À Mantes-la-Jolie, ''oui, la police a menti''!

C'était le 7 novembre 2017, dans le quartier du Val-Fourré, à Mantes-la-Jolie (Yvelines), un jeune homme a été interpellé et amené au commissariat dans un fourgon. Selon la police il avait été ''très virulent'', s’était ''rebellé'', ayant essayé de ''prendre la fuite'''. Grâce à une vidéo amateur, cette version est démentie et selon l'AFP, deux policiers viennent d'être mis en examen.

Il a fallu deux ans, pour que la justice décide de mettre en examen deux policiers pour ''blessures involontaires''. Pour trois autres fonctionnaires de police, l'instruction se poursuit, également pour ''blessures involontaires'' mais aussi ''non-assistance à personne en danger''. La police des polices (IGPN) mènerait aussi une enquête, toujours en cours.

La vidéo amateur versée au dossier montrerait que l’interpellation s’est déroulée sans difficulté, tout au moins jusqu'au moment où le jeune homme monte dans le fourgon.

Il a souffert de brûlures aux mains ''au deuxième et au troisième degrés''. Selon un syndicat de la police c'est à cause d'un chauffage défectueux et les fonctionnaires de police ne se sont rendus compte des brûlures que lors de l'arrivée au commissariat. Emmené à l'hôpital par les pompiers, sorti le lendemain il a du y revenir quelques heures après, vu l'aggravation de ses blessures. Il a été opéré et greffé.

''Toujours en rééducation et «très atteint psychologiquement», selon Me Job, le jeune homme maintient sa version initiale. «Mon client ne s’est pas rebellé au moment de son interpellation, il n’a pas refusé d’obtempérer. Désormais, tout le monde est clair là-dessus, à ce stade, ce point-là ne fait plus débat, affirme son avocat. En revanche, les versions continuent de diverger sur ce qui s’est passé dans le fourgon et les policiers se contredisent entre eux.» L’avocat souhaite que les faits soient requalifiés en «blessures volontaires», rapporte Le Monde (28/12/2019).

On est en droit de douter de l'enquête de l'IGPN, compte tenu de la version initiale démentie et reconnue comme mensongère, deux ans plus tard par le Parquet qui revient sur ses premières déclarations.

Ce qui me paraît encore plus sidérant c'est ce délai de deux ans pour qu’un début de justice (au sens propre) soit engagée.

Que peuvent penser les jeunes, la population du Val-Fourré sur le respect de la police et la probité de la justice ? Quelle justice et quel devenir pour ce jeune homme qui avait alors 27 ans (le seul tort, apparemment, serait d'être dans la cité avec des copains, en face de l'immeuble de ses parents sans qu'aucun événement de perturbation à l'ordre public puisse être imputé à ce groupe de jeunes) ?
On ne peut qu’être
stupéfait et indigné par cette façon de faire de la part des autorités (justice, intérieur, gouvernement) qui par leurs méthodes et l'utilisation du temps laissent ''traîner, pourrir'' les affaires (voire les bavures) nourrissant ainsi le sentiment d’injustice, la rancœur, la colère, la révolte.
S’il y a des lieux qui échappent aux lois de la République, la police semble bien se comporter
dans cette affaire de la même façon !

Dérives policières et enquête citoyenne

Les dérives policières prennent un tournant très régulier et sont soutenues par ce gouvernement, qui est dans le déni des violences de sa police. C'est sous l'ère Macron que son ''ange gardien'' Benalla, va s'entraîner contre les manifestants un 1er mai 2018, ou que sa police, par la main du ministre de l'intérieur, a éborgné, mutilé, violenté des centaines de manifestants, outre la mort de Zineb Redouane à Marseille ou de Steve à Nantes. Incapable d'apporter une réponse politique, au bout de 58 samedis, au mouvement des gilets jaunes, seule sa police a été présente continuant à commettre des actes illégaux et violents contre les manifestants.

Ces violences sont niées par le gouvernent même si le chef de l’État a considéré qu'il s'agit de ''blessures inacceptables, les mutilations, à la fois du côté des forces de l’ordre et du côté de nos concitoyens'', estimant que ''Ça doit nous conduire sans doute à repenser certaines méthodes''. [Paris Match le 21/08/2019]. Malgré cela de nombreuses plaintes ont été classées sans suite, d'autres seraient toujours en instruction.

Du côté parlementaire aucune enquête n'a été diligentée et on pourrait se demander si nous, les citoyens, n'avons pas suffisamment de force et d'arguments pour engager une enquête citoyenne sur la violence policière. Il s'agit de lutter contre la poursuite des exactions des forces de l'ordre contre les valeurs et le droit de manifester dans la République. C'est aussi combattre l'hydre d'extrême-droite qui s'infiltre et mine la police qui devait être protectrice des citoyens et de la République.



* * Déjà à Mantes-la-Jolie: À genoux, «la pédagogie de l'humiliation» ! - 2

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Dessin de Lupo, dessin de presse révélateur de l'action publique. Merci!

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