Acte II.II Avec Assange, décrétons close l’ère de l’Indécence

La polarité États-Unis / Russie constitue le coeur des attaques contre Julian Assange. Les membres actifs et co-décisionnaires de WikiLeaks ont-ils fauté en publiant les échanges peu prudents et moralement condamnables d'Hillary Clinton, avec le risque de fragiliser un peu plus la candidate face à Donald Trump ? Nous traçons les frontières de l'indécence afin de répondre.

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Russie : le gros morceau des accusateurs et autres sceptiques

Se pencher sur le cas Assange, sans s’adonner aux jugements hâtifs, c’est déjà savoir s’orienter en géopolitique. Les lecteurs pressés sont déjà partis, entchuldigung. Les temps pressent et le navire chavire.
Pour s’orienter, nous avons des intellectuels intègres. Ils sont peu nombreux mais extrêmement précieux. Le spécialiste en Droit Alain Supiot professeur au Collège de France est de ceux-là; il incarne selon nous la philia grecque, la φιλία. Après la Chute du mur, il participe aux grands messes de la Grande Unification à marche forcée. Il faut inculquer la vraie vie à l’ex URSS. L’occident envoie « des charters entiers de conseillers économiques, pour leur apprendre l’économie de marché dans un pays qui n’avait pas la culture du contrat », il faut ré-éduquer le pays du Gosplan, de la planification, d’un fonctionnement « à deux dimensions », alors que notre Droit est un ménage à trois. Chez nous un contrat comprend les deux contractants et « la loi commune qui est la force de la parole donnée ». Alain Supiot relate la réaction d’un confrère russe : « Y’a Ivan qui est gros et fort, moi je suis Igor, petit et malingre, et on nous met dans une même pièce ? Mais on connait ça depuis toujours, c’est la loi du bâton ça ! » Et ça a donné quoi ? « La Mafia, c’est à dire le lien commun de pouvoir et d’allégeance. » Bon, c’était pour leur bien, pas de notre faute si les russes ont une culture de barbares. La journaliste Naomi Klein a un avis plus nuancé ceci dit, dans son film La stratégie du choc. (43ème minute). L’édifiant épisode du « coup d’état » de 1993 à Moscou y est décrypté, les USA en ressortent aussi immaculés qu’à l’époque du coup d’état de 1973 au Chili. Après 4 ans de « tutelle » occidentale, supervisée par les « Chicago boys », les russes voyant leurs conditions de vie se dégrader, commencent à gronder. Le parlement les suit et abroge les pouvoirs spéciaux accordés à Eltsine. Eltsine dissout le parlement, par violation des principes constitutionnels du pays. Dans ce qui s’apparente à un coup d’état et une violation des droits du peuple, Boris Eltsin est soutenu par l’occident. Al Gore, le secrétaire d’Etat de Bill Clinton, déclare devant caméras : « Nous pensons que Eltsine est le meilleur espoir pour la démocratie en Russie. ». Au même moment, le peuple russe investit le parlement pour contrer les décisions anti-constitutionnelles d’un président illégitime de fait. Eltsine envoie les chars, il y aura plus de cent morts. « Le meilleur espoir pour la quoi, Messieurs Al Gore et Bill Clinton ?

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Assange s’est attaqué à la structure de domination dans son ensemble, dont un pilier monumental : la loi du silence et du secret. L’omerta institutionnalisée a fait un pas de géant avec la loi macroniste sur le secret des affaires, votée en 2018 ; de quoi ringardiser à court terme la culture d’omerta maffieuse. Une omerta qui n’aura bientôt plus grand-chose à envier à celle de l’oligarchie russe bénéficiaire des prescriptions des « Chicago boys ». S’il l’on se penchait sur les méthodes Monsanto qui achètent les mensonges de scientifiques cupides et sans vergogne, nous effleurerions la pointe émergée de l’iceberg. Notre collectif préfère sonder les bas-fonds de l’entre-deux eaux.

Quid des russes ? Une culture “barbare“ qui a engendré des Dostoïevski, des Tolstoï, des Gogol, des Boulgakov, a inventé mieux que la poudre, la Vodka dégustée sur la Volga gelée, se serait folie que de la pointer du doigt, de la négliger. Le Maître et Marguerite de Boulgakov, écrit dans les années 30, est aussi actuel que 1984. Le chat Belzébuth y fait voltiger nos léthargiques imaginaires. Jubilatoire.

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Face au tsunami du Haut-Cynisme submergeant nos derniers espaces de liberté, les peuples, à savoir ceux d’entre nous dont l’exigence de décence conserve quelque souvenance de ce sol terreux où nous retournerons un jour, n’ont d’autre choix que de créer entre eux des ponts, polarisés par la seule manifestation d’indifférence qui soit tolérable : celle qui ignore activement les Poutine, Trump, les Clinton, les Macron, les Hollande, les Sarkozies, les Salvini, les Orban, les Netanyahou, les Al Sissi… Autant de pauvres âmes perdues dans un océan d’amoralité. Pour eux, nos esprits a-rancuniers ont une case réservée : « Considération 0 ». Nous collectif ouvert Libérez Assange déclarons solennellement l’obsolescence de l’im-monde des apôtres de l’obsolescence planétaire programmée. Car nous avons à nous occuper de nos enfants qui ne sont pas à proprement parler « les nôtres ».

« Je hais l’indifférence » s’indignait l’intègre Antonio Gramsci. Lisons et relisons ses écrits fort mal édités en France, allez savoir pourquoi, lesquels datent d’une époque dont les effluves les plus poisseuses ressurgissent aux narines agressées de qui ne les ont pas bouchées.

Première bonne nouvelle : les narines, ça se débouche.

On ne pense à personne en particulier. Promis juré, Monsieur Plenel.

À suivre…

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Hillary Clinton. Pertinence, clairvoyance et cynisme mis en question.

À l’époque, le mari d’Hillary Clinton gérait les affaires depuis un an. Le salace Bill qui s’offrait des petites gâteries sexuelles dans son bureau de la Maison Blanche, ne faisait nullement valoir son ascendant d’homme de pouvoir, promis juré. Cela relevait tout au plus de la prostitution, cela n’avait rien d’un viol. Le nettoyage éthique s’achetait à coups de frais d’avocats et de communicants, c’était chouette. Assange est né trop tard, dommage. Maintenant que la morale des médias et du pouvoir est au top…
Faut-il verser des larmes (de crocodile) pour Hillary Clinton ? Politiquement, elle est elle-même l’architecte de sa défaite électorale, assistée de son parti démocrate et des mass média américains qui sont déconnectés des réalités depuis des lustres, au même titre que le sont les media dominants et le pouvoir français aujourd’hui. Du point de vue moral, les câbles de WikiLeaks ont suffisamment dévoilé son éthique de pouvoir, lorsqu’ elle envoie une taupe au sein de son propre camp, aux côtés de Bernie Sanders. Ce simple fait est un aveu de défaite morale, politique et intellectuelle. Une déchéance ? L’allégeance d’Hilary Clinton à un George Bush déclarant la guerre à l’Irak en 2003, contrairement à Barack Obama qui votait contre, et non sans lien avec les attentats de l’Etat Islamique jusqu’à Paris même, cette allégeance est le signe d’une lucidité dégradée, d’une intuition hors-sol, et d’une analyse géopolitique aveuglée par l’émotion des attentats du 11 septembre, mais aussi aveuglée par une idéologie sur laquelle son recul est faible.

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Faut les voir, Hillary décontractée, Bill statufié (et malaisé ?) et l’hôte de tablée bien gaillard, dans cette vidéo estampillée The Guardian. Où sont-ils et pourquoi ? Le papier du Guardian n’en dit pas mot, ni les articles papier-collé dérivés. Ah, la contextualisation, quel travail ingrat.

L’hôte introduit l'affaire Assange, arrêté depuis peu (*) : « … ça n'aurait pas pu arriver à un gars plus sympa ». Des rires fusent dans le public, Hillary Clinton poursuit : « Je trouve quelque peu ironique le fait que [Assange] soit peut-être le seul étranger que cette administration [celle de Donald Trump] daigne accueillir aux Ètats-Unis ! ». Là tout le monde s’esclaffe, les Wooh ! surgissent du public, l’arrestation d’Assange mêlée à la hantise de Trump provoque l’allégresse outre-atlantique. La répartie de l'expérimentée politicienne fait mouche et coup double. Humour second degré, uppercut sur Assange, Trump atteint aux côtes ; respect à la grande Dame. Puis elle se fait rassurante : « Je crois qu’il est clair que le chef d’accusation annoncé ne vise pas à punir le journalisme ». Mme Clinton fait soudainement confiance à l’indépendance de la justice de son pays administré par Trump, sur une affaire aussi secondaire. C’est beau l’unité nationale. Et la gente médiatique peut dormir sur ses deux oreilles. H. Clinton continue : « Le fond du problème, c’est qu’il [Assange] doit répondre de ses actes ainsi qu’aux charges [de l’accusation] ». Elle n’ajoute pas « dans un procès équitable », cela coule de source.

Si nous avions été ses hôtes, nous lui aurions rétorqué : « C’est vrai, un homme ou une femme publics doivent répondre de leurs actes. Croyez-vous que votre vote favorable à la guerre d’Irak en 2003 a contribué au développement de l’État islamique qui a terrorisé ses territoires conquis et attaqué plusieurs de vos pays amis, dont la France qui déplore sur son sol 255 morts et 1100 blessés depuis 2015 ? Vous en sentez-vous, pour une part, responsable ? ».

Ç’aurait pas été cool ; cassé l’ambiance joviale du plateau. Nous ne faisons ici aucun procès d’intention. Nous nous interrogeons sur cette éthique individuelle et collective, public et “speakers“ assemblés dans un lieu donné, de laquelle émergent des consensus mous et une sorte de détachement prenant la couleur d’une certaine indifférence et cynisme.

Cette pensée molle, cette intériorisation idéologique négatrice de l’histoire récente et lointaine, ne sont-ils pas dangereux ? Trump est-il plus dangereux pour la planète que Hillary Clinton si elle était à sa place. Question guerre ouverte c’est probable, encore que personne n’est devin en la matière. Question réchauffement climatique, qui nous le savons engendrera des conflits mortifères (le cimetière méditerranéen est de ceux là), les liens politico-industrialo-financiers d’Hilary Clinton sont-ils une garantie d’indépendance pour faire valoir les droits des peuples et la refonte systémique mettant fin à l’entropie destructrice ?

Nous, collectif Libérez Assange, pensons que le choix fait par WikiLeaks de ne pas faire le choix entre la peste et le choléra, n’est pas condamnable en soi. Même un prophète omniscient ne saurait nous faire changer d’avis. Le choix de WikiLeaks est cohérent avec leur constance philosophique ou idéologique (les mots manquent) selon laquelle les peuples doivent savoir ce qui se trame dans les hautes sphères, ce sans quoi nos libertés et la démocratie ne sauraient être conquis. Nous n’adhérons pas nécessairement pleinement à leur philosophie (nous y reviendrons) mais dans le cas précis des révélations concernant H. Clinton et toutes celles qui nous sont connues, le choix de WikiLeaks non seulement ne heurte pas notre éthique, et de surcroit nous pensons que cet éclairage servira et sert déjà les causes démocratiques.

(*) : Traductions de “notre” collectif.

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 Balayer devant sa porte : Une geste sanitaire

La France ne jalouse pas les États-Unis. La françafrique, ça y allait franco, vraiment. Ça décolonisait, ça préconisait un modèle républicain avec un bon gros président, les réseaux Foccart installaient un indigène bien gentil, bien cruel, et quand un démocrate se pointait malencontreusement, ça fomentait son assassinat; parmi eux Thomas Sankara du pays de l’Homme Intègre, troué de balles en 1986, c’est un secret de polichinelle. Macron a promis de déclassifier les documents d'époque. Nous verrons.

Digressions, digressions. Rien à voir avec Assange tout ça. Les tortures d’Abu graib en Irak ne relèvent pas de la même logique !??

Ils ont beau jeu de fustiger la russie poutinienne, elle est rien moins que le miroir de nos monstruosités. Elle est notre envers, et comme toute la philosophie depuis Hegel ou Aristote nous l’enseigne, l’envers est l’autre face du même. L’en-même temps du président « philosophe » Macron en est une vague inspiration, une compréhension de surface, une exécrable “philosophie“ de camouflage.

Reprocher à Julian Assange ses « accointances » avec la russie, c’est empiler l’erreur en strates, c’est fabriquer une hideuse poupée russe à corps perdus. C’est aussi oublier que WikiLeaks a publié en 2010 des câbles compromettants pour le "virtual mafia state“ et foutu un sacré bordel en russie.

La Cible et la φιλία

Si nous paraissons ici viser une cible médiatique particulière, c’est parce-que nous l’aimons et la défendons depuis longtemps, qu’elle a nourri nos analyses et indignations intellectuelles de l’in-inventable matière brute des réalités dissimulées. Nous l’aimons avec ses défauts de chaire et d’os. Une lectrice de Mediapart, dégoutée par « l’histoire d’une déchéance », a annulé son abonnement. Fut-elle la seule, cet acte dérisoire a la force du symbole qui force à la réflexion. Peinés, nous l’avons contactée, et nous lui enverrons à sa demande les articles de Martine Orange. L’info brute qui fourbit nos armes.

Notre critique est votre raison de vivre, nous y apportons pacifiquement notre sève, avec un poil d’impertinence que d’évidence - sans le vouloir, mais qu’a-t-il voulu ? - Julian Assange nous a inspiré; non pas lui seul, mais les âmes crucifiées qui toutes envahissent notre esprit.

Dans la Polis, la φιλία est amour, solidarité. Murray Boukchin y voyait « le sens de la responsabilité. Elle est créée par la connaissance, la formation, l'expérience et l'exercice d'une certaine sensibilité… En l'absence d'une municipalité à l'échelle humaine, compréhensible et accessible au point de vue institutionnel, il est tout simplement impossible d'assurer cette fonction fondamentale de la politique et de l'incarner dans la citoyenneté. ». Nous élaborons la problématique WikiLeaks globale à partir d’un lieu donné, et ce lieu est le terrain de blog offert par Mediapart pour exercer et interroger la responsabilité. Un outil superbement pensé, muni d’une charte, réajusté par l’avis des utilisateurs, efficacement construit par les informaticiens du journal. Tous, nous vous en remercions on ne peut plus sincèrement. De nous-mêmes qui écrivons ici, insérés dans ce lieu ou non-lieu, vous en savez beaucoup à travers nos écrits, nos dessins, nos blogs, nos signatures Google, et puisque vous avez une âme, vous en savez plus sur nous que Google. Et cela sera tant que nous aurons une âme.

Cette transparence est notre condition de sociabilité en ce monde, de plus en plus imposée. D’une toute autre nature est la transparence affichée par l’institution Mediapart qui en tant que « 4ème pilier » du pouvoir en a le devoir. Sa charte d’actionnaires, mais surtout sa bonne santé financière, la protégerait des actionnaires minoritaires qui détiennent ensemble 83% de la maison. Nous la croyons sur parole. Cette entreprise de presse est une institution privée qui a ses règles, sa communauté, son éthique. Elle a réinjecté du sang neuf et comblé les lacunes d’un Canard Enchaîné en semi-léthargie. Reste la question de l’autocensure jamais indifférente aux conditions de travail et de stress, de la ligne éditoriale dont Edwy Plenel et la direction à deux têtes sont aux avants postes, et de la pluralité disons idéologique sensée s’exprimer. Il nous semble que cette pluralité s’émousse. La crédibilité du journal se traduit par les reprises en revues de presse et l’insertion dans les infos médias. Une reprise injustement partielle, mais importante pour la démocratie, qui résulte en un combat difficile pour Edwy Plenel qui par ce biais se mêle au jeu institutionnel français et mondial.

Ces édifices institutionnels sont en déliquescence; la fragilisation de la Grande Fondation n’en n’épargne aucun. Mediapart compris, et nous doutons que vous preniez la situation à sa mesure. Mais dans le cas qui nous occupe, nous comprenons que le risque de se bruler les ailes aux côtés d’Assange, Icare malgré lui, n’est pas affaire anodine. Nous pensons avoir démontré que vos désirs de neutralité en la matière, votre prétention à l’objectivité, vos accents de pharisiaïsme qui saturent nos trompes d’Eustache, ne font qu’aiguiser l’épée d’un Goliath prêt à trucider un David à terre, laissant derrière lui une somme d’individualités un peu plus dénudées, nous tous, êtres dérisoires d’industries amenuisés, seuls à pouvoir défendre Assange puisque vous responsables d’un collectif organisé et financé, avez fait le choix de raison de jeter l’éponge. Pire. De condamner la moralité d’un homme qui ne l’est plus depuis longtemps; car cet homme est une institution. Personne ne devient institution par choix. Sa capacité technique dans un monde dépassé par sa technique, son éthique de hackeur revendiquée, ses convictions forgées dans l’innommable de ses découvertes, sa vie de poursuites et de traques, ses défaillances dans des situations grisantes, sans doute, la nature est ce qu’elle est, le cours des choses duquel cet homme n’a jamais voulu - par courage et éthique - ou pu - par son hubris - s’extraire, ensemble de circonstances qui l’ont amené à tomber les murs honteux du silence institutionalisé.

Quel mal a-t-il fait ?

Aux deux femmes suédoises, nous espérons que ce n’est pas de l’ordre du traumatisme. L’imbroglio judiciaire en tout cas les aura durablement affectées. Si Assange s’en sent responsable, sans doute l’a-t-il suffisamment payé.
Au monde : nous défions quiconque de nous démontrer que les révélations de WikiLeaks ont impacté négativement le cours géopolitique à moyen et long terme…

… le Haut-Cynisme se charge de sa propre auto-destruction.

 

… et comptez sur nous pour décrire tous les séismes produits par WiliLeaks ayant permis l’élévation de nos consciences démocratiques et servi les luttes pour la liberté de nombreuses populations du monde.

A part’ et suite et annonces…   -----------------------------------------------------------------------

Nous en étions à « les narines, ça se débouche » ; et à une allusion qui si elle restait sèche nous stigmatiserait injustes harceleurs du lumineux chantre de l’Universalisme et avant-dernier rempart au silence insidieux des pantouflards recroquevillés sur leurs mal-acquis T.T.E. (E comme…), nous livrerait à une vindicte voisine de celle subie par Julian A. et nous donnerait le loisir de nous insérer plus profond tel un onguent dans son épiderme meurtri, et comme l’heure n’est pas au loisir, nous lui demandons à Monsieur Plenel ici présent, emplis de cette φιλία que nous avons loisir de ressentir parfois aux abords de la Répu ou de la Plaine où l’on allume le Karamantra en mars, de :

  • Entendre les nombreuses voix qui s’étonnent ou s’indignent de ce que nous appellerons ici votre tendance à aller vers un atlantisme politico-culturel. Symptôme d’une certaine dérive hors-sol ?
  • Ne pas culpabiliser de votre statut d’intellectuel à la tête d’un institut de presse privé, reconnu compatible avec les institutions chancelantes de la République, doté d’un poil à gratter qui souvent nous a ravi, mais a pour effet de réduire vos taux de citation aux revues de presses et reprises télévisées, comme Julia Cagé l’a constaté chiffres à l’appui. Un taux en hausse cependant, qui fait de vous un intermédiaire entre nous lecteurs/producteurs de contenu et les media et la nomenclatura, qui suffit à justifier votre énergie à garder cette place qui est utile à tous.
  • D’endosser pleinement ce statut dérivé d’intermédiaire, car le poids de cette responsabilité vous incombe. C’est un travail énorme que de lire et sentir votre lectorat, mais c’est aussi de l’intuition. Conseil gratuit : nourrissez-vous de l’intuition de vos recrues les moins formatées, et des jeunes dont la maturité transcende nos rationalismes de pacotille. Si vous faites cela, nous vous en serons reconnaissant à un point in-évaluable.
  • D’accepter nos infinis remerciements pour ce blogo-système et cheval de Troie nommé “club de mediapart“ excellemment conçu, magnifique espace de co-élaboration, et de les transmettre aux charmants et professionnels médiat.rices.eurs Ana, Guillaume, Sabrina… Ainsi qu’à tous les gratteur.euse.s d’info et autres personnels de la rédaction qui ne comptent pas leur temps nous n’en doutons pas.
  • Dire à l’actionnaire Xavier Niel, profitant de votre accès privilégié à sa personne, combien “son“ journal Le Monde a pris la forme d’un crachat à la figure de son fondateur Hubert-Beuve Méry, résistant du Vercors et des Glières et défenseur de la liberté de la presse, et ce au nom d’une bonne partie du lectorat de Mediapart (ou alors nous avons perdu le sens de l’orientation), et de nous rapporter sa réponse. Car il importe de rigoler, aussi.

Nous notifierons par lettre ouverte à Xavier Niel et qui de droit, notre vision à minima de sa signature. Nous soumettrons une lettre ouverte à différents media sur la question WikiLeaks, avec demande de publication sur leurs colonnes. Le trio d’affaires du Monde fait du business. Le business vise la continuité, la stabilité gouvernementale qui assure le cours régulier du commerce. Sûr que les dealers de la cité fonctionnent pareil (aucune condescendance ou mépris pour quiconque dans cette phrase; lire "La solitude dans un champ de côton" de Koltès dissipera les doutes des sceptiques). Cette stabilité est soutenue par une ligne éditoriale et titraille ultra-maitrisée au long cours, et dès lors que les tenants du pouvoir sont totalement délégitimés, notamment parce-que Le Monde n’a pas joué ce rôle de régulation démocratique qui les aurait forcés à un peu mieux respecter la décence commune, eh bien cette stabilité même échappe aux medias dominants, faisant du restant de démocratie mode Vème République amendée par Jospin/Chirac puis Hollande/Macron, une victime collatérale à vos grands deals. Votre responsabilité dans cet état de fait, messieurs Niel, Pigasse et autres acolytes et serviles directeurs de l’information, est incommensurable. Le temps de votre stabilité est écoulé, si nos narines ne nous abusent.

À tous : sur cette page, envoyez vos suggestions, opinions, potentiels de défense d'Assange. Ou lisez nos autres articles qui démontrent qu' aucune accusation éthique ou politique d'Assange ne tient vraiment. Et si vous pensez le contraire, argumentez, nous y répondrons. Merci pour lui, pour WikiLeaks, pour nous-mêmes, pour la décence, pour nos libertés.

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