Ingérence et propagande de guerre contre les biélorusses et Loukachenko

Le président Macron déclare : "Il est clair que Loukachenko doit partir". Si vous lisez les journaux grand public, oui, "c'est clair". Si vous fouillez dans la culture et l'histoire récents du Belarus, le verdict est : Arrêtez la propagande et le harcèlement des pays occidentaux contre la Biélorussie.

Nous ne sommes pas en 1914, date funeste des forces de gauche foulant aux pieds la tombe de Jean Jaurès pour mieux soutenir « l’effort patriotique », vers une guerre effroyable d’où seul l’essor industriel et financier sortit vainqueur.

Nous sommes en 2020, année du Covid et du Mensonge sous toutes ses formes ; une pluie de mensonges s’écoulant le long des ravines, inlassablement creusées par une presse aussi disciplinée qu’un troufion de troisième catégorie.

Avec le covid, l’histoire des épidémies a soudainement subi le grand Reset. Tout à coup les virologues assermentés ne savaient plus rien, les coronavirus prenaient la forme hideuse de la peste, les prophètes annonçaient la seconde vague avant même le sommet de la première, et il ne fallait pas se réfugier dans les tranchées, mais se retrancher dans nos foyers.

Au sujet du Bélarus (pourquoi donc s’éloigner du Беларусь d’origine?), la même amnésie frappe d’un coup tous les rédacteurs en chef, tous les journalistes, comme happés par l’inculture coupable des dirigeants européens. Le Bélarus n’a plus d’Histoire. Le Bélarus n’a pas d’économie, ni d’agriculture, ni d’industrie, pas même un PIB. Le peuple Bélarus est fait d’un seul bloc, opprimé. Et Loukachenko n’est qu’un tyran sanguinaire, tel que le dépeint Mediapart, format géant sur sa Une coup de poing avec articles à répétition.

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Stimulé par les prophéties des virologues de plateaux télé, le cofondateur de Mediapart François Bonnet se lance : « D’immenses manifestations doivent se tenir à nouveau dimanche », « Le compte à rebours est enclenché pour Alexandre Loukachenko. Cela prendra-t-il quelques semaines ou plusieurs mois ? Nul ne le sait ».

Trop de précipitation, c’est mauvais pour le cœur. Soufflons un peu, et reprenons.

Un score à la Chirac

Deux chiffres peuvent faire de vous un dictateur :

  • Loukachenko est réélu avec plus de 80% des suffrages.
  • Il est au pouvoir depuis 26 ans.

Blaise Compaoré, dictateur authentique du Burkina Faso sous fond d’assassinat d’opposants, grand ami de la France soupçonnée d’avoir fomenté l’assassinat de l’authentique démocrate Thomas Sankara en 1987, est resté 27 ans au pouvoir. Il est facile de déclencher des réflexes inconscients aux français qui ont en mémoire les décombres de la Françafrique.

2002 : Au élections présidentielles Chirac obtient 82,2% des suffrages.

2020 : Au élections présidentielles Loukachenko obtient 80,1% des suffrages.

Qu’en déduire ? D’abord, un gros score est possible dans un pays réputé démocratique. Jacques Chirac avait en face de lui Jean-Marie Le Pen, tortionnaire durant la guerre d’Algérie, épouvantail d’extrême droite dont l’ascension fut accueillie avec bienveillance par le président François Mitterrand. Jacques Chirac rassemblait à droite, et bénéficiait d’un soutien relatif dans les strates populaires.

Quelle est l’attractivité de l’opposition bélarusse auprès des citoyens ? La prépondérance d’Alexandre Loukachenko s’explique-t-elle par sa popularité et sa politique ?

  • En 1994 : Au premier tour, 45% des suffrages, au deuxième tour 80,1%.
  • En 2001 : Élu au premier tour avec 75,6% des suffrages.
  • En 2006 : Élu au premier tour avec 84,4% des suffrages.
  • En 2010 : Élu au premier tour avec 75,6% des suffrages.
  • En 2015 : Élu au premier tour avec 84,1% des suffrages.
  • En 2020 : Élu au premier tour avec 80,1% des suffrages.

S’ajoute une question : le paysage politique bélarusse est-il aussi monotone que ces résultats l’indiquent ?

Alexandre Loukachenko Alexandre Loukachenko

C’est ici que l’étude historique et sociale d’un pays, de son environnement international, donc de la perception que ses habitants peuvent en avoir, devient nécessaire. Cette connaissance, sans laquelle il est vain de prétendre y porter un quelconque intérêt, est l’antidote contre la schizophrénie des citoyens occidentaux qui, quoique conscients de l’indifférence galopante de leurs dirigeants vis-à-vis des principes démocratiques, persistent à croire que les mêmes dirigeants se porteraient au secours d’un pays pour ces mêmes principes.

Des voisins décomplexés

Rappelons l’ignoble mise en place de prisons secrètes en Roumanie, Pologne et Lituanie dans les années 2000. Dans ces maillons essentiels des « extraordinary rendition » opérées par la CIA lors des conflits au Moyen Orient, la torture s’y pratiqua allègrement des années durant, et le sont peut-être encore, en “secret“. La Pologne et la Lituanie, prêtes à tout, donc, pour soutenir leurs alliés américains et anglais (le MI6 y a sa part), sont précisément des bases logistiques et médiatiques pour l’opposition bélarusse.

Si l’on ajoute que l’Ukraine est désormais sous le joug d’un gouvernement issu de la révolution orange, pour grande part pilotée par les États-Unis et les réseaux Soros via la “Fondation Renaissance Internationale“, nous ne pouvons que constater l’encerclement de la Biélorussie par des puissances grandement soumises à une certaine alliance occidentale.

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La nature du pouvoir ukrainien se mesure à l’aune de la récente décision de créer un jour férié en l’honneur  du collaborateur pro-nazi Stepan Bandera, chef d’unités paramilitaires ayant perpétré en 1941 un « important massacre de juifs à Lviv ». Le centre Simon Wiesenthal s’insurge : « Il est clair que l’Ukraine choisit de réhabiliter l’antisémitisme et de censurer l’histoire » ajoutant que « ces actions sont une confirmation scandaleuse du passé le plus sombre de l’Ukraine et un rejet absolu des valeurs démocratiques ».

Concernant la Lituanie, une association des droits de l’homme s’inquiétait en 2011 d’une « Infiltration nazie des corps d’États », illustrée par l’autorisation d’un « défilé nazi annuel » à Vilnius, bénéficiant « d’une protection efficace de la police nationale », ainsi que d’une tendance au laxisme de la justice envers les délinquants ou criminels d’idéologie néo-nazie.

Côté ouest, la sociologue du CNRS Ewa Bogalska-Martin craignait dès 2016 « que le fascisme qui a déjà pris une forme d’exercice de pouvoir et une méthode de gouvernance, renaisse en Pologne. » Un an plus tard, un directeur de journal fait le bilan : « La Pologne, où on a anéanti la Cour constitutionnelle, où on a muselé les tribunaux, et où les médias publics ont été soumis au contrôle total du gouvernement, est en train de se transformer en un Etat autoritaire ».

Il se dessine dans cette région une convergence indiscutable entre les forces fascisantes en présence et les intérêts géopolitiques des puissances occidentales, elles-mêmes de moins en moins liées aux intérêts de leurs propres populations. Que ce soit par pragmatisme, anticommunisme ou affinités avec les idéologies fascistes, cette convergence crève les yeux. Elle est même tranquillement assumée par le ministre des affaires étrangères Laurent Fabius, qui déclara au sujet des néo-nazis intégrés au gouvernement d’Ukraine, qu’ils étaient « à droite de la droite », sans autre forme de procès.

Comme nous allons le voir, l’opposition politique bélarusse a de fortes connections avec des éléments polonais et ukrainiens du même ordre. Reste à savoir ce qu’en pensent les bélarusses.

Un peu d’Histoire

Un des livres les mieux renseignés sur l’histoire récente Bélarus est « La dernière à république soviétique » écrit par un philosophe anglais et analyste géopolitique indépendant, Stewart Parker, édité en 2012 chez Delga. Les citations non référencées dans la suite de l’article viennent de ce livre. « En 1900, la Biélorussie était encore une société principalement rurale, l’industrialisation était lente dans la majeure partie de la Russie, mais particulièrement en Biélorussie même.[…] Les juifs devinrent le groupe ethnique majoritaire dans les villes biélorusses, et le yiddish la langue la plus parlée. […] Les biélorusses travaillaient principalement la terre et vendaient ou échangeaient leurs produits contre les vêtements, les chaussures que fabriquaient les juifs. C’est un fait très important et lorsque les nazis occupèrent la Biélorussie en 1941, ils y trouvèrent peu d’antisémitisme et par conséquent une grande résistance à leur politique ».

L’absence de mouvements antisémites est une première spécificité majeure qui distingue le pays de la Pologne, la Lituanie et l’Ukraine. De surcroit, ses terres ayant été constamment envahies au cours des siècles, le Bélarus ne s’est constitué comme nation souveraine qu’en 1991, l’esprit nationaliste y est donc très peu ancré. La fierté et l’esprit d’indépendance ne se nourrissent pas nécessairement de nationalisme. XX

Partisans biélorusses en 1943 Partisans biélorusses en 1943

Comme les biélorusses ne sont ni aveugles ni idiots ni illettrés, et même très bien formés dans les universités d’État, ils ont observé depuis belle lurette que l’opposition soutenue de l’extérieure comportait des figures nationalistes, ultra-nationalistes, pronazies. On commence à comprendre l’ampleur de la réticence qu’a le biélorusse informé, à voir son pays tomber dans la sphère d’influence occidentale aux côtés des nations déjà citées.

Sur le plan économique, chacun se souvient de la révoltante paupérisation de la Russie des années 90, aux mains d’un Boris Eltsine dont l’alcoolisme faisait les affaires de la voracité capitaliste, imposée tambour battant par l’Europe et les États-Unis. Seule une poignée d’oligarques russes sut en profiter et se payer des palaces sur la Côte d’Azur, vautrés sur des matelas d’argent sale. Lorsqu’il fut élu en 1994, Alexandre Lukachenko récupéra son pays dans une dynamique maffioso-capitaliste similaire. Assez tôt cependant pour redresser la barre et en faire un pays prospère pour la région, avec une croissance économique moyenne de 8% de 2000 à 2010, une agriculture mécanisée grâce à une industrie d’équipement locale performante, moins orientée que la France vers des monocultures exportatrices, donc pourvoyeuse d’emplois avec 10% des actifs dans le secteur, à comparer aux 1,5% français. Le Biélorus est classé par l’ONU dans le groupe des États avec un « très haut développement ».

Le modèle économique est qualifié de « socialisme de marché », avec une maitrise étatique des secteurs l’investissement privé, qui n’empêche pas, par exemple, l’implantation de fast-food Mac Donald’s. L’hôpital, la recherche, l’enseignement et les transports demeurent propriété d’État, avec une densité de médecins par habitant 25% supérieure à la France, autorisés à soigner en leur âme et conscience, capables de soigner les gens sans créer de panique, ni de paralysie, ni de surmortalités induites. En un mot, Loukachenko est en position de dire non aux 940 millions de dollars proposés par le FMI, à la condition qu’il suive les directives OMS covid de mars 2020, médicalement imbéciles et économiquement ruineuses.

Alexandre Loukachenko a acté publiquement son refus lors d’un conseil des ministres, et le FMI n’a pas démenti l’avoir “proposé“. La caste internationale des financiers a-t-elle apprécié le camouflet, c’est une autre question, dont une partie de la réponse se trouve, peut-être, dans la pression guerrière que lui infligent les dirigeants européens.

Les élections présidentielles ayant eu lieu le 9 aout 2020, les biélorusses ont pu observer à l’ouest la calamiteuse gestion du covid19. Souhaitent-ils le dynamitage de leur système de santé au point de devoir rester chez eux pour protéger l’hôpital, parce que l’hôpital dénudé n’a plus les moyens de les protéger d’un virus ? Il ne faut certes pas sous-estimer les capacités de la fabrique à rêve occidentale, via des ONG importées sur mesure, mais dans ces conditions, les 10,1% de votes récupérés par l’opposante pro Union européenne Svetlana Tikhanovskaïa sont un score tout à fait honorable. Sa “fuite“ en Lituanie est plus difficilement explicable ; les médias occidentaux la disent « en sécurité », ce qui leur évitera de préciser ce qu’elle pouvait bien risquer à Minsk. Dans son refuge de Vilnius, en tout cas, l’opposante dispose de la logistique du ministère des affaires étrangères lituanien pour coordonner la résistance ou la propagande, selon les points de vue.

L’éclairage du passé récent

Quand elle se veut objective, l’Histoire permet de séparer le grain de l’ivraie et de son cortège de faux semblants. C’est tout l’avantage du livre de Stewart Parker.

Aux élections de 2006, l’opposant fétiche du nom de Minkelevitch « était apparu comme le candidat de l’opposition unie après une rencontre avec la secrétaire d’État américaine Condoleezza Rice en Lituanie en avril 2005 ». Ce « candidat totalement sympathisant des objectifs de ses sponsors », fit étonnamment « la promesse de campagne de mettre fin au prix préférentiel du gaz et du mazout provenant de Russie », ce qui aurait fragilisé l’industrie pétrochimique biélorusse et provoqué une hausse de la facture de chauffage des particuliers de quelque 70 %.  Une telle politique signifierait, en outre, la dépendance totale du Bélarus au bon vouloir de l’Union européenne.

Une ONG peu susceptible de collusion avec Loukachenko, le BHHRG (British Helsinki Human Rights Group), soutint que « sans modèle économique clairement préférable et en s’associant avec des étrangers connus pour être antirusses -  une xénophobie non partagée par les Bélarusses – Minkelevitch courtisait une part infime du vote populaire. »

Le chef des « forces démocratiques unies du bélarusse » obtint assez logiquement le score minable de 6,2%. Sur les six élections gagnées par Loukachenko, le lecteur a en main des arguments factuels qui vont dans le sens des 84% de 2006 : quand on a le choix entre un homme qui a fait ses preuves et met en place les conditions de bien-être et d’indépendance, donc des leviers démocratiques importants, à sa population, pourquoi irait-elle voter pour des candidats peu pertinents et visiblement pilotés de l’étranger ? On ne peut pas, en outre, aisément contester l’élection de 1994, alors que son pouvoir n’était pas installé, avec 45% au premier tour et 80% au second. 

L’argument favori des détracteurs du président Loukachenko, sous-entendu par la “fuite“ de Svetlana Tikhanovskaïa en Lituanie, sont ses prétendues violations des droits de l’homme, parmi lesquelles la liberté de la presse. Lorsqu’il ordonne en 2006 la fermeture du journal Nasha Niva, « de nombreuses critiques internationales dénoncent l’étouffement d’un média indépendant ». Les accusateurs omettent juste de préciser qu’il avait préalablement émis des avertissements lui intimant de stopper la publication d’articles antisémites. Son constant soutien de la communauté juive est d’ailleurs reconnu par l’Institut Stephen Roth de Tel Aviv. De même, le journal Narodnaia Volia fut interdit pour ses propos racistes. Contemplons notre nombril une seconde, et souvenons-nous que le gouvernement Macron-Philippe projetait de censurer les publications contenant des « infox », inscrites au Journal Officiel en tant qu’informations « délibérément biaisées », ce qui ouvrait la porte à la censure arbitraire de tout propos produit par n’importe quel citoyen et n’importe quel journal papier ou en ligne.

Les médias occidentaux ne sont pas en reste dans le dénigrement anti-Loukachenko. Lorsqu’il réglemente les sites de rencontre en ligne « pour améliorer les mécanismes garantissant une lutte efficace contre la traite des êtres humains », dans un contexte international de proxénétisme industriel contre des femmes et des mineures des régions de l’Est appauvries, l’agence Associated Press annonce que « le Bélarus prend des mesures pour limiter les sites de rencontre », dénonçant une atteinte aux droits de l’homme. Ce renversement des valeurs propagandiste n’a pas cessé depuis 1996, signe parmi d’autres du crépuscule de la civilisation occidentale.

L’épisode le plus grave a trait aux disparitions de personnalités politiques, dont une figure du ministère de l’Intérieur et des opposants. Cela se passe au début des années 2000, l’époque de l’administration Bush et Condoleezza Rice ; la responsabilité fut bien sûr portée sur Loukachenko par les États-Unis.

Première question : quel intérêt aurait le biélorusse à s’attirer la vindicte internationale en se débarrassant d’opposants desquels il ne craint rien, tant l’opposition est faible, peu crédible et divisée ?

Deuxième point : ils ont disparu sans quasiment laisser de traces, ni la police, ni les investigations extérieures (on peut faire confiance aux services étrangers pour y mettre des moyens, s’il s’agit de démontrer une éventuelle exaction du gouvernement biélorusse).

Troisième point : Les disparitions interviennent à un moment où un dialogue s’établit entre le pouvoir et les partis d’oppositions, lequel en a évidemment pâti.

Quatrième point : malgré la transparence affichée par les autorités, exposant sur un temps long le détail des investigations devant l’assemblée parlementaire, et l’absence totale de preuves de l’implication de Loukachenko, « son nom figure toujours sur la liste des disparitions pour raisons politiques qui ont justifié la loi américaine sur la démocratie au Bélarus », impliquant des sanctions à l’égard de la Biélorussie.

L’une des diverses hypothèses de la police locale est la disparition volontaire d’au moins l’un d’entre eux. Étant donné la capacité de manigances et de mensonges de l’administration Bush, qui, elle, est démontrée, sur qui doit-on faire porter la responsabilité ? Ce qui est clair, c’est que le perdant est Loukachenko, qui n’est pourtant pas né de la dernière pluie.

Propagande et Idéologies nauséabondes

Le journaliste Zavadsky a disparu en 2000, immédiatement ajouté à la « liste des disparitions politiques ». Les autorités ont cependant trouvé et lourdement condamné les coupables, membres d’une organisation criminelle. Zavadsky n’a pas été rayé de la liste des « disparus », ce qui permet de faire perdurer le mythe d’une liberté de la presse bafouée, bien que « les médias indépendants prolifèrent au Bélarus », et « qu’aucun journaliste » ne soit emprisonné.

Le 12 aout 2020, l'EFJ (Fédération européenne des journalistes) publie une liste de 25 journalistes « détenus » par la police biélorusse, et appellent les instances européennes à « faire stopper la violence contre les journalistes et citoyens qui manifestent pacifiquement ». Fait intéressant, l’un d’eux est Yahor Martsinovitch, rédacteur en chef de Nasha Niva, le journal fermé pour antisémitisme qui a donc été ré-autorisé, avec sans doute l’assurance qu’ils modèrent leur propos ; cela confirme que la presse d’opposition n’est pas si bridée que cela.

Un correspondant polonais de l’EFJ y demande explicitement la « libération immédiate » de Witold Dobrowolski, « membre du SPD [association des journalistes polonais], lauréat du Grand Press Photo 2020 ». La réalité est moins idyllique : Dobrowolski s’avère être un nostalgique du « Rêve national-socialiste », adepte des mouvances néo-nazies, assidu des zones de conflit comme le Donbass, auprès de groupuscules ultra-violents ou paramilitaires. Cette photo prise par lui le 10 aout à Minsk, montre un individu armé d’un gourdin. Il n’est pas le seul venu en découdre ; Loukachenko déclare le 14 aout : « Des gens de Pologne, de Hollande, d'Ukraine, de Russie par la frontière ouverte, des gens de Navalny, et j’en passe, sont venus en Biélorussie. Une agression contre le pays a été lancée".

10 aout 2020 dans les rues de Minsk. Crédit : Witold Dobrowolski 10 aout 2020 dans les rues de Minsk. Crédit : Witold Dobrowolski

La véracité des propos du président est appuyée par l’histoire récente. La traditionnelle contestation internationale des résultats électoraux s’est ainsi déroulée en 2006 : avant de décroitre rapidement, « La première nuit de protestation rassembla environ 10 000 personnes au centre de Minsk… Les policiers se faisaient remarquer par leur discrétion. » Après quelques jours, continue Stewart Parker, « Ceux dont la loyauté avait été achetée disparurent rapidement, laissant un noyau dur de militants de l’opposition restés assis sur la place pendant la semaine. La police finit par évacuer quelques 150 personnes » et procédèrent à des interpellations. « Parmi les personnes arrêtées figuraient des Lituaniens, des Polonais, des ukrainiens, des Russes, des Géorgiens, et même des Canadiens en plus des Biélorusses. Ce contingent international fut remarqué par les véritables militants bélarusses qui découvraient souvent qu’ils ne pouvaient communiquer avec leurs camarades manifestants ».

Les forces anti-émeute n’ont pas en face d’elles que des jeunes en désir de changement, des « geeks » de la classe moyenne montante, ou des militants sincères. La génération spontanée d’agitateurs étrangers dès le lendemain du scrutin n’a rien de naturel.

Qui d’autre que la population biélorusse peut juger de la validité des élections dans un délai aussi court ? Le pedigree néo-nazi, nationaliste ou xénophobe de certains d’entre eux teinte la contestation d’une idéologie nauséabonde, qui ne dérange aucunement les dirigeants européens et les médias qui évacuent ce genre de “détails“. Il y a une différence entre un coktail molotov et un gourdin. Le deuxième est une arme de corps à corps destinée à blesser l’adversaire. La présence de ce genre d’engins contredit la version de l’EFJ, qui n’y verrait que des « citoyens qui manifestent pacifiquement ». C’est évidemment dommageable que des journalistes soient embarqués, et, selon des témoignages, frappés. Mais ce n’est qu’en connaissance de ce contexte d’agression extérieure, physique et médiatique, que l’on peut juger de la gravité de la détention des journalistes, ou plus exactement des gardes à vue qu’ils ont subies avant libération.

Rappelons qu’en l’absence d’ingérence étrangère directe, des journalistes français ont subi 3 jours de garde à vue (Gaspard Glanz), et que les reporters qui ont été gravement blessés sous la présidence Macron sont tellement nombreux, qu’il est légitime de penser qu’ils ont été ciblés sur ordre formel ou informel de la hiérarchie policière ou préfectorale. À ma connaissance, aucun État n’a réclamé la destitution du président.

Je n’ai trouvé aucune photo de blessés bélarusses qui évoque de près ou de loin l’effroyable niveau de violence qu’ont subi les gilets jaunes. Des centaines de mutilations avec séquelles sérieuses sont visibles sur lemurjaune.fr.

J’ai personnellement interrogé un officier de police muni d’un lanceur de flash ball, un soir d’accalmie place de la République. Cet homme qui connait bien la précision de ces armes, m’a laissé comprendre sans ambiguïté que la fréquence des blessures au niveau de la tête ne pouvait pas être statistiquement le fruit du hasard.

Gilets jaunes mutilés. Publiées sur lemurjaune.fr Gilets jaunes mutilés. Publiées sur lemurjaune.fr

Le refrain monocorde de l’OSCE

L’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe envoie ses observateurs pour s’assurer de la tenue correcte des élections nationales, quand elle le désire. Ce ne fut pas le cas lors des législatives de l’an 2000, malgré l’accord de Loukachenko. L’OSCE se contenta d’envoyer un groupe assisté de parlementaires européens et de membres du Conseil de l’Europe, pour assister une manifestation de l’opposition appelant à boycotter le vote. Bien qu’elle n’eut pas observé les élections, l’OSCE déclara le lendemain du scrutin, sans même consulter les observateurs indépendants présents sur place : « Le processus électoral bélarusse russe du 15 octobre n’a pas respecté les normes internationales en matière d’élections démocratiques. » Le député Paul Marie Coûteaux contesta cette décision, mais « Il fut d’abord ignoré, puis contraint de se taire » par le chef de la délégation de l’OSCE, l’allemand Hans Georg Wieck, dont l’admirable impartialité est attestée par son passé de directeur… des services secrets allemands, le BND !

Les présidentielles de 2001 approchant, « l’agent secret » Wieck, tel que le nomme Loukachenko, aurait fait pression à l’ambassade américaine pour que le leader Gontcharik prenne la tête de l’opposition unie, sans quoi “nous supprimerons toutes les candidatures alternatives“. Gontcharik était non seulement bien moins populaire que « le candidat le plus évident » Domach, mais il s’était déclaré ouvert à l’entrée du Bélarus dans l’OTAN et l’UE, une double position clairement impopulaire dans une jeune nation en quête d’indépendance. Faire imploser l’opposition avant le scrutin aurait permis à l’Europe de dénoncer la tyrannie du parti unique. Gontcharik se présenta tout de même, obtenant 15% des suffrages. L’OSCE refusa encore une fois d’effectuer une observation officielle. Pourtant, le chef du Bureau des institutions démocratiques et des droits de l’homme de l’OSCE, Gérard Stoudmann, ne sut pas « se taire », et reconnut « qu’il n’y avait aucune preuve de manipulations ou de fraude des résultats », ce que confirma l’équivalent de l’OSCE pour l’Europe centrale et orientale, dont les délégations observèrent une élection « libre et ouverte, conformément aux institutions démocratiques universelles ».

La cellule dédiée de l’OSCE cacha son émotion, et déclara processus électoral « ni libre, ni équitable », sans aucun élément à charge ni aucune consultation des parties, perdant définitivement toute crédibilité concernant ses constats à venir sur la Biélorussie, et dont le lecteur imaginera aisément les “conclusions“.

Qu’est-ce qu’une démocratie ?

Faute de se régénérer, les démocraties représentatives occidentales ont progressivement perdu tout ce qu’elles avaient de représentatif. Dire qu’elles sont archaïques, c’est faire insulte aux grecs anciens, créateurs des disciplines historiques et philosophiques, indissociables de l’émergence démocratique. Nos démocraties sont simplement moribondes, le Demos atomisé par les oligarques peine à réinsuffler du Vrai par-delà leur Mensonge, et les philosophes ne questionnent plus la vie, ils se laissent enterrer vivants. On ne parle pas ici des médias servilement dominants, incapables de poser la moindre question technique.

Dans ce paysage de désolation, la Biélorussie est une oasis d’intégrité, dotée d’un président qui fait ce qu’il dit, au nom d’une pragmatique plus que d’une idéologie, ou quand c’est le cas, il explicite clairement son contenu et sa provenance, la garde arrimée aux intérêts concrets de la population, et comme nous allons le voir, il s’assure de l’assentiment du peuple, condition première à l’efficacité de n’importe quelle politique. La meilleure preuve du consentement éclairé de la population à ses décisions, est l’extraordinaire santé économique et sociale du pays attesté jusque dans un rapport de la Banque Mondiale ! Elle écrit en 2004 : « La performance du Bélarus en matière de réduction de la pauvreté des inégalités est impressionnante », et « le Bélarus peut être fier à juste titre du système élaboré de services sociaux qu’il fournit à sa population. La capacité des ménages à accéder à des services d’enseignement, de santé et de protection sociale de qualité a une grande influence sur leur niveau de vie présent et sur leurs perspectives d’avenir ».

Pour vraiment briser le mythe du dictateur, un petit flash-back est nécessaire. La jeune nation, née en 1991 des décombres de la Chute du mur, fut cependant représentée à l’ONU dès sa création : au lendemain de la victoire contre les Nazis, « L’un des arguments les plus puissants en faveur de l’entrée de la Biélorussie à l’ONU était la souffrance endurée par la population et la contribution des partisans à la victoire générale. Les partisans en Biélorussie tuèrent, capturèrent et blessèrent 500 000 Allemands. La Biélorussie reçut pour cette raison le nom respectueux de “République des partisans“. »

Issu d’une famille de paysans, Alexandre Loukachenko émerge en politique à 36 ans, en 1990. Sa formation est double : diplômé d’enseignement en histoire et sciences sociales, il devient directeur d’une ferme collective après l’obtention d’un diplôme à l’Académie d’agriculture. « Alors que les privatisations balayaient la Russie et que le premier signe de nouvelles formes de corruption que cela induisait frappaient la Biélorussie », une commission anti-corruption fut créée, et Loukachenko fut élu à sa tête en 1993. « Il acquit la réputation d’être incorruptible. Ses qualités, jointes à son adhésion au principe soviétique, lui valurent la reconnaissance, la confiance et le soutien de la majorité des biélorusses. Cela l’amena finalement à obtenir 80 % du vote populaire pour le poste de président en 1994 ».

Son ambition de préserver les principes égalitaires issus du communisme, est nourrie « des textes classiques du marxisme, prônant la justice sociale et les principes d’une nation dirigée par ses travailleurs, et dans l’intérêt de ceux-ci ».  Nul doute que les analystes issus du monde capitaliste y verront une forme dangereuse de conservatisme périmé. Mais ce que propose Loukachenko avant toute chose, c’est de s’appuyer sur les bases politico-culturelles de la société bélarusse, sans faire “table rase du passé“, tout en veillant à mettre son pays sur les rails d’une « ligne véritablement démocratique ».

Le président Loukachenko, qui suivait plus une ligne de conduite éthique qu’une ligne partisane, ne s’associa à aucun parti politique. Assez logiquement, ses relations avec le parlement élu en 1990 se révélèrent compliquées, freinant par exemple ses positions, annoncées en campagne présidentielle, en faveur d’une intégration économique avec la Russie. En 1995, il utilisa alors la Constitution pour consulter les biélorusses par référendum sur cette question, plus trois autres : accord pour un statut égal entre langues russe et bélarusse, nouveau drapeau et symbole étatique de la République de Bélarus, dissolution du parlement en cas violation flagrante de la constitution (sa connaissance des facteurs de corruption expliquant probablement ce dernier point).

Le nouveau parlement était à l’image d’une démocratie en construction, avec une myriade de députés indépendants et de partis politiques. « Loukachenko se trouvait dans une position ou il voulait appliquer le programme pour lequel il avait été élu, mais fut incapable de déjouer les intrigues du parlement et de la Cour constitutionnelle. La réponse résidait dans le seul domaine sur lequel il pouvait compter, le peuple bélarusse lui-même. »  Le président s’attelle alors à un référendum pour une refonte de la constitution, mêlé de questions pragmatiques telles que l’abolition de la peine de mort, ou bien : « Êtes-vous en faveur de l’achat et de la vente sans restrictions de terrains ? ». Fruit d’un compromis mouvementé entre Loukachenko et le parlement, le référendum proposait d’abolir la fonction de président (!), mais surtout la consolidation des pouvoirs du président, qui s’octroyait le droit de nommer la moitié de la Cour constitutionnelle.

Cette séquence rappelle celle de la Constitution élaborée sur mesure pour le général De Gaulle, dont l’inconvénient majeur est de reposer sur l’honnêteté d’un seul homme. Elle comporte cependant des garde-fous conséquents, comme la possibilité dévolue au Parlement de destituer le président. Sachant que Loukachenko n’a pas de parti politique derrière lui, donc pas de majorité garantie au Parlement, cela l’oblige à composer avec les différents partis ou indépendants représentés. Les français ne connaissent que trop bien les dangers du pouvoir présidentiel, ils savent aussi que l’alternance des personnages ne signifie pas l’alternance politique. L’indiscutable continuité de la période Sarkozy-Hollande-Macron, dans le sens du déclin économique et de l’autocratie assortie d’illégitimité patente, en atteste.

À cette précarité du régime présidentiel bélarusse, s’ajoute le manque de crédibilité d’une opposition trop visiblement gérée par l’étranger, et surtout la menace palpable que représentent les ingérences répétées de l’UE, de l’OSCE (dont les positions arbitraires nuisent fortement aux relations diplomatiques avec les pays d’Europe) ou des États-Unis via son ambassade et les financements divers et opaques. Le résultat est une réticence pour la population à voter pour une personne dont on ne connait pas l’intégrité, et une réticence supplémentaire pour le président Loukachenko à se retirer dans un contexte hostile. Cette situation malsaine est essentiellement due à l’agressivité américano-européenne, à laquelle il dut répondre dès le début de sa présidence. C’est le syndrome des pays comme le Venezuela ou Cuba : la nécessité de se protéger contre les agressions extérieures continuelles (embargo ou restrictions économiques, mitages de l’intérieur…) a tendance à figer la structure du régime qui résiste.

Vu de l’extérieur, le président s’en sort assez bien : la presse d’opposition est diverse, il n’y a de fait pas de parti dominant mais une diversité de mouvements politiques, le taux de chômage racle le plancher, le niveau de vie des bélarusses ne cesse d’augmenter depuis 1996…

Courbe du chômage (en pourcentage de la population active) :

Taux de chômage en Biélorussie, données du FMI. Taux de chômage en Biélorussie, données du FMI.

PIB par habitant multiplié par 20 depuis l’accession au pouvoir de Loukachenko (données du FMI) :

PIB par habitant depuis 1992. Biélorussie. PIB par habitant depuis 1992. Biélorussie.

 

Dans une telle situation économique, le quotidien des biélorusses est serein : on ne bataille pas pour subvenir à ses besoins ni pour se loger, le plein emploi modère la peur du chômage, la politique d'aménagement du territoire permet un accès à la culture (universités, bibliothèques réparties sur l'ensemble du pays...). C'est la base de toute société démocratique, les gens réfléchissent et s'informent, ce qui explique en partie la contestation populaire, qui serait bien plus constructive sans l'ingérence continue, hypocrite et agressive de l'occident. L'industrie informatique s'est fortement développée dernièrement, grâce notamment à une fiscalité favorable, preuve que le contrôle des investissements privés n'est pas celui de l'ère soviétique. Et comme l'herbe du pré est toujours plus verte ailleurs, ce n'est pas étonnant de voir les informaticiens biélorusses en fers de lance du mouvement de contestation.

Par comparaison, les français en proie à la dégradation incessante de leurs conditions de vie, semblent prêts à accepter une stricte dictature, à condition que leur “sécurité“ soit assurée. La prorogation des restrictions des libertés publiques à l'Assemblée nationale, votée par 49 députés au terme d'un simulacre de dialogue parlementaire, marque une situation dictatoriale de fait. Cette sécurité, sanitaire ou économique, n'est bien sûr pas du tout assurée, puisque l'objectif premier d'une gouvernance délégitimée est de nous maintenir dans l'angoisse.

Corruption importée

Au Bélarus, la démocratie pâtit surtout des flots d’argent déversés sur l’opposition pro-occidentale, qui atteint un niveau de confort et de corruption ainsi décrit par l’analyste Steward Parker : « Pour beaucoup, être dans l’opposition est finalement trop lucratif pour vouloir effectivement se débarrasser de Loukachenko. Les médias occidentaux “indépendants“ ne se sont pour la plupart pas révélés plus objectifs ou impartiaux que les pires exemples de propagande étatique de l’histoire, tandis que l’ingérence américaine au Bélarus a été excessive, peu subtile et mal gérée ».

Une telle opposition ne nourrit pas le débat démocratique, elle le parasite. De plus, un ambassadeur US annonçait avoir financé 300 ONG, dont des médias, admettant même que « certaines ONG étaient liées à ceux qui cherchaient un changement politique ». On imagine l’autocensure que doivent s’appliquer les membres de ces ONG, sachant que la reconduction des apports financiers dépend nécessairement de leur loyauté. L’argent corrompt les esprits, c’est bien connu.

L’association ukrainienne UNA-UNSO, une “ONG“ très particulière, vraisemblablement « antisémite et xénophobe », pourvoyeuse de fantassins paramilitaires dans des zones de conflit comme la Géorgie en crise, ou de service d’ordre lors de la “révolution orange“ ukrainienne, a manifesté sa présence en Biélorussie. Lorsqu’une organisation cousine bélarusse, nommée la « Légion blanche », inquiéta l’institut israélien Stephen Roth aussi bien que les autorités bélarusses, pour leur racisme extrémiste et leur capacité de nuisance, ces dernières interdirent l’organisation pour activités illégales, en 2004. Dans la foulée, les États-Unis se plaignaient de harcèlement contre les ONG. Avaient-ils financé la Légion blanche, nous ne le saurons pas.

Les données d'un millier d'officiers de police bélarusses, incluant noms et adresses personnelles, ont été fuitées à la mi septembre 2020, provenant probablement de hackers biélorusses. Ces méthodes rappellent celles utilisées lors de la révolution orange en Ukraine, où la situation était cependant beaucoup plus chaotique. Craignant pour leur vie, un grand nombre de policiers ukrainiens avaient gagné la région du Donbass, où ils s'étaient organisés pour lutter avec la population locale, historiquement et géographiquement proche de la Russie, opposée à l'installation d'un régime d'extrême droite en Ukraine.

Pour en revenir au passé proche, une soi-disant “ONG“, non déclarée aux autorités, se préparait à publier des sondages à la sortie des urnes. La sécurité intérieure flairant de faux sondages destinés à contester les élections, tradition européenne désormais célèbre, quatre membres ont été déférés en justice.

Sur ces bases, un rapport d’Amnesty International de 2007 dénonce « des restrictions à la liberté d’association ». Le même rapport classe en tant que « prisonnier d’opinion » l’opposant Kozouline, condamné pour « avoir appelé à prendre d’assaut un bâtiment public, à renverser le gouvernement et à la mort du chef de l’État ». L’ONG semble faire une confusion : si un individu incite au meurtre, qu’il soit militant politique ou non, il est condamné pour crime, non pour opinion.

Le plus grave étant que le rapport d’Amnesty International, pour juger de la conformité des élections, se base exclusivement sur les conclusions de l’OSCE. Nous n’avons vu qu’une partie de la farce, puisqu’en 2006, ce n’était plus « l’espion » du BND Mr Wieck qui dirigeait le comité OSCE de non-observation du déroulement des élections, mais le député démocrate du Congrès américain Alcee Hastings, démis de ses fonctions en 1989 « pour corruption et parjure. Crédité de pots-de-vin d’une valeur 150 000 $ ».

L’ONG et la torture

Amnesty ne pouvait que se fier aveuglément aux conclusions d’un chef-espion et d’un criminel, c’est évident. Notons tout de même que les partis pris de l’ONG penchent légèrement en faveur des intérêts nord-américains, dans d’autres contextes. C’est démontré ici dans l’affaire Assange, mais il y a encore plus déplorable.

La section Royaume-Uni de Amnesty International prodigue des formations sur les affres de la torture aux volontaires âgés de 13 ans et plus. La pratique désormais publique des « interrogatoires renforcés » diligentés par la CIA, qui alterne les séances d’isolement prolongé en environnement sonore et lumineux contrôlé, avec des séances de « waterboarding », où l’on simule la noyade du prisonnier avec le risque de provoquer une crise cardiaque ou une simple noyade, dans le cas où la terreur ne suffirait pas à faire dire à la victime ce que le tortionnaire désire entendre. Le waterboarding est strictement de la torture, telle que définie par la Convention de l’ONU contre la torture.

Mais chez Amnesty UK, le cœur balance. Des avis favorables au waterboarding sont cités, suivis d’arguments contraires dans un chapitre bizarrement nommé « Obstacles à la légitimité du waterboarding ».

Puis ils font réfléchir leurs élèves sur des situations où la torture pourrait, ou non, se justifier. Ils proposent 7 arguments pour, 7 arguments contre, avec un sens de l’égalitarisme absolument… immonde.

Extrait de la formation Amnesty International sur la torture, tirée du site web britannique. Extrait de la formation Amnesty International sur la torture, tirée du site web britannique.

Des instances d’Amnesty International défendent les intérêts les plus sordides d’une frange de la CIA en lien avec une frange des États-Unis. Ce conditionnement des enfants et adultes à l’acceptation de la torture a été mise en ligne (ou mise à jour) en 2018. Quand on sait que la Pologne et la Lituanie ont pratiqué la torture pour le compte de la CIA, les convergences sont loin d’être anodines. Après les rapports de l’OSCE, celui d’Amnesty sur les droits de l’homme en Biélorussie nous plonge dans un état d’incrédulité profonde.

Heureusement, le communiqué des « experts aux droits de l’homme des Nations Unies » qui appelle à « stopper la torture contre les manifestants » au Bélarus, rappelle les fondamentaux : « L’impératif de ne pas être soumis à la torture est l'un des droits de l'homme considérés si essentiels qu'ils ne peuvent être limités ou suspendus en aucune circonstance ». Les experts ont reçu « 450 cas documentés de torture et de mauvais traitements » commis par la police bélarusse, tout en déplorant la « réponse musclée à des manifestations pacifiques ».

Malheureusement, mélanger les cas de mauvais traitements et de torture, ça fait du chiffre, mais ça n’est ni pédagogique ni transparent. Le qualificatif de « manifestations pacifiques » cadre mal avec la centaine de policiers blessés dont 28 hospitalisés. Le manque de rigueur fait rater l’essentiel. S’il y avait des doutes sur la nature des sévices, ce n’était pas “et de torture“, mais “ou de torture“ qui aurait été écrit. Quel est donc le nombre de cas de tortures que les dossiers reçus semblent attester ? La présence de manifestants violents n’augmente-t-elle pas la probabilité que les blessures aient été données lors d’affrontements ? Les identités des déclarants sont-elles authentifiées ? Quelle est la gravité des blessures ? La torture alléguée était-elle destinée à soutirer des aveux ? Quel type d’aveux ? Y a-t-il eu intention d’infliger une « souffrance sévère », une volonté de « punir » ? Quels types de blessures les “mauvais traitements“ ont-ils causé ?

Les documents reçus comprennent au moins une partie de ces réponses, le fait que les experts les gardent pour eux ne sert ni la vérité, ni la recherche des présumés coupables. Il est temps que l’ONU revienne sur ces approximations.

Il est urgent que ces experts onusiens rencontrent Amnesty International pour leur expliquer que l’on ne transige pas avec la torture.

Les éléments à charge disponibles en France ouvrent la voie à une enquête pour crimes de torture à grande échelle, au sens onusien de la volonté de punir et d’infliger une souffrance sévère, dans le but d’affaiblir le mouvement des gilets jaunes. Un pays démocratique l’aurait diligentée en remontant aux plus hauts niveaux de la hiérarchie républicaine, Président Macron compris.

Objectivement, les éléments publiés relatifs à la Biélorussie ne permettent pas de dépasser, en l’état, le stade de l’enquête préliminaire.

Fin du journalisme, extension de la pensée inique

Le cofondateur de Mediapart n’a pas encore osé publier la face du président français en « satrape » sanguinaire. François Bonnet ne brille pas non plus par sa rigueur ou sa déontologie journalistique. Il prend les déclarations de l’OSCE pour argent comptant, et va même bien plus loin, puisque quand l’OSCE parle d’« irrégularités électorales », sans d’ailleurs préciser de quel camp elles proviennent, le journaliste dénonce des « fraudes massives », sans aucun conditionnel, sans preuve, sans source, prenant l’affirmation à son propre compte. Sans observation indépendante organisée, il est impossible d’attester de fraudes « massives », tout au plus peut-on les suspecter. De surcroit, dans la même Une, son collègue donne des raisons expliquant le score élevé d’Alexandre Loukachenko : « L’opposition se cherche », sa coordination « est au mieux difficile, au pire inexistante », certains candidats sont des novices en politique, et comme nous l’avons vu, l’opposition est trop pilotée de l’extérieur pour être stable, constructive, crédible.

Les « fraudes massives » ainsi présentées sont donc, stricto-sensu, une fausse nouvelle, ce même critère qu’utilise Mediapart pour “dépublier“ des masses de commentaires et des billets de lecteurs, spécialement sur une question presque anodine, le covid.

Monsieur Bonnet triture l’information avec dextérité, exemple parmi tant d’autres : « L’effondrement de l’économie biélorusse, la dévaluation de 30 % de sa monnaie ces derniers mois, le refus récent du FMI de débloquer un prêt de 940 millions de dollars mettent en effet le pouvoir aux abois. »

  • Effondrement : d’autres diraient “difficultés passagères dues aux mesures mondialisées du covid19“.
  • Dévaluation de la monnaie : C’est précisément un levier utile, adapté à une situation locale et temporaire, dont les pays de la zone euro ne disposent plus.
  • Refus du FMI : Faux. C’est le président Loukachenko qui a refusé un prêt du FMI. Il a résisté aux injonctions dictatoriales du FMI qui conditionnait un “prêt“ à des mesures sanitaires covid édictées par l’OMS.

Depuis quand le FMI, institut financier, se mêle-t-il des mesures de santé ? Des mesures qui devraient être uniformes dans le monde entier, quelles que soient les conditions locales ? Le covid19 serait donc un évènement politique avant d’être un évènement sanitaire ? Mr Bonnet fait l’impasse, trou de mémoire assurément.

En n’appliquant pas le confinement, la Biélorussie a limité “l’effondrement“ qui se prépare en France et ailleurs, les petits commerces, les restaurants et PME ne sont pas aux abois comme chez nous, le plein emploi est toujours de rigueur. Le risque principal qu’encourt le pays, c’est que la propagande de guerre n’aboutisse à une guerre.

Lorsque Monsieur Bonnet commente la décision bélarusse de « mettre la moitié de l’armée en état d’alerte », il oublie de rappeler les important transferts de troupes américaines vers la Pologne, ces derniers mois.

Monsieur Bonnet humilie le président d’un pays étranger, en insérant des montages photos enfantins dans un article traitant d’une question grave. On y voit Loukachenko en taille réduite assis sur les genoux de Poutine. C’est puéril, provocateur et imbécile. La Biélorussie n’est pas le vassal de la Russie, ce sont deux peuples frères, aux intérêts partiellement convergents, Loukachenko ayant poussé pour une intégration économique tout en tenant tête à Poutine. Il a besoin du gaz et du pétrole russe, et l’industrie performante biélorusse est utile à la Russie. Ils ne se font pas de cadeau, en 2012 Gazprom vendait son gaz avec un taux de profit de 20%, ce qui reste énorme. Les relations sont complexes et parfois tendues, depuis longtemps.

Le qualificatif consacré par Mediapart envers Loukachenko est “autocrate“, deux crans au-dessus de dictateur. Je propose à Mediapart d’analyser sur un temps long la structure du régime, le contenu des référendums et la conséquence de leurs votes, les comparer au référendum européen de 2005, et conclure quel est l’autocrate, de l’Europe sans visage ou de l’autre ? L’homme honnête respecte sa parole. Les voyous trahissent leurs propres engagements.

Le Figaro, le Monde, Libération, l’Humanité, Ouest France et autre nous servent une soupe uniforme, une caricature insidieuse de la situation démocratique au Bélarus. Sur ce sujet comme sur celui du covid, la presse française avance d’un bloc en rang serré telle un régiment d’infanterie commandé par un parterre de banquiers.

L’UE et l’OSCE affichent depuis vingt ans des positions de principe, des positions dogmatiques, des positions stratégiques qui pénalisent la Biélorussie, sans aucun effort pour coller aux réalités. L’analyse actuelle et les rappels historiques contenus dans cet article montrent que l’ensemble des indicateurs vont dans le sens d’un soutien largement majoritaire de la population au président élu Loukachenko.

Dans ces conditions, la propagande politique et médiatique ne peut que nuire à l’ensemble du peuple biélorusse, donc à tous les démocrates européens sincères, que ce soit par déstabilisation économique et politique (l’UE impose de nouvelles sanctions), guerre civile alimentée de l’extérieur, ou guerre tout court.

Lorsque tout modèle de vie alternatif aura sombré au nom de la “démocratie“, le citoyen européen pourra mécaniquement marcher au pas, sans un regard vers les corps étendus sur les bas-côtés, au rythme cadencé d’une légion blanche qui ne dit pas son nom.

 

 

Extraits de deux discours, le premier prononcé en 2011 par le sénateur du parti républicain Ron Paul, face à la Chambre des représentants des États-Unis :

« Monsieur le président, je m’élève contre la demande de prorogation de la Loi sur la démocratie au Bélarus. Le titre de cette loi aurait amusé Georges Orwell, puisqu’il s’agit en fait d’une loi américaine sur un changement de régime. D’où le congrès des États-Unis tire-t-il l’autorité morale ou juridique nécessaire pour déterminer quels partis ou organisations politiques au Bélarus - ou ailleurs - doivent être financés par les États-Unis et lesquels doivent être déstabilisés ?[...]

 J’aimerais savoir combien de millions de dollars, prélevés sur l’argent des contribuables, le gouvernement américain a gaspillé pour renverser le gouvernement du Bélarus. J’aimerais savoir combien d’argent a été dilapidé par des organisations de façade financées par le gouvernement comme le National Endowment for Democracy, l’International Republican Institute, Feedom House et d’autres qui, comme à l’époque de l’ancienne Union soviétique, s’ingèrent dans la politique intérieure d’un pays qui n’a ni menacé ni attaqué les États-Unis ?

[…]

Enfin, je m’oppose fermement aux sanctions que cette loi impose au Bélarus. Nous devons garder à l’esprit que les sanctions et les blocus des pays étrangers sont considérés comme des actes de guerre ».

 

À New York, le président Loukachenko s’adressait en 2005 à l’Assemblée Générale de l’ONU :

« Nous avons établi une union durable et fructueuse avec la Russie, notre très proche voisin.

Nous construisons notre pays avec notre propre intelligence et en nous fondant sur nos propres traditions.

Mais il est évident que ce choix de mon peuple ne fait pas plaisir à tout le monde. Il ne plaît pas à ceux qui aspirent à gouverner le monde unipolaire.

Comment ?

S’il n’y a pas de conflit - on les invente.

S’il n’y a pas de prétexte pour intervenir - on crée des prétextes imaginaires.

Dans ce but, on a choisi une bannière très pratique - la démocratie et les droits de l’homme. Et non dans leur sens originel de pouvoir du peuple et de dignité des personnes, mais uniquement et exclusivement dans l’interprétation qu’en fait le gouvernement des États-Unis.

Le monde est-il réellement devenu si noir et blanc, privé de sa diversité de civilisation, de tradition multicolore et de modes de vie répondant aux aspirations des peuples ?

Bien sûr que non ! C’est simplement un prétexte pratique et un instrument de contrôle sur d’autres pays.

Malheureusement les Nations unies, bien qu’elles nous appartiennent à tous, se laissent utiliser comme un outil de cette politique.

Je dis cela avec une amertume et une douleur particulière en tant que président du pays qui a cofondé l’ONU après avoir sacrifié un tiers de sa population pendant la seconde guerre mondiale au nom de notre liberté et de la liberté de l’Europe et du monde entier. »

 

Passages du livre de Steward Parker, chapitre : “Les élections et l’opposition bélarusse

*** Page 242 et suivantes.

La popularité d’Alexandre Loukachenko connut une forte hausse au début de 2006. L’économie continuait à croître et les bénéfices étaient largement et visiblement redistribués à la population. On peut en voir une preuve dans les rapports des observateurs étrangers des élections qui sont retournés au Bélarus en 2006. Parmi les exemples, les commentaires d’un député israélien, Mikhail Gorlovsky, qui relevait que depuis sa première visite dans les années 1990, « ce sont deux pays différents. Le progrès est évident. » En outre, l’Assemblée du peuple bélarusse avait tenu sa troisième session les 2 et 3 mars 2006. Cette Assemblée est une forme de démocratie directe, décrite par les bélarusses comme « une conversation ouverte avec la Nation ». En plus de permettre aux représentants de tout le pays de participer aux décisions générales et de faire des propositions, Elle sert aussi de tribunes au président pour rapporter sur les progrès réalisés ou non dans le pays.

Alexandre Loukachenko put ainsi annoncer que les objectifs fixés par le peuple lors de la deuxième Assemblée du peuple avaient été atteints est réalisé. La raison de ce succès, déclara Alexandre Loukachenko, est simple : « Nous n’avons pas détourné la richesse du pays, nous ne sommes pas endettés lourdement. En nous fondant sur la vie elle-même, nous avons élaboré notre propre modèle de développement basé sur des réformes équilibrées et réfléchies. Sans privatisations importantes et sans thérapie de choc. En préservant ce qu’il y avait de mieux dans notre économie et nos traditions. »

L’appel permanent de l’opposition à la « démocratie au Bélarus » est accueilli avec beaucoup de scepticisme par la plupart des Biélorusses. En particulier après une Assemblée du peuple et l’année de l’élection présidentielle. L’Assemblée du peuple a certainement contribué à cimenter le soutien à Alexandre Loukatchencko ; le dirigeant de la section biélorusse du parti communiste d’Union soviétique, reconnaissant, déclara avec enthousiasme devant un public international en Belgique que l’assemblée du peuple était une forme de démocratie directe « inédit en Occident ».

Bien sûr, la démocratie dépend de la définition et de l’interprétation qu’on en donne. L’entrepreneur biélorusse Aleg Litvinovitch, que j’ai interviewé en 2006, avait ceci à dire : « L’Occident aime l’Ukraine, parce qu’en Ukraine, il y a la “démocratie“. J’étais en Ukraine il y a une semaine, il n’y a pas la démocratie, il y a la désorganisation et le chaos. L’Occident aime aussi la Géorgie, mais les biélorusses ne vont pas vivre en Georgie. Ce sont les géorgiens qui viennent vivre ici. » Ce sentiment est largement répandu parce qu’il est facile pour les biélorusses de voir les résultats, pour les gens ordinaires, de la “démocratie“ approuvée par l’Occident.

Depuis 2001, l’opposition s’est révélée comme un noyau dur de militants cherchant le changement, dont les rangs sont artificiellement maintenus par les grandes sommes d’argent occidental disponible. Alexandre Loukachenko releva que ses militants sont fréquemment au chômage. « D’où ont-ils tiré leur argent ? Soi-disant des combattants pour le bonheur du peuple,…  qui se combattent d’ailleurs l’un l’autre afin de montrer à l’Occident qui est le plus grand ennemi d’ Alexandre Loukachenko et qui est plus démocrate, dans le but de devenir le candidat unique, par ce que dans ce cas, tout l’argent passera par eux. C’est le genre de combat qu’ils mènent. » Alexander Feduta, un journaliste biélorusse indépendant qui ne soutient certainement pas Alexandre Loukachenko, fit valoir que le financement de l’opposition par les États-Unis étaient une erreur qui auraient sûrement des effet inverse. Il expliqua qu’en 2001 les États-Unis avaient « réellement tellement aidé financièrement l’opposition qu’elle en était devenue folle. Citez-moi un autre pays où vous êtes payés pour être dans l’opposition ». Il confirma également que l’argent avait été volé et détourné, se plaignant que « la révolution ne se fait pas de cette manière ». S’il était évident pour ceux qui faisaient campagne contre Alexandre Loukachenko que « l’opposition unifiée » était un phénomène créé et financé par l’étranger, ça l’était certainement aussi pour les autres biélorusses.

Donc lorsque l’opposition biélorusse se rallia derrière le très peu connu Alexandre Milinkevitch en 2006, les gens observèrent très attentivement tout signe de soutien étranger. Ils n’eurent pas trop à chercher. Outre le fait que son conseiller de campagne était Terry Nelson (le directeur de campagne de George W. Bush 2004), Milinkevitch fut également invité à s’adresser au parlement polonais en janvier 2006.

… En outre, il tint des réunions avec le représentant pour la politique étrangère de l’union européenne Javier Solana, Le président du Parlement européen Josep Borrell et 25 autres ministres de haut rang de l’union européenne à Bruxelles le même mois….

Ensuite, sa visite à Bruxelles fut très controversée, notamment compte tenu de la supposée neutralité de l’UE dans les affaires intérieures d’un pays non membre. Même l’hostile Radio Free Europe / Radio Liberty reconnut ce dilemme embarrassant : comment soutenir un changement de régime sans paraître soutenir un candidat particulier ?

Milinkevitch était apparu comme le candidat de l’opposition unie après une rencontre avec la secrétaire d’État américaine Condolezza Rice en Lituanie en avril 2005. Comme le rapporta le Washington Post, l’ordre du jour de la rencontre était, de nouveau, d’« unir l’opposition autour d’un candidat pour affronter le président Alexandre Loukachenko ».

Que cela ait été un échec cinq ans auparavant fut apparemment ignoré. Ce que Milinkevitch a représenté, cependant, c’était un candidat totalement sympathisant des objectifs de ses sponsors. Étonnamment, au cours de l’hiver le plus froid jamais connu, Milinkevitch fit la promesse de campagne de mettre fin au prix préférentiel de gaz et du mazout provenant de Russie ; tout cela dans l’intérêt du libre marché et du refroidissement du partenariat stratégique avec Moscou. Il ne faut pas oublier qu’une telle promesse signifiait une hausse de la facture moyenne de chauffage des particuliers de quelque 70 %.

Depuis que la révolution orange en Ukraine avec mis fin à l’accord préférentiel pour le prix du gaz, les ukrainiens ordinaires avait été gravement touchée. Le prix du mazout augmenta de 100 % et celui de la nourriture augmenta également.

… Milinkevitch fit la déclaration politique naïve de son intention d’introduire une assurance-maladie privée. Il concluait que les soins de santé privés étaient préférable par ce que « la personne choisit quel hôpital et quel fournisseur de soins elle veut utiliser et que cela suscite une concurrence entre les médecins ».

Milinkevitch proclama également son désir de conduire la Biélorussie sur la longue route qui mène à l’adhésion à l’Union européenne.

« sans modèle économique clairement préférable et en s’associant avec des étrangers connus pour être antirusses -  une xénophobie non partagée par les biélorusses – Milinkevitch courtisait une part infime du vote populaire.»

Milinkevitch déclara en décembre 2005 : « Si notre campagne est couronnée de succès, nous ferons sortir les gens dans la rue. » En effet, les espoirs de chasser Alexandre Loukatchencko du pouvoir furent toujours fondée sur une « manifestation populaire ».

Milinkevitch lui-même se révèle peu dynamique et fut décrit par certains observateurs comme « faible et peu inspirant ».

Autre candidat de 2006 :

Kozouline se présenta comme candidat au nom du mouvement social-démocrate Hramada, mais son engagement politique dans cette formation fut remarquablement bref. Recteur de l’université d’État biélorusse de Minsk jusqu’en 2003, lorsqu’il fut licencié après une enquête dans un scandale de corruption.

 Chaque candidat s’était vu allouer du temps d’antenne à la radio et à la télévision ainsi que la publication de son matériel électoral par les médias propriétés d’état. Cela réfute de nouveau l’affirmation de Milinkevitch au député européen à Bruxelles que l’opposition n’avait « aucun accès aux chaînes de radio et de télévision ni à la presse écrite ». En fait Alexandre Loukatchencko choisit de ne pas faire campagne directement mais de se laisser juger sur son bilan est sur le programme de l’assemblée du peuple biélorusse. En outre, il ne prit pas les créneaux à la télévision et à la radio qui lui avaient été alloués et les offrit au contraire à ses adversaires.

Kozouline…  choisit la tactique des insultes personnelles et des accusations contre Alexandre Loukatchencko…  affirmant également que le président était un dictateur corrompu. (2.3% vote…).

 Alexandre Loukatchencko en 2007 au journal allemand Die Welt :  la presse porte une responsabilité immense, déclarant qu’elle « Peut agir comme des armes à feux » et que « Les journalistes peuvent tuer tant la démocratie qu’un système totalitaire et causer des dommages à une société ».

 Cela nous amène au déroulement du scrutin. L’élection présidentielle de 2006 fut une fois encore condamnée par l’OSCE [ Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe], comme « ni libre ni équitable », et le gouvernement états-Unien refusa d’en reconnaître le résultat. Le résultat officiel était le suivant : Alexandre Loukatchencko 82,6 %, Milinkevitch 6 %, Gaidukevitch  3,5 % et enfin Kozouline 2,3 %. Comme nous l’avons évoqué plus haut, c’était peut-être bien l’intention [stratégie occidentale] et ce n’est donc pas totalement surprenant, étant donné la faiblesse du manifeste et des méthodes de l’opposition. Il est important de relever que si le doute était jeté sur l’ampleur de la victoire d’Alexandre Loukatchencko, l’OSCE reconnut sans porter plainte un résultat de 97 % pour Saakachvili en Géorgie, de 93 % pour Aïdar Aliyev en Azerbaïdjan est de 89 % pour K. Bakiev au Kirghizistan. La principale différence entre ces dirigeants et Alexandra n’est pas lié aux droits de l’homme au processus démocratique, mais bien à leur orientation politique.

Géorgie : pays où règne la corruption, Et ou plusieurs membres du Parlement ont été assassinées. Le président Aliyev a cependant signé un énorme contrat avec un consortium pétrolier international de 10 sociétés incluant Exxon Mobile et British Petroleum.

Alcee Hastings a dirigé la mission d’observation de l’OSCE en Biélorussie.  Ce sénateur démocrate de Floride est destitué en 1989 par la chambre des représentants américaine pour corruption et parjure. Crédité de pots-de-vin d’une valeur 150 000 $.

 La conclusion de l’OSCE selon laquelle à l’élection n’était ni libre ni équitable est fondée sur quelques éléments rassemblés à la hâte, principalement basés sur la campagne et non sur le vote. Par exemple la plainte que le programme électoral de Milinkevitch n’était pas imprimé dans les publications publiques parce qu’il n’avait pas pu respecter le délai prévu par le règlement de la campagne. Pourtant les programmes des trois autres candidats ont été imprimées tout simplement parce qu’ils avaient respecté le délai.

 Le rapport de l’OSCE critiquait aussi le code électoral biélorusse qui limite les dépenses de campagne à quelque 67 millions de rouble biélorusse, 31 000 $, allouée à chaque candidat par l’État.

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-- Version complète du discours à l'ONU d'Alexandre Loukachenko en 2005 :

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