Lycées, SNU, gilets jaunes : toutes les raisons pour ne pas converger

Timidement et avec beaucoup de retard, le SNU commence à faire l’objet d’une contestation publique, venant notamment des premiers concernés, les jeunes des lycées. Une contestation qui, si l’on n’y prend pas garde, risque de s’égarer dans le grand défouloir des gilets jaunes et de leurs répondants politiques. Un tabou de la convergence des luttes...

Timidement et avec beaucoup de retard, le SNU (Service national universel) commence à faire l’objet d’une contestation publique, venant notamment des premiers concernés, les jeunes des lycées. Une contestation qui, si l’on n’y prend pas garde, risque de s’égarer dans le grand défouloir des gilets jaunes et de leurs répondants politiques, qui, jusqu’à ce jour, n’ont jamais émis la moindre réserve sur le principe d’un service obligatoire, pas davantage que sur les questions militaires. Un tabou de la convergence des luttes…

Le projet présidentiel n’est pourtant pas nouveau, annoncé dès le début 2018, son parcours, certes sinueux, marquée par de nombreux rapports, a fait l’objet d’une publicité telle que personne ne pouvait l’ignorer. Nul oubli, nulle inattention : l’opinion publique, les partis politiques de toutes tendances, notamment les plus bruyants dans leur soutien aux gilets jaunes, ont toujours montré leur attachement au principe d’un service obligatoire, de préférence militaire, signe de la réelle méfiance qu’ils entretiennent pour les jeunes. Les critiques ponctuelles qui ont pu être adressées au SNU portaient précisément sur une durée jugée trop courte (par exemple, la France dite « insoumise » envisage dans son programme un service obligatoire de neuf mois « avec formation militaire initiale ») ou un contenu insuffisamment militarisé mais laissaient de côté le postulat de départ – la coercition comme moyen d’éducation civique – et également le coût du projet, 2 à 3 milliards d’euros par an. Tiens, c’est précisément ce que devait rapporter la hausse des taxes sur le carburant. Mais les gilets jaunes n’allaient pas pousser jusque-là leur réflexion…

Alors que la question fiscale fait aujourd’hui l’objet de toutes les attentions et de toutes les surenchères, il ne s’est encore trouvé personne pour prendre conscience, encore moins pour dénoncer, le poids des dépenses militaires dans le budget de l’état (plus de 36 milliards d’euros pour la seule année 2019, 300 milliards d’euros pour la loi de programmation militaire). Dans une indifférence générale, des sommes colossales prélevées sur les besoins civils : 2 milliards d’euros en plus pour l’armée, 2 milliards d’euros en moins pour le logement ; 2 à 3 milliards d’euros pris chaque année sur le budget de l’EN pour financer l’enfermement des jeunes. Il faut croire que la chose est jugée moins grave que l’augmentation des taxes sur les carburants puisqu’il ne se trouve personne pour condamner la priorité accordée à des dépenses qui ne contribuent aucunement à la sécurité des habitants mais, pour leur plus grosse part, aux profits des industriels de l’armement.  

Dans ce qui se présente, sans beaucoup de discernement, comme une insurrection populaire, la question militaire - qui conditionne pourtant la question sociale - fait l’objet chez les gilets jaunes et leurs soutiens du même aveuglement que, de façon symptomatique, les événements de Mai 68 qui l’avaient également ignorée. Un oubli qui en dit alors beaucoup sur le mouvement : lorsqu’un responsable des gilets jaunes, invité le plus officiellement du monde sur une radio nationale, évoque la possibilité de confier le pouvoir à l’armée, s’agit-il d’un simple dérapage individuel ou plutôt de la révélation d’un choix politique en faveur d’un pouvoir fort, largement partagé par les gilets jaunes ? Le nom de de Villiers n’a pas été lâché au hasard. En juillet 2017, la mise en scène de sa démission, alors que, précisément, il prétendait, comme chef d’état-major, imposer sa loi au pouvoir civil à propos du budget militaire, lui avait valu une popularité que seul un pays oublieux de son passé factieux, pouvait lui procurer. En cette circonstance, déjà, la France Insoumise trouvait « légitime le coup de gueule du général de Villiers »…

Soixante ans après le coup d’état militaire qui fondait la 5e république, la France n’en a pas fini avec ses mauvais démons. Les lycéen.ne.s sont assez grands pour en avoir conscience...

 

Sur ce blog :

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