Crépuscule des idoles. Camarade Assange, nul n'est héros. Explique leur.

Les commentaires de l’article « Crépuscule: Juan Branco découvre la lune » révèlent des lecteurs blessés de voir Joseph Confavreux égratigner le nouvel idole des medias Juan Branco, avocat et proche de Julian Assange. Si Branco n’est d’évidence pas un héros, Assange, fait “héros“ par certains de ses défenseurs, aurait dénigré le terme.

Ce que tente Juan Branco dans le best seller Crépuscule contre Macron, c’est de défendre la démocratie en nous ouvrant les yeux. Il a vu des choses, en témoigne et c’est utile, et Joseph Confavreux le souligne.

Mais dans cette période de déliquescence où nous ne pouvons plus nous fier à aucun chef, comme le mouvement des gilets jaunes l’a démontré admirablement en coupant les têtes dès qu’elles dépassaient un peu trop,

l'important

est de savoir à qui nous fier, d’homme à transgenre ou de femme à homme (abrégeons les déclinaisons), dans ce rapport d’égalité où l’intensité des projecteurs n’est pas gage de légitimité. Mediapart expose les limites de Juan Branco quant à sa pertinence politique. Nous collectif “Libérez Assange...“ avions commencé à cerner ces limites, et cela nous conforte et nous fournit des arguments. Dans le champ désertifié des défenseurs d’Assange où l’on peut se compter, il est primordial de savoir ce que chacun est et peut : intégrité, pertinence, part des intérêts personnels dans cette lutte ; et NOUS EN AVONS TOUS DES INTÉRÊTS PERSONNELS, des petits pouvoirs exercés à petite échelle, et la seule manière de les neutraliser est de les expliciter. C’est le cœur de la philosophie de la transparence de Assange et WikiLeaks : dévoiler toutes les petits rouages de pouvoir. Ils s’attaquent aux Grands, ce qui ne nous exonère pas de scanner nos nombrils.

En quoi Juan Branco fournit des arguments Pro-Assange ?

Ses témoignages sur la toile font sentir à quel point la torture mentale subie par Julian Assange à l’ambassade d’Équateur est cruelle et inadmissible. Juan Branco l’a visité sur place. Cet aspect est primordial. Mais des arguments pied à pied pour défendre Assange, Juan Branco ne nous en pas fournis. Nous nous étonnions que Joseph Confavreux (nommé J.C. par la suite) ne développe pas plus autour d’Assange. Ce qui nous étonne en fait, c’est l’absence totale de discussion au sein de Crépuscule mettant en lien WikiLeaks avec les idéologies macronienne et néolibérale. WikiLeaks apparait une fois dans son texte, en note de bas de page, référence aux MacronLeaks. Le nom Assange est tout simplement absent du livre.

Un “intellectuel“ qui ne sait pas exposer une problématique géopolitique globale, relier le local (Macron-France) au global (Occident < WikiLeaks) dans une situation où la logique même de territoire, et donc de bien commun, est piétinée par les possédants, alors qu’il y avait tant à en dire en s’adossant à la manière de voir de WikiLeaks, un tel « visionnaire » (*) se doit d’être remis à sa place, pour le bien de tous et de lui-même. Gentiment, avec considération, sans condamnation. Si J.C. est un peu brusque, c’est qu’il prône l’Amour du prochain, non ?

Lu par plus de 300 000 citoyens, Juan Branco a raté une occasion monumentale : faire connaitre le combat d’Assange et le poids de sa pensée et de ses actes dans la lutte contre l’idéologie macronienne. Pour un « proche d’Assange », c’est plus qu’une faute. Que Juan vienne nous voir, nous lui apprendrons ce que nous avons à lui apprendre, et réciproquement, et échangerons sur une défense commune d'Assange. En attendant, nous irons chercher les perspectives démocratiques ailleurs. Chez Cornelius Castoriadis, par exemple. Il est mort, mais nous savons exactement  d’où il nous parle, d’où il a écrit ses milliers de lettres à des amis.

En quoi Étienne Chouard fournit des arguments Pro-Assange ?

À peu près autant que Juan Branco, qu’Étienne Chouard a d’ailleurs invité dans l’émission de Sud Radio dédiée à Assange. Réunissant des connaisseurs du cas ou de l’homme Assange, ce débat a eu le mérite de nourrir nos indignations, de transmettre l’au-delà des mots. Certains arguments concrêts aussi, bien sûr. Mais pas cruciaux, puisque pour répondre aux attaques médiatiques nous avons dû chercher ailleurs.

Laissons de côté temporairement ses bizarres "dialogues" avec Alain Soral. Étienne Chouard se réclame d'être ouvert à tous, non sans une certaine maladresse, à tout le moins.

[ Aparté : cet article est paru sur notre édition/collectif libérez-assange-ethiques&medias, après celui ci hier et 4 autres cette semaine. ]

Étienne Chouard écrit sur son blog  le 11 avril : « Notre meilleur lanceur d’alerte, héros mondial, exemple vivant de journalisme, sentinelle du peuple, va bientôt finir à Guantanamo, torturé puis assassiné par les chiens de l’empire. » En une phrase, le vocabulaire du pouvoir se trouve en deux endroits : Héros, Chiens. Vous savez combien Macron se repait d’héroïsation « rassembleuse ». Avec les « chiens de l’empire », Chouard déverse sans discernement un propos haineux. Nous ne combattrons pas « l’empire » par la haine.

Chouard semble de bonne volonté, nous devrons compter avec lui car c’est un des seuls qui donne audience à la question cruciale d’Assange, ultra sous-estimée aujourd’hui. Mais nous aurons énormément de choses à lui dire, et agirons en conscience.

Bilan temporaire

Lire Crépuscule en diagonale pourquoi pas, lire Nietzsche attentivement et son très actuel « Crépuscule des idoles »,

arrêter d'user des vocabulaires et mysticismes de pouvoir !

Que l'on exprime ou non la colère, nous n'avons

Ni Héros, ni Haine, ni Maître.

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