre coloniale ou la prison sous la dictature de Salazar.

José Mário Branco chantait dans les réunions, les après-midis de dimanche ou les soirées des associations de portugais qui, un peu partout en France ont contribué à maintenir présent la culture, l'esprit on pourrait dire l'âme de ce petit pays trop longtemps soumis au pouvoir fasciste que la PIDE (police politique) réprimait, en arrêtant et torturant, en imposant le parti unique, le syndicat unique, la censure préalable sur la presse...

En 1969, un single produit par José Mário Branco avec une chanson très poétique et engagée, “Ronda do soldadinho”, qui racontait l'histoire d'un petit garçon qui avait grandit dans son village pour être envoyé à la guerre [Os senhores da terra / o mandam prà guerra / morrer ou matar........ Les seigneurs de la terre / l'envoi à la guerre / mourir ou tuer...]. Ce premier disque a été envoyé au Portugal (3000 exemplaires) où il circulait sous le manteau. Après le 25 avril deux cartons, avec une centaine d'exemplaires, ont été trouvés dans les locaux de la police...

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C'est en 1971 que José Mário Branco produit son premier 33tours... Mudam-se os tempos, mudam-se as vontades [Changent les temps, changent les volontés], à partir d'un poème de Luís de Camões. Dans cette production, il met en musique d'autres textes de poètes portugais dont Natália Correia, Alexandre O'Neill, et Sérgio Godinho.

Il a également participé aux activités culturelles dans la communauté portugaise de la troupe Teatro Operário(théâtre ouvrier) créée par Helder Costa, qui est aujourd'hui le directeur d'A Barraca, groupe théâtral qui maintien le même engagement culturel et politique à Lisbonne.

C'est aussi en France qu'il participe, avec Francisco Fanhais, à l'enregistrement de Grândola, vila Morena”, la chanson de José Afonso qui sera le signal pour le déclenchement de la révolution des capitaines dans la nuit du 24 au 25 avril 1974.

Rentré au Portugal dans l'enthousiasme et le même avion que Álvaro Cunhal, Luís Cília, et autres exilés politiques, José Mário Branco sera à l'origine du GAC (groupe d'action culturelle), qui l’amènera à parcourir le pays avec le MFA (mouvement des forces armés) où la musique d’intervention aborde l'engagement politique de la période révolutionnaire et milite pour une transformation de la réalité portugaise.

José Mário Branco aura, toute sa vie, défendu le Portugal d'avril, celui de la démocratie, de l'émancipation culturelle et politique. Il aura marqué aussi la musique et la chanson portugaise, reconnu par son engagement et la qualité de son travail musical.

Le Président de la République, Marcelo Rebelo de Sousa, a salué la mémoire du chanteur-compositeur comme un Symbole de la résistence et d'une exigence permanente de la démocratie portugaise. Il a rappelé que José Mário Branco avait refusé les décorations officielles proposées par l’État  et par là il laissait entendre que la vie de José Mário a toujours été dans la cohérence de son engagement et de sa création. Il me restera toujours cet exemple de sa fidélité et de son humanisme.

Mudar de vida (changer de vie) Un film sur la vie et l’œuvre de José Mário Branco (2013) de Pedro Fidalgo (“N'effacez pas nos traces” )et Nelson Guerreiro 

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