L’épidémie, Mediapart et les charognards

« C’est un complot », hurle Le Pen. « C’est un complot », reprend Mediapart. Une enquête bâclée, à base de prétendues « révélations » connues de tous depuis longtemps, reprenant tous les fantasmes des théories complotistes, prétend dénoncer « un scandale d’état ».

« C’est un complot », hurle Le Pen. « C’est un complot », reprend Mediapart. Une enquête bâclée (et postée nuitamment), à base de prétendues « révélations » connues de tous depuis longtemps, reprenant tous les fantasmes des théories complotistes, prétend dénoncer « un scandale d’état ». Sur tous les continents, dans tous les pays y compris les plus riches (en Allemagne, aujourd’hui, les habitants sont appelés à confectionner eux-mêmes leurs propres masques), la chasse aux masques est devenue un sport national, la faiblesse des stocks témoignant bien plus de réticences culturelles (comme d’ailleurs le confinement) que d’une faille des dispositifs sanitaires. On a d’ailleurs un peu vite oublié la franche rigolade qui avait accompagné en 2009, lors de l’épisode H1N1, la constitution de stocks, jugés ruineux pour le contribuable et qui avaient surtout ruiné la carrière et la réputation de R. Bachelot. Mais qu’importe après tout : pour Mediapart, cette indifférence est le signe non seulement d’une coupable négligence mais de la volonté de nuire. C’est un crime dont les responsables doivent être dénoncés et passés par les armes. Fouillant dans les poubelles débordantes de l’extrême-droite, exhumant des documents déjà connus de tous, Mediapart retrouve ses postures favorites de donneur de leçons, d'ange exterminateur, qui le dispensent de faire de l’information. Qui lui permettent de vendre également ; en période d’épidémie, les affaires restent les affaires.

Le coronavirus sert à tout, à condition de savoir s’en servir.  De  fait, depuis le début du  confinement, une épidémie quand même peu banale est l’occasion d’un emballement/déballement assez général et franchement glauque, non seulement dans certains medias, mais chez les politiciens de tout poil et de toute nature, professionnels et amateurs, pas vraiment du meilleur pedigree. Sur le registre complotiste – « on nous cache tout, on ne nous dit rien » ou encore « ils savaient, ils n’ont rien fait » - une tempête de critiques véhémentes sur fond d’indignation vertueuse accompagne la marche en avant d’un virus dont on finirait presque par croire qu’il cible exclusivement un petit territoire de 550 000 km2 et ses 68 millions d’habitants. Une pandémie mondiale et sans doute historique réduite au rang de querelle politique intérieure par des individus à qui il aura fallu peu de temps pour retrouver leurs vieux réflexes, et se livrer à leur jeu favori : le règlement de compte. Non pas qu’on ait placé quelque attente dans le concept éculé d’« union nationale », d’ailleurs bien peu pertinent pour comprendre un phénomène qui se joue des frontières nationales, mais en ces temps troublés, peut-être aurait-il fallu simplement faire preuve  d’un minimum de décence (et de prudence) plutôt que se livrer à une médiocre instrumentalisation d’un fait qui, de toute façon, vous échappe. Mais cette décence, cette simple retenue ne sont même pas au rendez-vous.

Les masques donc mais également, particulièrement bruyantes, les attaques récurrentes autour de la souveraineté nationale qu’auraient mise à mal des décennies de construction européenne et d’ouverture des frontières. Oubliant quand même que la santé publique, comme bien d’autres domaines (l’éducation par exemple) n’a jamais fait partie des compétences communautaires. Oubliant également qu’un garde-frontière n’a jamais arrêté un virus. La ligne Maginot non plus. Hier, dans la foulée de Le Pen (à quand une conférence de presse commune ?), Mélenchon partait sabre au clair contre son adversaire préférée, le cauchemar de ses nuits, Angela Merkel. Une haine profonde, durable, qui remonte à l’époque des casques à pointe et de la ligne bleue des Vosges mais qui offre l’immense avantage de coller à l’air du temps. Un air fait de repli sur soi et de désignation d’un bouc émissaire.

Autrefois, en période d’épidémies, on brûlait quelques Juifs, quelques sorcières également ou réputées telles, on invoquait la providence divine et l’on se donnait bonne conscience à peu de frais. Aujourd’hui, si surprise il y a, c’est de retrouver sur le devant de la scène ces réflexes archaïques faits d’irrationnel et d’arrière-pensées. D’un mal, on tirera bien quelque bénéfice. Qu’importe qu’il y ait ici mort d’hommes ou souffrance des personnels, récupérées sans pudeur par des charognards de toute espèce.  L’essentiel étant de raccorder les faits avec ses croyances, avec ses petits calculs, avec ses médiocres ambitions personnelles… ou avec la doctrine du patron.

 

Mise à jour (02/04/2020 à 14h 10)

Après 3 lectures de cette enquête du siècle, il apparaît (et se confirme) que :

  • 1/ contrairement à certaines régions d’Asie, l’Europe et l’Amérique du nord n’ont jamais considéré le port du masque comme l’outil le plus pertinent pour faire face à une épidémie. En faire une question franco-française n’a tout simplement pas de sens.
  • 2/ à partir de 2013, une nouvelle gestion des stocks (qui n’a jamais été un secret d’état) a contribué à réduire les quantités immédiatement disponibles.
  • 3/ quand la pandémie est apparue inéluctable (février-mars), les commandes passées se sont trouvées intervenir dans un contexte de forte demande mondiale.

Est-ce vraiment suffisant pour en faire un « scandale d’état » de premier ordre ou n’est-ce pas plutôt le signe d’une ligne éditoriale malhonnête qui voudrait ramener une pandémie mondiale à de médiocres considérations de politique intérieure ?

 

Mise à jour (10/04/2020, 23 h)

Après son inénarrable enquête du 02/04, Mediapart en rajoute une couche dans le délire complotiste. Peu importe que l’emploi du masque n’ait jamais fait preuve de sa pertinence, que l’OMS n’ait jamais suggéré sa généralisation, qu’en France quelques élus locaux d’extrême-droite se fassent leur pub sur le sujet, que la justice ait d’ailleurs renvoyé ces petits shérifs dans les cordes, Mediapart, en faisant du masque une affaire d’état, sombre dans le ridicule. Mais le ridicule en politique n’est jamais neutre : il confirme, après l’épisode gilets jaunes, le virage populiste de la ligne éditoriale.

Et les commentaires qui suivent cet article, carrément orduriers pour certains d'entre eux sont à la hauteur...

https://www.mediapart.fr/journal/france/100420/masques-apres-le-mensonge-le-fiasco-d-etat/commentaires

 

http://journaldecole.canalblog.com/

 

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