Le Plan de relance n'est pas 100% vert: nous avions raison, Barbara Pompili!

Le 8 septembre dernier, la ministre de la transition écologique Barbara Pompili s'était emportée contre Attac lors d'une matinale sur France Inter : « quand Attac dit que 70 % du Plan de relance va à l'encontre de la transition écologique, ça me met hors de moi ». Nous avions pourtant raison. C'est désormais le Haut conseil pour le climat qui en fait la démonstration. Et c'est implacable.

Suite à la présentation du plan de relance par Jean Castex le 3 septembre, la ministre de la Transition écologique Barbara Pompili n'avait cessé d'insister : en plus des 30 milliards d'euros destinés à la transition, c'est l'ensemble du plan de relance qui serait écolo-compatible et « guidé par un fil vert ». Plusieurs réactions de notre part, comme celle-ci, disant au contraire que 70% du plan de relance n'avait aucune ambition écologique, l'avaient semble-t-il profondément agacé.

Lors d'une matinale sur France Inter, chez Nicolas Demorand et Léa Salamé, la ministre s'était emportée. « Je ne veux pas qu’on dise de bêtises et qu’on soit de mauvaise foi » avait-elle indiqué, ajoutant « quand Attac dit que 30 % pour la transition écologique, ça veut dire 70 % contre la transition écologique, ça me met hors de moi », en mentionnant le nom d'Attac France via un rébus (voir la vidéo ici). Elle avait alors tenté d'expliquer pourquoi, sans convaincre. Nous lui avions même proposé d'en débattre publiquement, en explicitant une à une les raisons qui justifiaient notre position. Sans réponse de sa part ou de la part du Ministère.

Ce mardi 15 décembre, la publication d'un avis du Haut Conseil pour le climat (disponible ici en .pdf), instance indépendante, vient trancher le débat : 70% des mesures du plan de relance ne vont pas dans le sens de la lutte contre le réchauffement climatique. Sur les 100 milliards d'euros, seuls 28 seraient favorables à la réduction des émissions quand 70 milliards, présentés comme « neutres » par le gouvernement, pourraient au contraire « avoir un effet significatif à la hausse sur les émissions ». C'est le cas par exemple de la baisse des impôts de production.

A cette occasion, nous postons donc à nouveau ci-dessous les 9 raisons qui nous avaient conduit à affirmer très clairement : « Non, trois fois Non, le plan de relance n'est pas 100% vert ». Il ne l'est même qu'à 28% pour le Haut Conseil pour le climat. Insistons : la question « à quel niveau les plans d'urgence, le plan de relance etc doivent-ils être compatibles avec la lutte contre les dérèglements climatiques, la protection de la biodiversité, etc » est un débat d'intérêt public majeur. Barbara Pompili accepterait-elle d'en débattre publiquement, et contradictoirement ? Nous sommes même prêts, si besoin, en lien avec d'autres partenaires, à organiser un tel débat. Sur Mediapart ?

Maxime Combes, porte-parole d'Attac France

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Pour aller plus loin : les 9 raisons qui nous amènent à dire que le Plan de relance n'est pas 100% vert

1. Le Plan de relance ne comprend aucune contrepartie écologique sérieuse à l'ensemble des aides pour les entreprises polluantes (et c'était déjà le cas pour les plans d'urgence du printemps) : aucune aide n'est conditionnée à une transformation écologique de l'entreprise, de ses filières d'approvisionnement et/ ou de son processus de production.

2. La suppression de 20 milliards d'euros d'impôts de production (seule mesure pérenne du plan de relance) va principalement favoriser les secteurs de la finance et de l'industrie des énergies fossiles (pétrole, gaz, chimie, etc) qui sont loin d'être des secteurs, chacun en conviendra, reconnus pour leur bienfaits sur l'environnement et le climat.

3. Le plan de relance ne comporte pas d'évaluation écologique documentée et chiffrée des deux autres piliers du plan (compétitivité et cohésion) et le gouvernement ne prévoit pas, sauf erreur d'en fournir. Comment donc affirmer le contraire sans éléments sourcés, Madame la Ministre ?

4. Les 11 milliards € prévus pour le 4ème programme d’investissements d’avenir, qui sont intégrés dans le Plan de relance, doivent financer les technologies numériques sans qu'aucune discrimination écologique n'ait été établie pour s'assurer de ne financer que des projets écolo-compatibles (on sait que les activités numériques peuvent être nocives pour le climat et l'environnement).

5. Le Plan de relance met plus d'argent sur la table pour les secteurs aéronautiques et automobiles (2,6 milliards d'euros) que pour la transition agricole et alimentaire (1,2 milliard).

6. Les 2,6 milliards d'euros débloqués en faveur de "l'innovation" dans l'aéronautique et l'automobile pourraient très largement empêcher, comme une promesse de décarbonation dans un futur lointain, un véritable plan visant à réduire l'usage de l'avion et de la voiture

7. Un montant de 250 millions € est débloqué pour le soutien à « l’agriculture de précision » (achat d'équipements technologiques lourds) qui, sous couvert de viser à la réduction de l'usage de pesticides et d'engrais, va surtout contribuer à soutenir un modèle agro-industriel intrinsèquement insoutenable.

8. Au sein même du pilier écologique du plan de relance, 470 millions € sont débloqués pour la filière nucléaire. Même l'UE, qui a refusé de considérer le nucléaire comme un vecteur de transition écologique – il a été exclu de la taxonomie verte pour l'instant - va tiquer face à ce coup de force du lobby nucléaire.

9. Les investissements pour la rénovation énergétique sont jugés insuffisants : le milliard d'euro ajouté au dispositif « MaPrimeRenov » conduit juste à revenir au niveau d’investissements publics atteint en 2018, alors que le nombre de bénéficiaires a été étendu aux plus riches (avec des effets d'aubaine possible), aux propriétaires bailleurs et aux syndicats de copropriété

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