Les lycéen.nes au péril des gilets jaunes

Un fâcheux oubli ou autre chose ? Dans leur dernier communiqué, trois organisations lycéennes appellent à une mobilisation contre le gouvernement et à un soutien aux gilets jaunes. Curieusement, ce communiqué ne mentionne pas la question du SNU (service national universel) qui, pourtant, apparaissait clairement dans les dernières manifestations. De quoi ce revirement est-il le signe ?

Un fâcheux oubli ou autre chose ? Dans leur dernier communiqué en date, trois organisations lycéennes « majoritaires » appellent à une mobilisation générale contre le gouvernement, autour de la réforme du lycée et du pouvoir d’achat. Curieusement, ce communiqué ne mentionne pas la question du SNU (service national universel), qui, pourtant, apparaissait clairement dans les dernières manifestations. Jusqu’à plus ample informé et à défaut d’autres explications, la justification de ce revirement est à rechercher dans le communiqué lui-même : « Les trois organisations lycéennes majoritaires s’unissent et lancent un appel à la mobilisation générale dans les lycées contre la politique éducative du gouvernement et en soutien aux gilets jaunes qui symbolisent la révolution dans la société civile du 21e siècle ». Est-ce faire un mauvais procès aux trois organisations en question que de voir dans l’abandon de la contestation du SNU la contrepartie d'un soutien aux gilets jaunes ? De fait, non seulement les gilets jaunes n’ont jamais mentionné la question du SNU dans leurs revendications mais, au vu du profil de certains d’entre eux (entre autres les admirateurs du général de Villiers), de la symbolique identitaire dont ils s’entourent, de leurs soutiens politiques, on a de sérieuses raisons de penser qu’ils ne sont pas spécialement hostiles à l’encasernement des jeunes.

Les gilets jaunes, symboles de « la révolution dans la société civile » ? Mais de quelle révolution s’agit-il ? Celle qui place les migrations au cœur des préoccupations, avec les migrants comme accusés (le pacte de Marrakech omniprésent dans la dernière manif parisienne) ? Celle des braillards de Marseillaise ? Une révolution bâtie sur une rhétorique anti-syndicale, anti-fiscale ? Une révolution qui prétend lutter contre la violence étatique par une contre-violence de même nature ? Une révolution qui vise à la prise du pouvoir et non à l’exercice des responsabilités dans la société ? Avec, dans l’ombre, à l’aguet, la triste figure de politiciens sur le retour ? Une révolution qui ignore totalement les bouleversements environnementaux qui toucheront – et qui touchent déjà partout dans le monde – les plus petits, les plus pauvres, les plus faibles ?  Est-ce vraiment cela que soutiennent les lycéens ?

Et si la mobilisation contre la politique éducative est effectivement légitime, pourquoi vient-elle si tard, alors que depuis 18 mois, un ministre brutal et doctrinaire qui n’a jamais fait mystère de son idéologie, de ses objectifs, a rencontré si peu d’opposition sur le terrain ? Une complaisance (ou une indifférence coupable ?) qui accompagne la mise en place du SNU dont on sait depuis un an que le financement sera assuré par une ponction sur le budget de l’éducation et de la formation.

La mobilisation des gilets jaunes contre la politique éducative du gouvernement, il faut un singulier aveuglement pour la trouver dans une nébuleuse dont les conceptions en la matière ne sont pas à proprement parler « révolutionnaires » quand elles ne le relèvent pas de l’apologie des « bonnes vieilles méthodes » (par exemple l’interdiction de la méthode syllabique demandée par des gilets jaunes manifestement peu au fait du sujet…)

En conclusion, je ne peux que reprendre ces lignes écrites le 1/12/2018 :

« On a beau chercher, observer sous tous les angles la rhétorique gilets jaunes, on n’y trouve nulle préoccupation touchant de près ou de loin non seulement à la réforme du lycée, à celle de l’orientation, au centre de la contestation lycéenne, mais plus largement un début de critique de la politique éducative menée depuis 18 mois : sélection sociale renforcée, mise au pas à tous les étages du système éducatif par des prescriptions brutales, autoritaires, aux relents d’ordre moral. Car la réforme du lycée ne vient pas de nulle part, elle est l’aboutissement d’un programme idéologique mis en œuvre dans un premier temps à l’école primaire avant de s’étendre à l’ensemble du système. Or, c’est peu dire que cette politique n’a guère suscité d’opposition : sur le terrain, hostilité limitée à la mouvance pédagogique et à quelques mouvements éducatifs mais dans l’opinion publique, grossièrement trompée par un ministre manipulateur et des médias peu regardants, approbation ou complaisance pour l’action du ministre. Dans l’opinion publique… et, bien sûr, chez les gilets jaunes dont les revendications de justice sociale ne s’encombrent pas d’analyse sur les mécanismes de l’injustice sociale (…)

Les jeunes des lycées et les autres, embarqués dans une remise en cause légitime du système de formation et de l’avenir qui leur est imposé n’ont rien à gagner dans un mouvement qui ne s’intéresse à eux que dans la mesure où il peut en tirer profit. Dans le cadre d’une Education nationale malade de son fonctionnement hiérarchique, vertical, des injonctions à appliquer les ordres, ils ont, à leur niveau, au sein des établissements, suffisamment d’imagination pour faire bouger les choses. A condition de se méfier de leurs aînés, bonimenteurs de profession. »

 

Note mise à jour à 12h, le 11/12/2018

 

Sur ce blog :

- Mantes-la-Jolie : depuis les temps que les politiques jouent avec l'école
- Lycées, gilets jaunes : toutes les raisons pour ne pas converger
- Lycéen.nes, gilets jaunes : ce n'est pas le même combat

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.