Militaires contre gilets jaunes ? La question qui trompe...

Dans le contexte actuel, on n’est plus à un paradoxe près : aujourd’hui, jamais le rôle de l’armée n’aura été aussi critiqué que depuis le déploiement du dispositif Sentinelles dans le cadre des défoulements rituels du samedi après-midi…. tout en évitant soigneusement d’autres remises en causes pourtant autrement plus pertinentes.

Dans le contexte actuel, on n’est plus à un paradoxe près : aujourd’hui, jamais le rôle de l’armée n’aura été aussi critiqué que depuis le déploiement du dispositif Sentinelles dans le cadre des défoulements rituels du samedi après-midi…. tout en évitant soigneusement d’autres remises en causes pourtant autrement plus pertinentes : sur le poids du budget militaire dans les dépenses publiques, sur le commerce des armes, sur le pouvoir exorbitant d’un dirigeant de déclencher une guerre nucléaire (jugé sans doute négligeable en comparaison de l’affaire Benalla) , ou encore sur le rétablissement du service militaire (le SNU), toutes questions qui n’agitent guère les foules, les gilets jaunes comme les autres. A défaut de convergence des luttes, on a là, face à l’armée, quelque chose qui ressemble à une convergence des amnésies.

Une convergence des postures également. Posture attendue, par exemple de Melenchon, offrant sa poitrine aux baïonnettes, exhortant les soldats « à ne pas tirer sur le peuple ». Mais aussi posture éditoriale de Mediapart, titrant, tout en nuances, sur « l’appel aux troupes ou le retour de la guerre sociale » ; ou encore la traditionnelle analyse à visée historique (« Maintien de l’ordre : une histoire à la française ») qui fait des gilets jaunes, à travers un dérapage anachronique assumé sans état d’âme, les héritiers des assaillants de la Bastille, des Communards ou des massacrés de Charonne. On échappe de justesse à Oradour-sur-Glane.

Peuple, guerre sociale, fils et filles de révolutionnaires : cet amalgame grossier qui s’auto-entretient au fil des semaines à travers des témoignages soigneusement sélectionnés, des analyses édulcorées complètement déconnectées de l’événement, qui peut-il convaincre ? De fait, alors que le nombre de gilets jaunes n’a jamais été significatif, que la convergence des luttes tient du mirage, que le monde du travail reste massivement à l’écart d’un mouvement aux objectifs ambigus, aux références politiques douteuses, aux méthodes toujours plus violentes, les réactions au déploiement de militaires permettent de se donner bonne conscience à peu de frais :

- en négligeant le fait que le dispositif Sentinelles, massivement accepté, jugé légitime tant qu’il était censé viser le terrorisme - en réalité la population d’origine immigrée - ne l’est plus dès lors que son champ d’action s’élargit à l’ensemble de la population, aux Français « de souche », au teint clair, dont la présence exclusive dans les rassemblements de gilets jaunes n’a guère interpellé jusqu’à présent. Que les banlieues et les quartiers les plus défavorisés s’en tiennent résolument à l’écart doit pourtant signifier quelque chose.

- en occultant la dimension exceptionnellement violente et intolérante d’un mouvement organisé autour de l’intimidation et de la brutalité physique. Les violences policières – vieille tradition républicaine – ne légitiment pas l’action de commandos paramilitaires, le vandalisme gratuit ; pas davantage que la violence sociale dont, jusqu’à plus ample informé, il n’est pas prouvé que les manifestants en soient majoritairement les victimes.

- par contre, il faut s’aveugler pour ne pas voir que cette gradation vers toujours plus de violences ainsi que l’implication de l’armée dans le processus politique résultent pour une bonne part d’un plan assumé depuis plusieurs mois par les organisateurs d’un mouvement nettement moins spontané qu’on le prétend (des organisateurs auxquels Mediapart n’a jamais jugé bon de s’intéresser…), avec comme objectif final le renversement des pouvoirs publics au profit de l’extrême-droite. Dans un pays où l’opinion publique se révèle massivement perméable aux idées de la droite et de l’extrême-droite (70 % de suffrages cumulés dans les sondages pour les Européennes), où une extrême-gauche doctrinaire n’a jamais fait preuve dans ses combats d’une grande clairvoyance, où le rejet d’un président fait figure à lui tout seul de projet politique, il est bien illusoire de voir dans le mouvement des gilets jaunes quelque chose qui ressemblerait à une promesse de justice sociale.

 

Note de blog consultable également à l'adresse suivante : http://journaldecole.canalblog.com/

 

Mise à jour (23/03/2019, 20h 50)

A Londres, aujourd'hui, 1 million de manifestants contre le Brexit. Pas un seul policier en vue, pas un incident...

https://www.lemonde.fr/international/article/2019/03/23/les-opposants-au-brexit-se-mobilisent-a-londres-pour-appeler-a-un-second-referendum_5440290_3210.html

 

 

 

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