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« L'Occident ne représente ni un lieu, ni un repère cardinal, car c'est avant tout le champs historique d'un vaste projet politique et marchand. L'Occident n'est pas à l'Ouest, ce n'est pas un lieu : c'est un projet.»

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Billet de blog 30 janvier 2026

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« L'Occident ne représente ni un lieu, ni un repère cardinal, car c'est avant tout le champs historique d'un vaste projet politique et marchand. L'Occident n'est pas à l'Ouest, ce n'est pas un lieu : c'est un projet.»

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Groënland : "C'est un génocide culturel qui nous menace"

Le quotidien Danois "Information" publie en ce moment six entretiens de Groënlandais. Troisième de cette série : Simon Lynge, 46 ans, musicien auteur-compositeur-interprète, qui a grandi entre le Danemark et le Groenland du Sud mais vit aujourd'hui à Port Townsend, État de Washington, États-Unis.

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Illustration 1
Simon Lynge, 46 ans, musicien auteur-compositeur-interprète. A grandi entre le Danemark et le Groenland du Sud mais vit aujourd'hui à Port Townsend, Etat de Washington, Etats-Unis. © Information

Le musicien dano-groenlandais Simon Lynge craint que la culture américaine n'écrase le Groenland. Les deux cultures lui sont familières - car il vit aux Etats-Unis.

Texte original : Mikkel Vuorela et  Ida Nyegård Espersen; traduction : Maia Nielsen

*

"Je me sens mieux aujourd'hui que ces dernières semaines. C'était comme un cauchemar éveillé. J'ai le sentiment que le Groenland est transformé à jamais à présent. Quelque chose est perdu, qu'on ne retrouvera jamais. Je ressens un énorme chagrin, que je n'ai pas encore réussi à gérer.

"Je reviens d'une conférence de musique folk à la Nouvelle Orléans où j'ai rencontré pas mal d'autochtones américains et je leur ai dit ce que je ressens : ce qui est en train de nous arriver à nous leur est arrivé depuis longtemps. L'impérialisme américain est en train d'écraser ma culture.

"Je suis marié avec une Américaine que j'ai rencontrée lors de ma toute première visite aux Etats-Unis et je vis ici depuis près de 20 ans. Nous avons deux enfants et vivons dans une petite maison d'une petite ville dans l'Etat de Washington, une ville portuaire avec une vue sur des volcans et deux chaînes de montagnes.

"En habitant ici, j'ai naturellement vécu les années Trump de façon plus intense que si j'étais au Danemark. J'ai senti combien cela a transformé les relations humaines. Nous fêtions autrefois Noël avec des personnes de ma belle-famille, avec qui on ne passe plus les fêtes, à cause de la politique. Et ce n'est pas rare."

Apocalyptique pour mon père

"Quand Trump a commencé à focaliser sur le Groenland j'ai pensé "Non, ça ne peut pas arriver". C'est comme si après l'invasion au Venezuela il s'était rendu compte qu'il avait les forces armées les plus puissantes du monde et qu'il s'était dit "Bon, et maintenant, le Groenland !". J'avais l'impression qu'il allait le faire, là, tout de suite. C'était si intense que je ne pouvais plus dormir, ou que j'en faisais des cauchemars.

"Quand je parle avec mon père, qui vit au Groenland, on slalome autour du sujet car je crois qu'en parler nous ferait fondre en larmes. Il a 83 ans, il a connu le Groenland avant la modernisation. Il a déjà senti une perte. Pour lui, c'est apocalyptique, je le sais. On sent le génocide culturel qui se prépare.

"Il y a beaucoup de choses dans la culture américaine que j'apprécie, mais ici les gens peuvent avoir du mal à comprendre que pour d'autres, il y ait des choses qui comptent plus que d'avoir une voiture, un bon job, accès à 94 chaînes de télé et de se sentir libre. La liberté, aux États-Unis, a un sens directement associé au capitalisme. C'est la liberté de réaliser ses rêves et de devenir riche. Au Groenland, on ne rêve pas de la même chose.

"Les Groenlandais ont accès à beaucoup de biens matériels comme ceux des Américains mais il subsiste une relation profonde et ancienne à la terre et à la nature que peu d'Américains ont. Notre mythologie, notre sens de qui nous sommes, notre art, tout tourne autour de la nature. L'esprit groenlandais est une émanation de la nature.

"Aujourd'hui, les grandes puissances se préparent à combattre au Groenland sans avoir compris ce qu'elles vont détruire. Elles n'ont pas perçu ce rapport avec la nature. Ça ne représente rien pour elles."

La vengeance de Trump

"Je crains que la culture américaine telle que Trump la représente n'annihile complètement la culture très tendre et chaleureuse qui est la nôtre. Les Groenlandais sont des gens silencieux. Une grande partie de notre communication ne passe pas par les mots. On est en rapport avec une personne, rien qu'en partageant l'espace avec elle. Par l'expression du visage, l'énergie qu'ils dégagent, par quelques paroles tranquilles.

"Il y a quelques temps, je suis arrivé à Nanortalik un matin en bateau, avec mon fils et mon père. Peu après, un navire de croisière a accosté et une quarantaine d'Américains ont déboulé dans la grande rue. Ils faisaient tant de bruit que le contraste était colossal. C'est cela, je le crains, qui va écraser le Groenland. Une absence totale de sensibilité à notre façon d'être. 

"Beaucoup de gens disent aujourd'hui que Trump a accepté une solution qui, en fait, n'est autre que ce qu'il avait déjà. Le fameux accord-cadre. Mais quand Trump se rendra compte que, d'une certaine façon, il s'est fait avoir, il se vengera. Et ce sera pire que tout ce que nous avons déjà vu."

*

Le 26 janvier, le journal quotidien danois "Information" publiait six entretiens avec six Groenlandais·es. Récit personnels : moments de peurs, espaces de solidarité, regains d'espoir, au long d'un mois de janvier pendant lequel leur vie et leur avenir ont été menacés de façon existentielle.

Comment fait-on pour garder le moral ?

Comment fait-on pour expliquer aux enfants ce qui se passe ?

Comment réagir face aux journalistes danois, qui considèrent tout cela comme faisant partie du jeu politique ?

Illustration 2
Miki Brandt, 37 ans, responsable projet. Vit à Sisimiut. © Information

"Bon Dieu, vous étiez prévenus depuis 2019"

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Illustration 3
Tida Sigurdsdatter Ravn, 69 ans, interprète et journaliste, vivant à Nuuk. © Information

"Le Groenland n'est pas à moi. C'est moi qui lui appartient."

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Illustration 4
Simon Lynge, 46 ans, musicien auteur-compositeur-interprète. A grandi entre le Danemark et le Groenland du Sud mais vit aujourd'hui à Port Townsend, Etat de Washington, Etats-Unis. © Information

"C'est un génocide culturel qui nous menace"

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Illustration 5
Mia Chemnitz, 32 ans, tient une boutique de laine à Nuuk © Information

"J'étais si nerveuse que j'en ai rendu mon déjeuner"

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Illustration 6
Navarana Lennert-Andersen, 38 ans, directrice de crèche dans la commune de Qeqqata. Vit à Sisimiut avec son mari et deux enfants. © Information

"On pense à survivre"

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Illustration 7
Agnes Johnsen, 81 ans, directrice de centre social à la retraite, vit à Sisimiut © Information

"Je me suis demandée si l'invasion viendrait par les airs ou par l'océan"

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