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Billet de blog 29 juil. 2019

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À genoux, «la pédagogie de l'humiliation» ! - 2

Il n'y a aucun parent au gouvernement ou dans sa majorité qui sache l'inefficacité de la «pédagogie de l'humiliation» appliquée par la police le 6 décembre 2019 en mettant à genoux 151 lycéens ? L'enquête de la «police des polices» a été classée sans suite. De même pour le Parquet de Nanterre pour qui les faits reprochés dans les plaintes font «objet d'une décision de classement sans suite».

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En décembre 2018 j'avais avec “rage”, parmi de nombreux blogeurs de Mediapart, manifesté mon indignation “Ça leur apprendra les règles, le respect de l'autorité, la soumission, l’obéissance, qu'on ne peut pas faire n'importe quoi, au fond c'est pour leur bien, ça leur fera un souvenir à ces jeunes” (dixit Ségolène Royal), que des policiers les aient obligés à se mettre à genoux mains derrière la tête... Non à la fessée, mettons-les à genoux”!

Aujourd'hui, aussi bien l'IGPN (police) que le Procureur de Nanterre (justice) en classant sans suite cette violence, supposée éducative, montrent que le choix du gouvernement, par l'intermédiaire de sa police, est l'utilisation d'une répression qui dans sa forme réelle et symbolique est à l'opposé de tout acte éducatif.

Et puisque aucune autorité (si on peut le dire quand on ne sait qu'ils sont “capables” de mettre des lycéens à genoux) ou entité politique n'exprime le moindre désaccord avec ses actes, je me demande s'il n'y a pas de parents, parmi eux, pour clamer haut et fort leur refus de traiter ainsi ceux qui constitueront le futur de la nation.

Nous savons que la Macronie ne semble soutenir que ceux qu'elle considère les premiers de cordée. Il est sûr qu'à Mantes la Jolie il ne doit pas y avoir parmi les lycées qui manifestaient.

À genoux, ça ne leur a pas fait de mal, à ces jeunes!

Je maintiens ce que j'écrivais alors sur ce gâchis humain (de mépris et d'exclusion) que ce quinquennat n'hésite pas à mettre à genoux.

On le sait, des multiples études se sont penchées sur la question, les punitions corporelles, les humiliations des enfants ont toujours un effet négatif et souvent les maltraitances subies pendant l'enfance deviennent des maltraitances exercées à l'âge adulte. Tous les enfants maltraités ne deviennent pas des parents maltraitants, mais ceux qui pratiquent des châtiments corporels les ont subi. L’humiliation s’incruste au fond de soi et souvent pour la vie.

La séquence vécue par les lycéens à Mantes-la-Jolie, n'en déplaise à Mme Royal, s'il n'y a eu “aucun blessé, aucun problème” ressemble plutôt à cette humiliation qui laisse des traces, quelque soit le contexte. Mettre à genoux c'est humilier, rendre faible, mettre à la merci de la force, forcer à l’impuissance, sans parole et sans geste, “Voilà une classe qui se tient sage!”, dit une voix dans la vidéo diffusée.

Oui, une sagesse sans pédagogie, par l’assujettissement, l'inexistence, le mutisme, la résignation, la dépendance, l'acceptation par la peur. Une fausse sagesse car elle suscite le sentiment d'injustice, la révolte, la vengeance, la violence.

Même si le ministre de l’Éducation Nationale s'est dit “choqué” il aurait mieux fait de ne rien dire. Il ne s'agit pas d'être choqué, il s'agit d'être indigné. Et on se demande quels adultes, tout policiers qu'ils soient, des pères, des grands-pères, des grands-frères ont pu donner l'ordre ou l'exécuter de mettre à genoux de jeunes lycéens, humilier, ce qui fera ou devrait pouvoir faire le futur de ce pays.

Mauvaise graine”

Acte arbitraire qui n'a rien à voir avec l'éducatif ou le maintien de l'ordre et ça contribue plutôt à troubler l'ordre public en mettant des enfants ou des jeunes à genoux. C'est la loi du plus fort, la stigmatisation d'une soupçonnée “mauvaise graine”.

Je ne suis que la mauvaise graine
Ils m'ont semée comme un caillou
Sur un chemin à rien du tout
Même les corbeaux me font la gueule
Leur pauv' gueul' qui s'en va tout' seule
Quand y'a plus rien dans leur frichti
Et qu'il fait froid et qu'il fait gris
J' suis ni l’œillet ni la verveine
Je ne suis que la mauvais' graine

Léo Ferré

Les violences arbitraires doivent être combattues et l'obligation d'un État c'est de savoir les repérer, les canaliser, les punir, sans pour autant rajouter par la même forme de violence arbitraire.

Et dans cette séquence, la question c'est que ce sont nos enfants. Qui ont fréquenté nos écoles, qui ont grandi dans nos quartiers, et pas qu'en banlieue, bercés par notre “culture” et nos chaînes de télévision...! Et, apparemment, nous ne savons pas quoi en faire sinon, à l'occasion, les mettre à genoux comme si les humiliations vécues par certains, sur leurs conditions de vie ne leur suffisaient pas!

*** À genoux, “ça ne leur a pas fait de mal, à ces jeunes”!* Paroles de la chanson “La Mauvaise Graine”, dans le premier commentaire.

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