Blanquer et le redoublement: un discours à destination des électeurs

Au rythme d’une annonce hebdomadaire, voire quotidienne, Blanquer retrouve le mode de communication qui était le sien comme Dgesco (c’est-à-dire ministre bis de l’Education) sous Sarkozy : saturer l’espace médiatique, contourner les partenaires sociaux mais surtout, en période électorale, flatter l’électeur. L’intérêt de l’élève, c’est juste bon pour les discours.

Au rythme d’une annonce hebdomadaire, voire quotidienne, Blanquer retrouve le mode de communication qui était le sien comme Dgesco (c’est-à-dire ministre bis de l’Education) sous Sarkozy : saturer l’espace médiatique, contourner les partenaires sociaux mais surtout, en période électorale, flatter l’électeur. L’intérêt de l’élève, c’est juste bon pour les discours.

En quelques jours, donc, le ministre s’est employé, sans aucune concertation avec les intéressés, à saborder le travail de ses prédécesseurs qui n’avaient pourtant rien de dangereux révolutionnaires : après le retour à la semaine de quatre jours en primaire, après le détricotage de la réforme du collège, après les annonces fumeuses sur les « devoirs faits », c’est au rétablissement du redoublement que s’attèle Blanquer. Mais dans le cas présent, la campagne de communication est curieusement bancale.

En premier lieu – et le ministre est quand même censé ne pas l’ignorer – le redoublement n’a jamais été interdit en France : en novembre 2014, Najat Vallaud-Belkacem s’était contentée de prendre un décret soulignant « le caractère exceptionnel » du redoublement, confirmant qu’il restait possible « dans l’intérêt de l’élève (…) dans des cas qui doivent rester rares », notamment lorsqu’il s’agit de « pallier une période importante de rupture des apprentissages scolaires » ou encore lorsque les familles en font elles-mêmes la demande dans le cadre d’une orientation (par exemple en 3e). Non seulement, donc, le redoublement n’est pas interdit mais il est même singulièrement plus répandu en France qu’ailleurs, puisque 22 % des élèves français ont redoublé au moins une fois avant l’âge de 15 ans, soit le double de la moyenne des pays de l’OCDE (PISA 2015).

Le mode opératoire du ministre est dans le cas présent d’autant plus contestable qu’il touche à une question particulièrement bien documentée, s’appuyant sur de nombreuses recherches qui toutes démontrent le caractère nocif du redoublement. La conférence de consensus organisée sur ce thème en 2015 par le CNESCO (Conseil national d’évaluation su système scolaire), un organisme qui, généralement, fait autorité, ne dit pas autre chose : « le redoublement n’est pas une seconde chance. Il ne fait pas progresser les élèves ; il est socialement inéquitable ; il affecte négativement la motivation et les comportements des élèves ; il stigmatise les élèves. » Sans oublier le surcoût budgétaire évalué à 2 milliards d’euros par an.

Pourquoi, dans ces conditions, Blanquer juge-t-il nécessaire de remettre cette question sur la place publique, avec force visibilité, sinon parce qu’à trois jours des élections, cette sortie ne manquera pas d’impressionner favorablement quelques électeurs, plus sensibles au symbole véhiculé par le redoublement qu’à la réalité des choses. Si, malgré son inefficacité avérée, le redoublement perdure, c’est principalement parce qu’il concerne presque exclusivement la partie la plus modeste de la société, qui, en dépit des discours de façade, n’a jamais été une priorité pour l’institution scolaire. Le CNESCO évoque ici la responsabilité des enseignants : « les enseignants proposent plus volontiers le redoublement aux enfants issus de milieu modeste, ayant identifié les familles comme moins compétentes pour juguler les difficultés scolaires, du fait de leurs difficultés à accompagner la scolarité de leurs enfants. » Mais aussi celle des familles : « les familles d’origine modeste acceptent plus volontiers le redoublement de leurs enfants car elles croient plus que les autres à ses vertus, et s’autorisent moins à remettre en cause une décision de redoublement. » Autrement dit, derrière les justifications qui se veulent rationnelles, le redoublement est en réalité un outil de sélection sociale, celui qui permet de faire un premier tri parmi les élèves. Un outil de pouvoir, également, qui permet de garantir un certain ordre scolaire par la menace qu’il fait peser sur une classe. Même si cette menace ne concerne jamais les enfants d’enseignants ou les enfants de ministres…

Au fil des jours, le projet éducatif du nouveau président, plutôt flou jusque-là, se dévoile. De façon très révélatrice, son maître d’œuvre, Blanquer, recycle une bonne partie du programme électoral du candidat Fillon, notamment pour ce qui touche à la sélection précoce des élèves. Très significativement, toujours, les syndicats d’enseignants, pour la plupart, regardent ailleurs.

 

 

 

 

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