La Vie (et la Mort) en mode us au temps du Coronavirus, par Pierre Méjean.

Cumulus et cirro-stratus, Romus et Romulus, Stradivarius et Confucius, château Petrus et cirque Gruss, programme Erasmus et planète Uranus, Diafoirus et professeur Nimbus, motus ou toujours plus ?

Papyrus Papyrus
Albert Camus publia en 1942 La Peste, Giono pour ne pas être en reste l'imita quelques années plus tard avec Le Hussard sur le Toit qui relatait une épidémie de choléra dans un petit village de Provence. Puis ce fut au tour de André Brink d'évoquer dans le Vaucluse le mur qui confinait les pestiférés venant du port de Marseille. Et sans aucune intention préconçue, sans message caché ou crypté Garcia Marques L'Amour au Temps du Choléra. Pour Camus il s'agissait en pleine guerre mondiale de condamner de façon métaphorique la peste brune, pour Brink de condamner la peste de l'apartheid de son pays l'Afrique du Sud.

Crésus légendaire roi de Lydie dépensait sans compter des richesses qui auraient fait se dresser les cheveux sur la tête de Malthus l'économiste anglais partisan de la frugalité et de l'abstinence sexuelle, il ne fallait pas qu'il y ait plus de bouches à nourrir que de nourriture disponible il préconisait même des surplus, c'était donc un prude partisan secret du coïtus interruptus.

Henry Miller l'égotiste US commettait deux siècles plus tard La Trilogie de la Crucifixion en Rose qui lui aurait certainement valu le sort des Sorcières de Salem, pièce écrite par son homonyme Arthur par ailleurs un temps époux de Marylin, et qui aurait fait se dresser doublement les cheveux de l'austère Malthus.

Stradivarius inventait plusieurs décennies avant Malthus le violon qui porte son nom.

L'Europe fut ravagée pendant des siècles par des épidémies de choléra, de peste ou de typhus et voilà qu'arrive ce virus qui se musse dans l'air du temps, n'est pas contrairement à ces lointains prédécesseurs porté par les rats et les puces, a voyagé sur un cirro-stratus ou un cumulonimbus pour venir du pays de Confucius il nous est tombé dessus avec l'apparition des premiers crocus, bouleverse tous nos us et génère un malus pour la courbe démographique (les tumulus se multiplient et les combustions aussi) et l'économie (il finira par compromettre la production des Châteaux Petrus si chers à Bacchus et le cirque Gruss a plié son chapiteau), et conforte à sa façon les arguments d'un livre de François De Closets : Toujours Plus. Qui fit polémique en son temps.

Tout le monde se confine aussi bien les Russes et les Biélos que la Prusse et on ne voit plus un seul gugusse traîner ses guêtres une fois tombé le couvre-feu sinon sus à lui. Les autorités sanitaires l'affirment mordicus, ne sortez pas surtout pas en groupe surtout qu'ici contrairement aux tropiques pour se rassembler à son ombre pas de ficus, passer outre est un casus belli.

Au sortir de la guerre de 14 Henri Barbusse avait écrit Le Feu, les crémations deviendront bientôt aussi nombreuses qu'à Bénarès sur les gats au bord du Gange. Ce virus aussi tenace qu'une épine de cactus planté dans votre mollet jusqu'au cubitus et qui peint votre visage d'un rictus permanent de douleur. Cette année aucun rugbyman ne brandira le bouclier de Brennus Quand le vulgum pecus rencontre son alter ego c'est histoire sans paroles, motus, il se tient à trois mètres pour ne pas recevoir son mucus et ce ne sont pas les laïus des autorités qui vont les rassurer, d'autant qu'apparaissent ici et là des Diafoirus ou des professeurs Nimbus autoproclamés.

Les échanges étudiants du programme Erasmus ont du plomb dans le plexus, le virus vide aussi les campus ; on filtre avec l'Espagne le trafic au col du Perthus et avec l'Italie à celui du Fréjus. Le pays de Romulus et Remus, de Cincinntus, Caïus Gracchus, Brutus et autres Marius est le plus touché, le lait de la louve (lupus) n'a aucun pouvoir curatif ni pour ses enfants ni leurs descendants ; Janus le dieu à double face montre la plus sombre, Le pays du papyrus (l'Egypte) n'est pas épargné non plus.

Le professeur Nimbus est le personnage d'un comic  strip  français « muet ». Il a été créé et dessiné par André Daix (de son vrai nom André Delachanal) en 1934. Il paraît pour la première fois dans le quotidien Le Journal, puis dans Le Matin de 1943 à 1944. Le professeur Nimbus est le personnage d'un comic strip français « muet ». Il a été créé et dessiné par André Daix (de son vrai nom André Delachanal) en 1934. Il paraît pour la première fois dans le quotidien Le Journal, puis dans Le Matin de 1943 à 1944.

Gare à ceux qui ont une fragilité des sinus, pour eux c'est un facteur aggravant, un malus, le virus met dans leurs poumons un mucus mortifère ; pour les collégiens qui ont dans le nez le sinus et avec lui dans leurs bouquins son cousin le cosinus, c'est tout bonus ; ils ont quitus avec leur prof de maths. On a beau avoir une solide assurance-vie où les bonus priment sur les malus, à la fin ces derniers l'emportent. Les jeunes conducteurs écervelés ont souvent des malus, les vieux plus sages des bonus mais paient le plus lourd tribut au virus. Et les tumulus se multiplient font des cumulus funèbres presque au même rythme que les de profondis mortibus, à terme ça fera de l'humus , substratum des futurs fungus (champignons) qui sortiront à l'automne.

La planète Uranus est-elle habitable, si oui les terriens devront-ils y émigrer pour se débarrasser du virus ? Mais il voyage si bien qu'il est déconseillé de prendre avec lui l'autobus même pour aller au Perthus acheter du pastis, il serait bien capable de piquer quelques bouteilles pour empêcher de mourir alcoolo avant que lui-même ait sévi. C'est désormais le primus inter pares des agents mortifères.

 Alors que faire pour passer le temps ? Lisons ou relisons les romans évoqués au début de ce laïus, ou l'austère Malthus ou encore le jouissif Henry Miller auteur de Sexus, Plexus Nexus et autres joyeusetés antidotes du dépressif Malthus, écoutons la chanson cinquantenaire de ce vieux galopin de Jacques Dutronc écrite par ce vieux coquin de Jacques Lanzmann depuis passé ad patres sans le concours d'un virus : « Dans mon slip il y a des cactus ».

En tant qu'homo erectus allongeons nous (paradoxalement ) avec la personne consentante de notre choix pour démentir si nous sommes en rupture de protection chimique ou plastique appropriée et ne pratiquons pas le coïtus interruptus, les prévisions mortifères de Malthus, et si nous adhérons à son credo, il reste l'alternative du cunnilingus et de la gâterie du prépuce pour limiter le nombre des naissances à partir du mois de Janus (Januarius) prochain . Et pour fêter tout cela débouchons une bouteille de Petrus en écoutant un concerto où le violon solo jouera sur un stradivarius alors que Sirius l'étoile la plus brillante resplendit dans le ciel, on pourra toujours l'admirer avec une paire de jumelles ou un télescope si on est seuls ; à défaut contentons-nous de prendre l'air avec Pupuce une fois par jour d'autant plus qu'on peut plus aller au marché aux puces, et à échanger avec les voisins des risettes au lieu de rictus. Mais surtout ne lisons pas la littérature scientifique relative aux divers types de typhus au risque de choper le bombus ( pardon le bourdon) contre lequel aucune sommité n'a pu jusqu'à présent développer un vaccin

PS local / Pour les gardois il y a toujours la possibilité de se réfugier au village de Mus perché sur une colline peut-être imprenable par le virus

Pierre Méjean, 21 avril 2020

Au jour d’après ? Quel « jour d’après » ? A partir d’un premier texte anonyme et collectif, MEDIAPART accueille depuis le 6 avril 2020 le blog Au jour d’après, atelier d’écritures en voix brassées du Tout-monde pour gouverner le futur.

Ce blog sera quotidiennement mis à jour, jusqu’à plus soif.

Toutes contributions peuvent être adressées à : aujourdapres@tutanota.com

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