À genoux, “ça ne leur a pas fait de mal, à ces jeunes”!

Ça leur apprendra les règles, le respect de l'autorité, la soumission, l’obéissance, qu'on ne peut pas faire n'importe quoi, au fond c'est pour leur bien, “ça leur fera un souvenir à ces jeunes” (dixit Ségolène Royal), que des policiers les aient obligé à se mettre à genoux mains derrière la tête... Non à la fessée, mettons-les à genoux!

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Il y a quelques jours, à grands renforts médiatiques Madame la ministre de la Santé ou sa collègue des droits des femmes, s'exprimaient pour dénoncer la fessée, les punitions corporelles, la tape dite éducative. Le ministre de l'Intérieur n'était peut-être pas là!

On le sait, des multiples études se sont penchées sur la question, les punitions corporelles, les humiliations des enfants ont toujours un effet négatif et souvent les maltraitances subies pendant l'enfance deviennent des maltraitances exercées à l'âge adulte. Tous les enfants maltraités ne deviennent pas des parents maltraitants, mais ceux qui pratiquent des châtiments corporels les ont subi. L’humiliation s’incruste au fond de soi et souvent pour la vie.

La séquence vécue par les lycéens à Mantes-la-Jolie, n'en déplaise à Mme Royal, s'il n'y a eu “aucun blessé, aucun problème” ressemble plutôt à cette humiliation qui laisse des traces, quelque soit le contexte. Mettre à genoux c'est humilier, rendre faible, mettre à la merci de la force, forcer à l’impuissance, sans parole et sans geste, “Voilà une classe qui se tient sage!”, dit une voix dans la vidéo diffusée.

Oui, une sagesse sans pédagogie, par l’assujettissement, l'inexistence, le mutisme, la résignation, la dépendance, l'acceptation par la peur. Une fausse sagesse car elle suscite le sentiment d'injustice, la révolte, la vengeance, la violence.

Même si le ministre de l’Éducation Nationale s'est dit “choqué” il aurait mieux fait de ne rien dire. Il ne s'agit pas d'être choqué, il s'agit d'être indigné. Et on se demande quels adultes, tout policiers qu'ils soient, des pères, des grands-pères, des grands-frères ont pu donner l'ordre ou l'exécuter de mettre à genoux de jeunes lycéens, humilier, ce qui fera ou devrait pouvoir faire le futur de ce pays.

La psychothérapeute suisse, Alice Miller a consacré ses travaux à l'enfance et depuis plus de trente ans qu'elle nous a alerté sur les «racines de la violence dans l'éducation de l'enfant». Son livre C'est pour ton bien, paru en France en 1984 (éditions Aubier) est d'une grande pertinence. Et Alice Miller, grâce à son expérience clinique souligne la nécessaire prise de conscience des adultes devant les humiliations vécues par un enfant qui laissent une trace durable dans sa croissance, qu'il risque de transmettre à la génération suivante. J'avais, au moment de sa disparition, en avril 2010, évoqué son engagement, La fessée «c'est pour ton bien» mon enfant!

D'une certaine façon, la révolte qu'on dit des “gilets jaunes”, est aussi l'expression d'une révolte contre le sentiment d'humiliation, le mépris, les maltraitances réelles ou symboliques. Comme si la revendication sur leurs fins de mois difficiles étaient en quelque sorte une exigence de reconnaissance.

Acte arbitraire qui n'a rien à voir avec l'éducatif et ça contribue plutôt à troubler l'ordre public en mettant des enfants ou des jeunes à genoux. C'est la loi du plus fort, la stigmatisation d'une soupçonnée “mauvaise graine”.

Les violences arbitraires doivent être combattues et l'obligation d'un État c'est de savoir les repérer, les canaliser, les punir, sans pour autant rajouter par la même forme de violence arbitraire.

Et dans cette séquence, la question c'est que ce sont nos enfants. Qui fréquente nos écoles, qui grandissent dans nos quartiers, et pas qu'en banlieue, bercés par notre “culture” et nos chaînes de télévision...! Et, apparemment, nous ne savons pas quoi n faire sinon, à l'occasion, les mettre à genoux comme si les humiliations vécues par certains, sur leur condition de vie ne leur suffisaient pas!

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Sur la fessée quelques billets récents qui me paraissent des contributions importantes pour le réflexion sur les "violences éducatives", dans les blogs de :

* baloz  // Les députés craignent pour leurs fesses

** Philips Michel  // Fessée. L'éducation peut-elle faire abstraction de la violence ?

*** tatia   //  Vers une interdiction de la fessée

 

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